Effondrement d’un immeuble en Floride : des défauts relevés dès 2018.

Une cinquième victime a été extraite des décombres de l’immeuble qui s’est effondré, jeudi 24 juin, à Miami. 156 personnes restent portées disparues.

L’espoir demeure, même si les chances de retrouver des survivants s’amenuisent d’heure en heure. Les secours poursuivaient samedi 26 juin leurs recherches acharnées dans les décombres d’un immeuble résidentiel près de Miami trois jours après son spectaculaire effondrement qui a fait 5 morts et 156 disparus, selon le dernier bilan. « Nos équipes de sauvetage ont trouvé un autre corps dans les décombres, et nos recherches ont aussi mis au jour des restes humains », a déclaré la maire du comté de Miami-Dade, Daniella Levine Cava, lors d’une conférence de presse. Après l’identification de trois des corps précédemment retrouvés, « cela signifie que le nombre de disparus descend à 156 et que le nombre de décès confirmés s’élève à 5 », a-t-elle ajouté.

Les recherches étaient compliquées samedi par un incendie qui s’est déclaré sur le site où le bâtiment de douze étages, nommé Champlain Towers, s’est effondré jeudi avant l’aube. La fumée s’est propagée à travers les gravats, ce qui rend certaines zones de recherches inaccessibles, selon la maire. Les pompiers ont demandé aux riverains de rester chez eux, fenêtres et portes closes, pour se protéger des fumées. « Nous gardons espoir. (…) Nous recherchons des personnes vivantes dans les décombres, c’est notre priorité et nos équipes n’ont pas arrêté », a néanmoins soutenu Daniella Levine Cava.

Cette catastrophe, survenue à Surfside, dans le sud-est des États-Unis, reste pour l’heure inexpliquée. L’un des corps retrouvés dans les décombres a été identifié comme étant Stacie Fang, la mère d’un garçon de 15 ans sauvé des gravats jeudi matin. Transportée à l’hôpital, elle n’a pas survécu, selon le Miami Herald. Parmi les disparus, neuf Argentins, trois Uruguayens et six Paraguayens, dont la sœur de la première dame du Paraguay, et au moins quatre Canadiens, selon les autorités.

Anxiété grandissante

Enchevêtrements de poutres et de métal, piles de gravats, odeurs de caoutchouc et de plastique carbonisés… Malgré le feu, les secouristes, unités cynophiles et grues fouillent de façon frénétique les ruines du bâtiment depuis trois jours. Pour les aider, Israël a annoncé samedi l’envoi sur place d’experts et de secouristes. « Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider à sauver des vies humaines, soutenir la communauté juive et nos alliés américains », a déclaré le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz.

La ville de Surfside accueille une importante communauté juive et des rabbins ont été mobilisés pour apporter du soutien aux résidents juifs évacués et à leurs proches. Malgré les moyens déployés, l’anxiété des familles confrontées à une attente interminable grandit. Un mémorial avec bougies, fleurs et une quarantaine de photos des personnes manquantes a été érigé près du site du sinistre.

« Nous avons une amie qui a pu s’enfuir du bâtiment avec son mari », explique samedi à l’AFP Gina Berlin, 54 ans, qui vit dans le quartier depuis 1992. « Je suis toujours sous le choc, et suis venue prier pour les personnes manquantes. » « L’ami de ma mère est là (sous les décombres). Nous voulons avoir de l’espoir mais nous devons être réalistes. La prochaine étape consiste à être là pour les familles et savoir pourquoi c’est arrivé », souligne Mark, 55 ans, qui n’a pas voulu donner son nom de famille.

Dommages structurels

Le besoin d’explications sur les causes de cette catastrophe ayant touché environ 55 appartements se fait, en effet, de plus en plus pressant. Un rapport portant sur l’état de l’immeuble avait noté dès 2018 des « dommages structurels majeurs », ainsi que des « fissures » dans le sous-sol du bâtiment, selon des documents publiés vendredi soir par la ville de Surfside. « L’imperméabilisation sous les abords de la piscine et la voie d’accès pour les véhicules (…) est au-delà de sa durée de vie et doit donc être complètement retirée et remplacée », a écrit dans ce document l’expert Frank Morabito. « Ne pas remplacer l’imperméabilisation dans un futur proche causera l’élargissement exponentiel de l’étendue des détériorations du béton », affirmait-il également en réclamant des réparations « dans un délai convenable », sans toutefois relever de risque d’effondrement.

La maire du comté de Miami-Dade a assuré samedi que la ville n’était pas au courant de cette étude mais qu’un audit de l’immeuble et de l’ensemble des bâtiments construits il y a plus de 40 ans allait être réalisé dans les 30 prochains jours. L’attention s’est aussi portée sur une autre étude conduite en 2020 qui a montré que le Champlain Towers, construit en 1981, avait subi un affaissement d’environ 2 millimètres par an entre 1993 et 1999. Dans un communiqué conjoint avec son université, l’auteur de l’étude a toutefois précisé que l’affaissement des sols ne causerait pas seul l’effondrement d’un immeuble.

Trois ans avant l’effondrement mortel du complexe de condominiums Champlain Towers South, près de Miami, un consultant a trouvé des preuves de « dommages structurels majeurs » à la dalle de béton située sous la terrasse de la piscine et a observé des fissures et des effritements « abondants » sur les colonnes, les poutres et les murs du garage dans le stationnement situé sous le bâtiment de 12 étages. Dévoilé tard vendredi par des responsables de la municipalité de Surfside, et d’abord rapporté par le New York Times, le rapport du consultant Frank Morabito, qui date de 2018, note que bien que certains de ces dommages soient mineurs, la plupart des détériorations du béton doivent être réparées dans un délai convenable.

M. Morabito n’affirme cependant pas que la structure du bâtiment menace de s’effondrer, mais il relève que les réparations nécessaires visent à maintenir l’intégrité structurelle du bâtiment et de ses 136 appartements. Un plan de réparation de l’édifice, estimé à plusieurs millions de dollars, devait d’ailleurs être lancé prochainement.

L’expérience de M. Morabito avait été sollicitée pour permettre la recertification du bâtiment, une exigence en Floride pour les structures des zones côtières vieilles de 40 ans qui ont subi les assauts des ouragans, des tempêtes et de l’air salin. Le sel, corrosif, peut pénétrer dans le béton et faire rouiller les barres d’armature et les poutres en acier qui se trouvent à l’intérieur. Cette exigence avait été mise en place après un précédent effondrement de bâtiment à Miami, en 1974.

L’immeuble de condominiums de Surfside qui s’est effondré cette semaine avait été construit en 1981. Par ailleurs, par crainte d’une nouvelle catastrophe, le maire de Surfside conseille aux résidents de la Champlain Towers North, un édifice presque identique construit la même année à quelques centaines de mètres de l’immeuble effondré, d’évacuer leur logement.

J’ai recommandé que ce bâtiment soit évacué en attendant une enquête structurelle approfondie. […] Il a eu le même promoteur [que la Champlain Towers South], il a été construit avec les mêmes matériaux, les mêmes plans, et les gens me demandent si le bâtiment est sûr. Je ne peux pas leur dire qu’il est sûr, a déclaré Charles Burkett.

Problème d’imperméabilisation

Dans son rapport, Frank Morabito avait souligné que l’étanchéité sous la terrasse de la piscine et l’allée d’entrée de la Champlain Towers South était défaillante, causant des dommages structurels majeurs à la dalle structurelle en béton sous ces zones. Il ajoutait que le fait de ne pas corriger ce problème dans un avenir proche entraînerait une expansion exponentielle de l’étendue de la détérioration du béton. Le problème, selon lui, était que la structure empêchait l’eau de s’écouler, ce qu’il a qualifié d’erreur majeure de conception.

Il avertissait que les réparations seraient extrêmement coûteuses et causeraient d’importantes perturbations aux résidents. Quant aux réparations qui avaient déjà été tentées dans le stationnement souterrain de l’immeuble pour colmater le béton avec de l’époxy, elles avaient entraîné davantage de fissures et d’écaillage. Dans un de ces endroits, écrivait-il, de nouvelles fissures rayonnaient à partir des fissures réparées à l’origine.

Le rapport a également identifié une multitude d’autres problèmes, entre autres que le béton de nombreux balcons se détériorait. Aussi, les résidents se plaignaient de l’eau qui s’infiltrait par leurs fenêtres et leurs portes de balcon.

Une longue enquête en vue.

L’enquête sur les causes de l’effondrement devrait commencer à la fin des opérations de secours, qui se poursuivent sans relâche depuis jeudi matin afin de retrouver des survivants. Quatre personnes ont perdu la vie dans l’accident, et 159 manquent toujours à l’appel. Quatre Canadiens pourraient avoir été touchés par l’effondrement, selon Affaires mondiales Canada.

Cette enquête risque cependant de prendre plusieurs semaines, pour permettre entre autres aux spécialistes des structures d’examiner les plans et la façon dont l’immeuble a été construit, de prélever des échantillons d’acier et de béton, et d’examiner les signes de corrosion.

Ceux-ci devraient également prendre en compte une étude environnementale dévoilée vendredi et qui a montré que le sol entourant l’immeuble a subi un affaissement entre 1993 et 1999. En soi, l’affaissement des sols ne causerait pas l’effondrement d’un immeuble, a cependant précisé la Florida International University, responsable de l’étude.

Avec les informations de New York Times.
JForum : Sources AFP Le Point – New York Time Radio Canada

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.