Russian Foreign Minister Sergei Lavrov (C), Syrian Foreign Minister Walid al-Muallem (R) and Iranian Foreign Minister Mohammad Javad Zarif attend a news conference in Moscow, Russia, October 28, 2016. REUTERS/Sergei Karpukhin TPX IMAGES OF THE DAY - RTX2QTRQ

Alors que l’Etat Islamique est en repli constant depuis un certain temps, L’Iran et la Russie sont confrontés à de grosses difficultés pour maintenir leur partenariat stratégique. Chacun a profité de la lutte contre Daesh pour poursuivre ses objectifs propres en marge de la campagne militaire en Syrie.

Les deux parties évitent de discuter de leurs divergences, ou de se critiquer ouvertement et cherchent tous deux à  tirer le meilleur parti de la situation. Mais ils parviennent difficilement à masquer complètement les frictions qui secouent leur relation.

En 2016, Moscou et Téhéran soutenaient tous deux le régime du président syrien Bashar al-Assad et cherchaient à préserver ce qui subsistait des institutions de l’État.  Aujourd’hui, ils tentent de mettre fin à la guerre civile qui dure depuis six ans. La Russie est actuellement favorable à l’adoption d’accords, qui iraient au-delà des pourparlers de paix entrepris à Astana, au Kazakhstan, ou parallèlement aux négociations en cours sur le dossier Syrien.  Ce qui veut dire : derrière le dos de l’Iran.

On en a quelques bons exemples. Il y a ceux qui concernent la zone de désescalade (ou de cessez-le-feu) dans le sud-ouest de la Syrie, que la Russie a négocié directement avec les États-Unis à Amman, en Jordanie. Il en va aussi d’autres zones de déconfliction (suspension des hostilités) dans l’est de la Ghouta (faubourgs de Damas) et le nord de Homs, qui ont été négociées au Caire.

En juillet, le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine se sont mis d’accord, en marge du sommet du G-20 à Hambourg, pour instaurer un cessez-le-feu dans le sud-ouest de la Syrie, dans les provinces de Daraa, Quneitra et Suwayda, ce qui a pratiquement annulé les termes pourtant établis à Astana, qui prévoyaient de créer une zone de déconfliction au sud.

Celui-ci portait davantage sur Suwayda, plutôt que sur Daraa et Quneitra. Selon certaines sources, l’accord entre les États-Unis et la Russie exige que les forces pro-iraniennes se retirent d’au moins 40 kilomètres (25 miles) de la frontière israélo-jordanienne, pour y renforcer la présence de la police militaire Russe, déjà déployée sur le terrain. Pour contribuer à ce renforcement, Moscou cherche à susciter le soutien de la population locale et à former des milices qui puissent lui être fidèles.

L’accord séparé signé au Caire entre la Russie et la faction d’opposition islamiste Jaish al-Islam a permis aux troupes russes de gérer les points de contrôle dans l’est de la Ghouta – une évolution intéressante, étant donné que la Turquie avait officiellement déclaré en juin que la Russie et l’Iran déploieraient des forces dans la zone de Damas pour surveiller le respect du cessez-le-feu. Ce n’est finalement pas cette option qui prévaut. 

Pour l’heure, il est difficile de discerner si la Russie a révisé unilatéralement le scénario mis sur pied par les groupes de travail de Moscou, Téhéran et Ankara. Cependant, une révision de ce qui était prévu au départ, s’est, en définitive, concrétisée et se traduit par les efforts que déploie la Russie pour prendre le contrôle de la situation dans la région de Damas, où les forces d’Assad et les milices soutenues par l’Iran ont essayé, sans succès, différentes stratégies pour reprendre les territoires détenus par l’opposition.

Pour être clair, sur le plan conceptuel, les zones ont été négociées à Astana avec la Russie, l’Iran et la Turquie comme devant être (et rester) les principaux médiateurs. Cependant, les discussions qui ont fait suite (notamment avec les Américains), sur les détails des zones en question, ont souvent, dans les faits, modifié ou annulé ces accords.

De telles mesures soulèvent les craintes de Téhéran,  qui voit d’un mauvais œil ces négociations informelles remplacer progressivement le processus d’Astana. Par conséquent, la Syrie et l’Iran tentent de reprendre et de modifier au moins l’accord du Caire, déjà partiellement signé à Astana,mais qui va, cette fois, bien au-delà du cadre envisagé à Astana. Par exemple, la 42e Brigade d’élite de l’armée arabe syrienne de la 4e Division mécanisée a été déployée dans la région de Jobar, que la Russie avait inclus dans la zone de désescalade. De plus, Damas et Téhéran  tentent de convaincre la Brigade Faylaq al-Rahman (: فيلق الرحمن, « La Légion du Tout Miséricordieux »), appartenant à l’Armée syrienne Libre,  de quitter la zone avec Hayat Tahrir al-Sham (HTS).

De toute évidence, la Syrie et l’Iran cherchent à exclure plusieurs milliers de miliciens de Faylaq al-Rahman de l’accord d’Astara mentionné ci-dessus. Pour se faire, ils les comparent aux extrémistes de l’HTS (ex-Al Nusra) affiliés à Al-Qaeda, de façon à miner complètement les capacités militaires de l’opposition dans l’est de la Ghouta.

Depuis le début du conflit politique et diplomatique sur l’avenir de la Syrie, le partenariat russo-iranien se détériore pour se transformer en rivalité ouverte.Téhéran entrave la création des conditions pour la résolution des conflits. Dans le même temps, la stratégie de Moscou dépend directement de la présence permanente de nombreuses forces pro-iraniennes contrôlant différentes parties de la ligne de front, l’empêchant d’agir en toute indépendance ou « selon son bon vouloir ».

Depuis que la Russie a lancé des opérations militaires en Syrie en 2015, marquant son «retour» au Moyen-Orient, Moscou a considéré l’Iran comme un partenaire fiable. Cependant, les dirigeants russes, délibérément ou non, ont trouvé des contrepoids pour pouvoir prendre leurs distances avec l’Iran dirigé par les Chiites.

Un accord israélo-russe qui permettrait aux Forces aériennes israéliennes d’avoir une latitude considérable pour prendre pour cible le Hezbollah en Syrie, est apparemment un premier contrepoids, ce qui a, indubitablement, déclenché la colère de Téhéran.

Le deuxième contrepoids semblerait se manifester par la tentative de Moscou de cultiver des relations avec les monarchies arabes du Golfe, à travers un ensemble de mesures politiques du bâton et de la carotte. Poutine a cherché à tirer parti de l’indécision de l’administration de l’ancien président américain Barack Obama, surtout pendant la période intérimaire de passation du pouvoir à la Maison Blanche.

Le troisième contrepoids a été observé lorsque Trump a monté les marches vers la Maison Blanche et déclaré sa volonté de freiner l’Iran et qu’il a montré sa détermination à soutenir les monarchies sunnites alliées. 

Par conséquent, la Russie devrait continuer de chercher à préserver et maintenir des canaux de communication avec les États-Unis sur la Syrie. Contrairement à la période précédente, lorsque les interactions visaient à assurer la sécurité des troupes russes (avec l’aide des troupes iraniennes), l’objectif aujourd’hui serait de réfréner le désir de Damas et de Téhéran de mener des représailles contre les rebelles et trouver une solution politique au conflit syrien.

La Russie a pris plusieurs mesures pour diminuer l’influence de l’Iran : le déploiement de la police militaire dans l’est d’Alep, l’établissement de la zone de désescalade et la fourniture d’armes et d’équipements pour soutenir les forces engagées sur le terrain des opérations et accroître l’efficacité du 5ème corps d’assaut (composé essentiellement de Chiites) sous les ordres du lieutenant-chef russe Sergey Sevryukov.

Une source des renseignements militaires russes a déclaré à Al-Monitor, sous couvert de l’anonymat, que depuis que l’est d’Alep a été repris par les troupes d’Assad, la Russie et l’Iran sont entrés en compétition pour asseoir leur domination régionale.

« Avant l’opération militaire, Moscou a essayé d’établir des relations avec les acteurs locaux grâce à la médiation des officiers russes, originaires de la région du Caucase du Nord. Mais les liens ont été plus tard coupés et, par conséquent, des bombes russes ont, à nouveau, frappé l’est d’Alep. Ensuite, il a fallu renouer ces contacts. À l’heure actuelle, le travail que les officiers russes du Caucase du Nord ont réalisé à l’est d’Alep est considéré comme fructueux, car il permet, au moins, de limiter l’influence régionale iranienne « .

Depuis que l’est d’Alep a été conquis, la Russie a définitivement augmenté son influence sur la région. La Russie a influé sur le cours de la guerre et a aidé le régime à survivre. Cependant, au cours des années de guerre, Téhéran a renforcé sa présence en Syrie à plusieurs niveaux, notamment en soutenant l’influence des miliciens chiites locaux.

Ces groupes comprennent des unités syriennes, des filiales du Hezbollah et de divers mouvements  idéologiques libanais en Syrie [comme le Parti Nationaliste Social Syrien] et des groupes de milices islamiques syriennes (parfois appelés le Hezbollah irakien), les unités des Forces de défense locales à Alep et les Forces de défense nationale, composées d’Alaouites, de sunnites et d’autres Syriens. Ils sont sous la férule de conseillers militaires iraniens et partiellement ou entièrement financés par l’Iran. Les nouveaux centres culturels iraniens qui fleurissent, les transferts de population ayant pour but d’implanter une population chiite et de renforcer leur propagande parmi les habitants, sont des outils du pouvoir de persuasion utilisés par Téhéran. Cette stratégie accroît les tensions ethniques et sectaires dans la région, ce qui contribue à répandre la propagande de Daesh et de HTS, ex-Al Nusra parmi les Sunnites, par effet de bascule.

La montée du mouvement de l’HTS dans la province d’Idlib, contrôlée par les rebelles, et l’utilisation de tactiques visant à retarder les négociations, jouent en faveur de Damas et de Téhéran, qui ont besoin d’une campagne militaire prolongée pour se remettre des pertes subies. Ils blâment les groupes d’opposition pour leur fidélité ostensible à Al-Qaïda.

L’offensive du gouvernement syrien pour reprendre Idlib est un scénario qui joue en défaveur de la Russie et la Turquie. Les forces rebelles se rassembleront apparemment pour combattre l’ennemi commun. De nouvelles coalitions apparaîtront parmi l’opposition modérée et radicale. En fin de compte, le processus renforcera la position d’Al-Qaeda en Syrie et déclenchera une nouvelle crise humanitaire et le flot des réfugiés. De toute évidence, dans de telles circonstances, les troupes en mouvement subiront également de lourdes pertes. C’est pourquoi Damas et l’Iran tenteront d’entraîner la Russie dans ce nouveau cycle de guerre.

Si la situation s’aggravait, le Kremlin pourrait en venir à tolérer le déploiement de troupes turques.

Si les États-Unis ont vraiment l’intention de détruire le couloir iranien – un pont terrestre taillé à travers la Syrie qui relierait, en définitive, Téhéran à la côte méditerranéenne en passant par l’Irak – Moscou et Washington auront probablement à en discuter, bien que non officiellement.

Anton Mardasov est expert en affaires militaires et journaliste. Il dirige actuellement le Département des conflits du Moyen-Orient à l’Institut pour le développement innovant basé à Moscou.

al monitor

6 Commentaires

  1. improbable et impossible!!
    il faut casser la continuité terrestre de l’axe téhéran -medditerranée: l’iran doit rentrer à la maison et s’occuper de ses missiles balistiques avec la collaboration de mahmoud abas qui a l’air de s’y connaitre!

  2. Malgré mon incompétence notoire, je me permets de donner mon point de vue : Si nous voulons créer une Paix durable dans ce secteur, ne serait-il pas envisageable que l’état d’Israël organise une réunion de concertation entre les états suivants : Etats Unis d’Amérique, Russie, Jordanie, Turquie, Egypte, Liban, Syrie, Arabie Saoudite, Quatar, etc….en vue de se souder sur un projet unique capable de nous aider à négocier d’une façon constructive pour le bien de tous ?

    • L’article d’Anton Mardasov , expert en affaires militaires, est d’une complexité difficilement compréhensible pour un lecteur insuffisamment introduit dans les méandres du conflit actuel impliquant, d’une part, la Russie autour de la Syrie, de Daech, de l’Iran et du Hezbollah, et, d’autre part, la Russie et les Etats-Unis autour de Daech, des Etats du Golfe, de l’Egypte, de la Jordanie et … d’Israël.
      Aussi, j’adhère totalement au point de vue exprimé par le dernier commentateur, Masca38, en espérant des jours meilleurs.

      • Au bout du compte, les 2″ Grands » joueront le rôle d’arbitre en fonction de leurs intérêts respectifs. Mais chacun interfère auprès de chacun des alliés de l’autre, pour lui piquer les oeufs qu’il a dans son panier… Notamment, la Russie s’est rapprochée de la Turquie, et un peu de l’Arabie Saoudite et du Golfe. Alors que l’Amérique doit garder ses distances avec l’Iran, bien qu’il tende à le considérer comme un élément « stabilisateur », ce qu’il n’est en aucun cas.
        Donc, voilà, il faut rester extrêmement vigilant autour de la table de poker menteur…

    • @Masca38 , vous ne réussirez pas à impliquer Israël dans un conflit qui ne le concerne pas
      parce que les Juifs ont autre chose à faire que s’occuper des affaires intérieures aux Arabes ; par contre, s’ils s’attaquent à Israël , ils seront tous pulvérisés dans le désert et leur territoire sera occupé par l’armée israélienne; qu’ils ne viennent pas ensuite se plaindre à l’ONU comme les usurpateurs « Palestiniens » qui gémissent encore aujourd’hui d’avoir attaqué Israël en 1948, 1967 et 1973….etc.

      • Pas de procès d’intention, SVP. Ce n’est pas ce que dit le précédent intervenant. De fait, Israël est beaucoup plus « impliqué » qu’il ne peut le dire, dans les prévisions de zone de déconfliction, etc. et concernant la poussée en avant de l’Iran en Syrie. Inutile de s’enfoncer la tête dans le sable pour s’en tenir aux déclarations officielles.

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