Poutine, peut-il changer la donne face à Daesh ?

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Si la thèse de l’attentat terroriste contre l’avion russe dans le Sinaï se confirme dans les jours à venir, il faut s’attendre à une réaction violente aussi bien de la part des Egyptiens que de celle des Russes.

Le choix d’une cible russe est bien évidemment lié à l’engagement de plus en plus important de Moscou dans la guerre en Syrie. On en parle peu dans la presse occidentale, mais chaque jour des attentats sont commis dans la presqu’île du Sinaï, et encore aujourd’hui six soldats égyptiens ont péri dans l’attaque d’un poste de police à El Arish. Plusieurs organisations terroristes sont présentes dans le Sinaï, en relation avec Al Qaida, les Frères musulmans ou le djihad islamique et essaient de déstabiliser le régime du général Al Sissi.

Il est peu probable que cet attentat persuade les Russes de changer leur stratégie, au contraire il est clair que celui-ci les conforte dans leur projet d’accroissement de leur présence militaire dans la région. Plusieurs milliers de soldats russes sont actuellement en Syrie, où sont venus les rejoindre cette semaine 2000 soldats cubains, qui vont combattre aux côtés des gardiens de la révolution iraniens et du Hezbollah.

Par ailleurs les Russes ont réussi à convaincre Obama de coordonner les efforts des deux grandes puissances dans les frappes contre l’Etat islamique, après avoir demandé à Netanyahou de ne pas intervenir dans l’espace aérien syrien pendant les opérations en cours.

Une coalition anti-djihadiste est-elle enfin en train de se mettre en place ?

Il faut l’espérer pour le monde musulman pour lequel ce fléau est une véritable gangrène, et dont il n’a pas pris la mesure jusqu’à présent. Poutine n’est pas un enfant de chœur et comprend les enjeux de cette guerre, qu’il mène avec cynisme, mais aussi, il faut le reconnaître, avec un grand sens de la Realpolitik.

Contrairement à d’autres nations, et notamment la France, Poutine parle avec tout le monde, sans état d’âme et sans jugement moralisateur sur les uns ou les autres. Il a appelé Erdogan au lendemain des élections, non pas pour le féliciter, mais pour lui rappeler le rôle déterminant que son pays doit jouer dans la résolution du conflit en Syrie et dans la lutte contre Daech. Il a sans aucun doute saisi la nécessité d’un axe Ankara, Damas, Téhéran pour restaurer la puissance russe au Proche-Orient, mais en plus il a aussi l’intelligence de ne pas exclure Israël du processus, même s’il ne partage pas les positions de Jérusalem sur le conflit avec les Palestiniens.

Dans les relations internationales, la crédibilité est la qualité essentielle d’une politique, or aujourd’hui aussi bien Obama que François Hollande ne sont pas considérés comme des partenaires fiables. La puissance américaine est respectée, notamment en matière d’armement, mais les différents acteurs impliqués dans le conflit doutent de leur capacité à modifier les rapports de force, car tout le monde sait que les pays occidentaux ne veulent pas aller sur le terrain et que l’on ne gagne pas une guerre par des frappes aériennes.  Poutine a compris que la présence de soldats russes aux côtés de ses alliés était un message fort pour tous les Etats et groupes présents sur le théâtre de guerre. Il faudra compter avec la Russie dans les années à venir au Proche-Orient. L’attentat dans le Sinaï en est une nouvelle preuve tragique.  

Michaël Bar-Zvi  – Chronique du 5 novembre 2015 -Kaf  Guimel Hechvan 5776

5 COMMENTS

  1. Vladimir Poutine jouie d’une popularité sans précédent parmi la population russe, mais également parmi les musulmans de l’Est, j’entends par là, les Républiques Islamiques – anciennes républiques de l’URSS – telles que le Kazakhstan, Uzbekistan, Tatarstan et autres… stan, sans oublier son meilleur allié, la Tchtètchnie de Ramzan Kadyrov. Toutes ces républiques « islamistes » peuvent, elles, être qualifiées de « modérées ». L’éducation des filles et des garçons se fait parallèlement, le statut de la femme face à l’éducation ne se différencie en rien des pays non musulmans – c’est à dire ici la Russie, on y voit pratiquement jamais de niqab, et celui-ci est même interdit en Uzbékistan. Les jeunes filles se retrouvent librement au terrasses des cafés ou dans les bibliothèques, et si l’on observe la plupart des fêtes religieuses musulmanes,- ces peuples adorent les fêtes! -, la chariah y est interdite sous sa forme actuelle, même si elle oriente la morale. La consommation de l’alcool n’y est pas interdite, seule l’ivresse est punissable. Mais pour moi, en tant qu’Israélite, le plus intéressant dans ces républiques, est l’abscence de propagande ou de toute activité anti-juive: ni chez eux, ni en Russie où les musulmans sont aussi nombreux, il n’ y a eu de manifs contre Israël ou contre les Juifs en général, ni d’attentats ni d’agression comme dans toute l’Europe, en Australie et aux USA. Moi-même, je me promenais dans les rues de Rostov avec un T-shirt de Tsahal, et le vendredi je me rends à la Synagogue avec ma kippa sur la tête. Sans jamais de problème, au contraire, des petits sourires complices. Au super-marché (non cosher) l’un des caissier qui me connaît bien maintenant, m’avait même salué en me disant (à propos de l’opération « plomb fondue ») : allez y carrémement, exterminez cette saleté de terroristes, nous sommes de tout coeur avec vous ».
    Je m’étonne par ailleurs, des propos sur un « changement de politique » du Kremlin. Il y a plus d’un an, le président russe avait expliqué, lors de sa conférence publique annuaire avec la population, la position de la Russie d’une manière claire, mais les média euro-américains n’avaient reproduit qu’une partie tronquée de ses porpos. En voici la teneur.
    1. A la question sur son soutien du régime syrien de Bashar Assad (n.b. le « régime » et non la personne) il avait mis les choses au point. « La chute du président Assad avec son régime, entraînerait un chaos semblable à celui qui règne en Libye ou en Irak aujourd’hui, dans ce chaos ne pourrait fleurir que les forces terroristes de la pire sorte, comme le djihadisme ou l’Islamisme radical (à l’époque l’EI n’existait pas encore, mais il se formait rapidement avec l’aide financière et l’armement moderne américains, dans le but d »abattre » Assad). ..et je ne vois pas à l’heure actuelle, quelle force d’union nationale pourrait prendre sa place(celle d’Assad) et tenir tête au terrorisme international qui s’est déjà emparé de l’Irak et de la Libyie grâce aus intervention militaires euro-américaines dans ces régions.
    2. A la question sur un autre gouvernment, il avait aussi clairement dit » tout autre gouvernement d’union nationale syrien capable d’assurer l’indépendance du pays et sa sécurité face au terrorisme mondial, sera pour nous le bien-venu et nous serons prêts à le soutenir »
    3. Au club Valdaî, il a ajouté une petite phrase significative: » nous sommes prêts à recevoir toute opposition nationale et patriotique, même armée et combattante pour former un gouvernement provisoire et combattre l’EI et ses sbires » Sans doute, faisait-il allusion à certaines branches des forces libres syriennes.

    Il y a quelques jours, ce rendez-vous avec Poutine et les représentants des Forces syriennes libres a bien eu lieu à Moscou, suivi d’entretiens plus secrets encore avec des émissaires du Kurdistans. Hier soir, j’ai suivi sur la principale chaîne télévisée russe – Rossiya 1 – un reportage sur place dans l’un des camps militaires Kurdes, où notre reporter s’entretenais avec les principaux commandants de la base, et chose fascinante, ces officiers polis parlaient un russe impécable. Ils ont annoncé haut et claire que la Russie était leur meilleur allié et qu’ils espéraient recevoir du matériel et des armes. Bien entendu, le reporter n’a pas oublié de nous présenter ces belles amazones kurdes qui démontrent d’un courage remarquable, comme les forces kurdes en général. Il me paraît évident que la Russie peut compter sur ces gens, ce qui n’est ni le cas du Hizbollah ni celui des iranais qui sont des guignols inéfficaces, sinon pour commettre des actes terroristes. Poutine n’a pas le moindre vague à l’âme pour les « combattants » du Hizbollah ou iraniens annihilés par les frappes israéliennes, en fait comme beaucoup de Russes, il doit être amusé de les envoyer au casse-pipe. Quant aux frappes » par erreur » de chasseurs russes sur leurs « alliés », quand on sait le degré de haute technologie de avions russes employés en Syrie ainsi que le Cyber-contrôle de l’espace syrien par le système « Bogdanovskiy 1 », j’ai des doutes. Il n’est pas invraisemblable, qu’il y ait eu un risque que certaines armes russes tombent entre les mains de Daesh et que pour cette raison, la commandement russe ait décidé de les détruire, ce faisant en éliminant quelques « alliés »!
    Dans la revue « Now » d’aujoud’hui, on trouve une analyse de la situation actuelle:

    « But Russia’s interests do not necessarily extend to providing protection for Hezbollah’s weapons stored in Syrian military bases, which, after all, are related to the conflict against Israel and not to Assad’s survival. The latest Israeli raids suggest that Israel does not expect Russia to actively confront its attempts to hit Hezbollah assets in Syria, at least when the attacks are launched from Lebanese airspace and the targets are far from Russia’s operational hub centered on Hmeymim air base south of Latakia.
    It is unclear exactly what agreement, if any, has been concluded between Russia and Israel governing the use of Syrian air space. »
    Pour ceux qui ne lisent pas l’anglais:
    « mais les intérêts de la Russie ne s’étendent pas à la protection des armes du Hizbollah stockées dans les bases militaires syriennes, qui après tout, sont plutôt reliées au conflit avec Israël et non à la défense vitale de Assad. Les dernières attaques israéliennes nous font penser qu’Israël ne s’attend pas à ce que la Russie ne s’oppose activement à ses tentatives de frappes sur les positions du Hizbollah en Syrie, en tout cas tant que les attaques seront lancées depuis l’espace libanais et les cibles situées loin du centre de commandement opérationnel russe sur la base aéronavale de Hmeymim au sud de Latakia.
    Il reste peu clair, quel gente d’agréement, s’il y en a eu un, aété conclu entre la Russie et Israël au sujet de la gestion de l’espace aérien syrien »

    En savoir plus sur https://jforum.fr/2015/11/poutine-peut-il-changer-la-donne-face-a-daesh/#tXC6R6XElWUBWtV4.99

  2. Après l’avis des experts russes sur l’origine de l’explosion de l’avion , Poutine va mettre le paquet avec ses ” orgues de Staline ” à lance-flamme et va vitrifier les islamistes partout où ils se trouvent , pourquoi serait-ce Israël qui devrait toujours faire le boulot à la place des autres ?

    • Il faut bien offrir la possibilité à Tsahal de s’amuser un peu en grillant ces vers de terre, mais croyez moi, le gros du “boulot” sera effectué par la Russie et ses alliés kurdes – et sans doute aussi Druzes et Egyptiens.

  3. Vladimir Poutine jouie d’une popularité sans précédent parmi la population russe, mais également parmi les musulmans de l’Est, j’entends par là, les Républiques Islamiques – anciennes républiques de l’URSS – telles que le Kazakhstan, Uzbekistan, Tatarstan et autres… stan, sans oublier son meilleur allié, la Tchtètchnie de Ramzan Kadyrov. Toutes ces républiques “islamistes” peuvent, elles, être qualifiées de “modérées”. L’éducation des filles et des garçons se fait parallèlement, le statut de la femme face à l’éducation ne se différencie en rien des pays non musulmans – c’est à dire ici la Russie, on y voit pratiquement jamais de niqab, et celui-ci est même interdit en Uzbékistan. Les jeunes filles se retrouvent librement au terrasses des cafés ou dans les bibliothèques, et si l’on observe la plupart des fêtes religieuses musulmanes,- ces peuples adorent les fêtes! -, la chariah y est interdite sous sa forme actuelle, même si elle oriente la morale. La consommation de l’alcool n’y est pas interdite, seule l’ivresse est punissable. Mais pour moi, en tant qu’Israélite, le plus intéressant dans ces républiques, est l’abscence de propagande ou de toute activité anti-juive: ni chez eux, ni en Russie où les musulmans sont aussi nombreux, il n’ y a eu de manifs contre Israël ou contre les Juifs en général, ni d’attentats ni d’agression comme dans toute l’Europe, en Australie et aux USA. Moi-même, je me promenais dans les rues de Rostov avec un T-shirt de Tsahal, et le vendredi je me rends à la Synagogue avec ma kippa sur la tête. Sans jamais de problème, au contraire, des petits sourires complices. Au super-marché (non cosher) l’un des caissier qui me connaît bien maintenant, m’avait même salué en me disant (à propos de l’opération “plomb fondue”) : allez y carrémement, exterminez cette saleté de terroristes, nous sommes de tout coeur avec vous”.
    Je m’étonne par ailleurs, des propos sur un “changement de politique” du Kremlin. Il y a plus d’un an, le président russe avait expliqué, lors de sa conférence publique annuaire avec la population, la position de la Russie d’une manière claire, mais les média euro-américains n’avaient reproduit qu’une partie tronquée de ses porpos. En voici la teneur.
    1. A la question sur son soutien du régime syrien de Bashar Assad (n.b. le “régime” et non la personne) il avait mis les choses au point. “La chute du président Assad avec son régime, entraînerait un chaos semblable à celui qui règne en Libye ou en Irak aujourd’hui, dans ce chaos ne pourrait fleurir que les forces terroristes de la pire sorte, comme le djihadisme ou l’Islamisme radical (à l’époque l’EI n’existait pas encore, mais il se formait rapidement avec l’aide financière et l’armement moderne américains, dans le but d”abattre” Assad). ..et je ne vois pas à l’heure actuelle, quelle force d’union nationale pourrait prendre sa place(celle d’Assad) et tenir tête au terrorisme international qui s’est déjà emparé de l’Irak et de la Libyie grâce aus intervention militaires euro-américaines dans ces régions.
    2. A la question sur un autre gouvernment, il avait aussi clairement dit ” tout autre gouvernement d’union nationale syrien capable d’assurer l’indépendance du pays et sa sécurité face au terrorisme mondial, sera pour nous le bien-venu et nous serons prêts à le soutenir”
    3. Au club Valdaî, il a ajouté une petite phrase significative: ” nous sommes prêts à recevoir toute opposition nationale et patriotique, même armée et combattante pour former un gouvernement provisoire et combattre l’EI et ses sbires” Sans doute, faisait-il allusion à certaines branches des forces libres syriennes.

    Il y a quelques jours, ce rendez-vous avec Poutine et les représentants des Forces syriennes libres a bien eu lieu à Moscou, suivi d’entretiens plus secrets encore avec des émissaires du Kurdistans. Hier soir, j’ai suivi sur la principale chaîne télévisée russe – Rossiya 1 – un reportage sur place dans l’un des camps militaires Kurdes, où notre reporter s’entretenais avec les principaux commandants de la base, et chose fascinante, ces officiers polis parlaient un russe impécable. Ils ont annoncé haut et claire que la Russie était leur meilleur allié et qu’ils espéraient recevoir du matériel et des armes. Bien entendu, le reporter n’a pas oublié de nous présenter ces belles amazones kurdes qui démontrent d’un courage remarquable, comme les forces kurdes en général. Il me paraît évident que la Russie peut compter sur ces gens, ce qui n’est ni le cas du Hizbollah ni celui des iranais qui sont des guignols inéfficaces, sinon pour commettre des actes terroristes. Poutine n’a pas le moindre vague à l’âme pour les “combattants” du Hizbollah ou iraniens annihilés par les frappes israéliennes, en fait comme beaucoup de Russes, il doit être amusé de les envoyer au casse-pipe. Quant aux frappes ” par erreur” de chasseurs russes sur leurs “alliés”, quand on sait le degré de haute technologie de avions russes employés en Syrie ainsi que le Cyber-contrôle de l’espace syrien par le système “Bogdanovskiy 1”, j’ai des doutes. Il n’est pas invraisemblable, qu’il y ait eu un risque que certaines armes russes tombent entre les mains de Daesh et que pour cette raison, la commandement russe ait décidé de les détruire, ce faisant en éliminant quelques “alliés”!
    Dans la revue “Now” d’aujoud’hui, on trouve une analyse de la situation actuelle:

    “But Russia’s interests do not necessarily extend to providing protection for Hezbollah’s weapons stored in Syrian military bases, which, after all, are related to the conflict against Israel and not to Assad’s survival. The latest Israeli raids suggest that Israel does not expect Russia to actively confront its attempts to hit Hezbollah assets in Syria, at least when the attacks are launched from Lebanese airspace and the targets are far from Russia’s operational hub centered on Hmeymim air base south of Latakia.
    It is unclear exactly what agreement, if any, has been concluded between Russia and Israel governing the use of Syrian air space.”
    Pour ceux qui ne lisent pas l’anglais:
    “mais les intérêts de la Russie ne s’étendent pas à la protection des armes du Hizbollah stockées dans les bases militaires syriennes, qui après tout, sont plutôt reliées au conflit avec Israël et non à la défense vitale de Assad. Les dernières attaques israéliennes nous font penser qu’Israël ne s’attend pas à ce que la Russie ne s’oppose activement à ses tentatives de frappes sur les positions du Hizbollah en Syrie, en tout cas tant que les attaques seront lancées depuis l’espace libanais et les cibles situées loin du centre de commandement opérationnel russe sur la base aéronavale de Hmeymim au sud de Latakia.
    Il reste peu clair, quel gente d’agréement, s’il y en a eu un, aété conclu entre la Russie et Israël au sujet de la gestion de l’espace aérien syrien”.

    • Une petite erreur d’info que j’ai commise ici, le système “bogdanovskiy 1″ a été modernisé il y a un an et s’appelle maintenant ” Borisoglebsk 2″ Toute information utile de Debkafile
      Reportage Exclusif 26 octobre 2015: La Russie prend le pas sur le cyberespace du Moyen-Orient

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