On peut à juste titre s’étonner de l’aveuglement et de la bêtise des dirigeants occidentaux. Les voir se trémousser auprès de Poutine, ce personnage sanguin, voire sanguinaire, qui a écrasé la Syrie sous les bombes de ses Soukhoï Su-24, tuant hommes, femmes et enfants, dans des maisons, des écoles ou des hôpitaux sans aucune distinction depuis 2013 était déjà chose condamnable. L’Occident a fermé les yeux, alors que Poutine montait en puissance dans la barbarie, se préparant sur des champs de bataille lointains, pour mieux se préparer à sa guerre au cœur de l’Europe.
Il y a dans les pseudos négociations avec Poutine une part de cynisme, alors que l’affaire est entendue. Il y a aussi une part de manipulation en faisant croire – pour mieux endormir les peuples – qu’une négociation reste possible, et surtout une grande part de machiavélisme quand tout ce cinéma sert à redorer l’image d’un président en campagne, lui qui n’a connu que des échecs dont le dernier s’appelle l’Ukraine, et l’avant-dernier le Mali, sans parler de ses échecs sur le pouvoir d’achat, les hôpitaux, la police, la justice, la délinquance et l’immigration, etc., etc.

Pourquoi les crimes russes en Syrie n’ont-ils alerté personne ?

La Syrie, le laboratoire de la barbarie guerrière de Vladimir Poutine.

En 2015, quand Vladimir Poutine officialise son intervention militaire aux côtés de l’armée syrienne, il se lance sans scrupule dans une campagne militaire d’éradication de toute forme d’opposition modérée au pouvoir de Damas.

Écoles bombardées. Centres d’urgence pulvérisés. Zones résidentielles dévastées. Au huitième jour de la guerre ukrainienne, la violence de l’offensive russe a un amer goût de déjà-vu pour nombre de Syriens. À Alep, Idlib, la Ghouta, des voix s’élèvent pour témoigner de leur solidarité envers les victimes et dénoncer la violence de Moscou, qu’elles accusent d’avoir fait de leur pays un laboratoire pour tester son arsenal militaire, et roder sa propagande en toute impunité. «La solidarité dont font preuve les Syriens à l’égard des Ukrainiens ne vient pas seulement d’une expérience partagée face à l’occupation militaire russe ; elle vient d’un constat grandissant que ce qui se passe en Ukraine est le résultat de ce que le monde a laissé faire à Poutine en Syrie , affirme le défenseur des droits de l’homme syrien, Marwan Safar Jalani, sur sa page Twitter.
Lorsqu’en 2013, soit deux ans après le soulèvement contre Bachar el-Assad, la Russie met le pied dans le conflit syrien, c’est d’abord comme acteur diplomatique visant, à l’issue d’un accord avec Washington, à superviser le bon démantèlement des armes chimiques de Damas. Pourtant, à la fenêtre d’Istanbul, en Turquie, le défilé des navires de guerre russes traversant le Bosphore indique déjà que Moscou, qui dispose d’une base navale à Tartous, a d’autres idées en tête. Deux ans plus tard, en 2015, Vladimir Poutine officialise son intervention militaire aux côtés de l’armée syrienne, en affirmant vouloir combattre Daech. Mais une fois de plus, ses intentions sont tout autres: le maître du Kremlin, qui entend sécuriser son accès à la Méditerranée, se lance sans scrupule dans une campagne militaire d’éradication de toute forme d’opposition modérée au pouvoir de Damas, tandis que les lignes rouges préalablement décrétées par Washington sombrent dans l’oubli.

Sous le feu de l’aviation

La bataille d’Alep, en 2016, en est la tragique illustration. Divisée depuis 2012 en deux parties (l’Est aux mains des rebelles, l’Ouest sous la coupe du régime de Bachar el-Assad), la grande ville industrielle du nord de la Syrie se retrouve alors sous un déluge de feu de l’aviation russo-syrienne. De septembre à décembre 2016, les quartiers tenus par l’opposition sont assiégés et bombardés sans aucune forme de distinction entre cibles militaires et civiles.
Les avions Soukhoï Su-24 qui rasent le ciel se déchaînent sans relâche contre les convois humanitaires, marchés, écoles et immeubles d’habitation, dans une politique rappelant celle de la terre brûlée déjà pratiquée à Grozny en 1999. Les hôpitaux, eux, sont délibérément visés par des bombes à fragmentation – du même type que celles déversées sur Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine, selon un rapport d’Amnesty International. «La tragédie ukrainienne nous est terriblement familière. Après avoir testé de nouvelles armes en Syrie contre les populations civiles, Poutine reproduit le même schéma en vidant les villes de ses habitants, en les assiégeant, en fragilisant le corps médical. Sa tactique est perverse: en créant des vagues de réfugiés en Europe, il alimente l’extrême droite, il polarise les sociétés et sème le chaos en dehors de chez lui», confie par téléphone le docteur Zaher Sahloul.

Témoigner des crimes de guerre

Basé à Chicago, l’infatigable médecin syrien parle en connaissance de cause. Lors de ses multiples missions en Syrie depuis le début de la guerre, il a travaillé dans des hôpitaux bombardés et a pu témoigner de ces crimes de guerre commis par Assad et son allié russe. «Selon l’association Physicians for Human Rights, quelque 600 centres médicaux ont été attaqués depuis le début de la guerre en Syrie, dont 40 % depuis l’intervention russe en 2015, et au moins 930 médecins et infirmiers ont été tués. Tout ceci a été minutieusement répertorié. Mais le manque de fermeté de l’Occident a encouragé Poutine à poursuivre dans sa lancée et à faire du terrain syrien une base d’entraînement pour d’autres conflits», poursuit-il. Le régime de Moscou ne s’en cache même pas. Une vidéo diffusée par le ministère de la Défense russe estime à plus de plus de 63.000 le nombre de militaires «formés au combat» depuis août 2018 en Syrie. Quant au ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, il se targue sans rougir d’y avoir testé plus de 320 types d’armes.

Si les médecins s’en vont, c’est toute la communauté qui s’effondre. Poutine, comme Assad, le sait. Et c’est pour ça qu’il ne leur fera pas de cadeaux – Zaher Sahloul, médecin syrien

Si Zaher Sahloul a un conseil à donner à ses confrères ukrainiens, «c’est de s’armer de patience dans cette nouvelle guerre visiblement partie pour durer», face à un président russe capable des pires exactions pour élargir son empire. «Hier, dit-il, j’étais en contact avec un médecin du principal hôpital de Lviv qui parlait de pénurie en médicaments et de patients à traiter en urgence. Comme en Syrie, les internes vont devoir s’improviser docteurs, les généralistes vont devenir chirurgiens. À cela s’ajoute le manque de sommeil, le surmenage, le trauma. Pourtant, il faut s’efforcer de ne pas craquer. Si les médecins s’en vont, c’est toute la communauté qui s’effondre. Poutine, comme Assad, le sait. Et c’est pour ça qu’il ne leur fera pas de cadeaux.»

Guerre de l’information

L’activiste Raed Saleh a, lui aussi, les yeux rivés vers l’Ukraine. Dans une vidéo partagée sur Twitter, son organisation, les Casques blancs de la Défense civile syrienne, apporte son entier soutien à la population. «Il est important de tout documenter en temps réel», insiste-t-il dans une interview accordée à Al-Monitor. Il suggère ainsi aux équipes de sauvetage ukrainiennes d’installer de petites caméras sur leurs casques, pour contourner la machine de propagande du régime russe, dont son ONG n’a jamais cessé d’être la cible.
Car comme en Syrie, la guerre livrée sur le terrain ukrainien est aussi une guerre de l’information. «À l’instar d’Assad, Poutine se donne tous les moyens pour discréditer les informations objectives et fiables, à renfort de trolls qui s’attaquent aux activistes, aux médecins, aux journalistes, et de fake news relayées sur les réseaux sociaux. Avec, à l’appui, une bonne dose de discours anti-occidentaux et anti-américains. L’objectif est clair: semer la confusion et effrayer la population», conclut Zaher Sahloul. Mais sur ce terrain, les Ukrainiens, à l’image de leur président, font également preuve d’une résistance insoupçonnée.

JForum – Le Figaro

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