Attaque d’un complexe nucléaire: «une guerre non déclarée tous azimuts contre l’Iran».

Le 11 avril, le complexe nucléaire iranien de Natanz a été endommagé par une attaque. Téhéran accuse Jérusalem d’être responsable et évoque un acte terroriste. Ce sabotage fait le jeu des Américains, mais aussi des Russes et des Européens estime Nasser Etemadi, journaliste iranien à RFI, car il intervient au moment crucial pour l’Iran dans ses négociations sur le nucléaire.

Et si Israël cherchait à entraîner l’Iran dans un conflit?

Le dimanche 11 avril, le complexe nucléaire de Natanz, au centre de l’Iran, a été endommagé par une attaque qui a causé une panne d’électricité dans l’usine.

Saeed Khatibzadeh, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse à Téhéran a déclaré: «avec cette action, le régime sioniste a bien sûr essayé de se venger du peuple iranien pour la patience et la sagesse dont il a fait preuve en attendant la levée des sanctions.» Ali Akbar Salehi, le chef de l’organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), a quant à lui qualifié cet acte de «terrorisme nucléaire». Ainsi, Téhéran pointe-t-il directement Tel-Aviv (Jérusalem)  du doigt.

Cet incident intervient dans un contexte particulier. En effet, ce sabotage de l’usine iranienne survient au lendemain de l’annonce en grande pompe par le Président iranien Hassan Rohani de la mise en service de 164 centrifugeuses avancées IR-6 à Natanz et en pleines négociations à Vienne pour tenter de débloquer le dossier du nucléaire. Pour Nasser Etemadi, journaliste iranien du service persan de RFI, «cette attaque vise bien évidemment à affaiblir l’Iran.». «Cet évènement coïncide avec la reprise des discussions entre les signataires de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Cette attaque va créer un certain nombre de difficultés pour Téhéran», estime-t-il.

En effet, ce sabotage va retarder le programme nucléaire iranien pour une durée de neuf mois. «C’était le but recherché», explique le journaliste iranien: «Il y a une guerre qui ne dit pas son nom». Téhéran cherchait visiblement à maximiser sa marge de manœuvre en vue des négociations avec Washington, d’où sa volonté d’augmenter ses capacités en uranium.

Sans l’action déterminée d’Israël, l’Iran serait déjà détentrice de l’arme nucléaire. La stupidité confondante des Européens avec leur grande spécialité , le dialogue de dupes, aurait laissé libre cours au projet iranien.

«Entraver la position iranienne sur le dossier» du nucléaire

Dans une logique de confrontation de basse intensité, les ennemis israéliens et iraniens se redoutent et se provoquent. Depuis l’assassinat du physicien iranien Mohsen Fakhrizadeh le 27 novembre attribué à Israël, le théâtre des tensions entre les deux pays s’est également déplacé en mer. Un navire iranien a été endommagé au large des côtes de Djibouti le 6 avril dernier. Au mois de mars, un cargo iranien avait également été attaqué en mer Méditerranée, provoquant un incendie à bord. Vraisemblablement, les autorités israéliennes auraient agi en représailles à l’attaque d’un navire civil israélien par une mine ventouse –attribuée à l’Iran– dans le détroit d’Ormouz. «Les provocations sont des deux côtés», résume Nasser Etemadi. «C’est une guerre non déclarée tous azimuts contre l’Iran. Les ennemis de Téhéran veulent l’empêcher d’avoir l’arme nucléaire et contenir ses visées expansionnistes dans la région. Les alliés régionaux des États-Unis ont peur que l’Administration Biden puisse revenir à cet accord et que cela aide l’Iran à reprendre son programme nucléaire, qui est, avec son programme de missiles balistiques, une source d’inquiétude pour la région», souligne le journaliste iranien. En effet, Jérusalem perçoit l’Iran comme la principale menace régionale, mais en cela les nouveaux alliés sunnites ne sont pas en reste. Il n’est pas exclu que des points de bases israéliens se trouvent chez les nouveaux alliés arabes de la région. Le sol syrien devient de temps à autre le théâtre d’affrontements directs entre les deux pays. L’aviation israélienne a mené plusieurs centaines de frappes contre les forces iraniennes présentes en Syrie, et ce, depuis le début du conflit en 2011. Or Nasser Etemadi, critique Téhéran, et pointe du doigt celui-ci estimant que c’est lui qui est une source «d’instabilité» dans la région. Il fait référence à l’Irak, au Yémen et au Liban, qui ont des liens avérés avec l’Iran. Ces tensions régionales sont à replacer dans le contexte des négociations de Vienne. Les actions israéliennes visent d’abord à interdire à l’Iran d’entretenir ses mercenaires (Hezbollah, Hamas, Djihad islamique) dans la région et à «entraver la position iranienne sur ce dossier», juge le journaliste de RFI. Jérusalem et Riyad en tête voudraient «l’assurance que les Américains imposeront des conditions fermes», avance-t-il.

La guerre secrète entre l'Iran et Israël - JForum

 

Iraniens et Américains se parlent indirectement À l’arrêt depuis plusieurs mois, le dossier du nucléaire iranien a récemment connu une avancée significative. Les signataires restants du Plan d’action global commun (PAGC), à savoir la Russie, la Chine, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Iran se sont réunis à Vienne le 6 avril dernier pour entamer des négociations. L’objectif était de pousser Américains et Iraniens à faire des concessions sur leurs positions initiales pour sauver l’accord. Ainsi, Washington et Téhéran se parlaient-ils indirectement, par l’intermédiaire des autres partenaires. Or, ces négociations –aussi tenues fussent-elles– inquiètent les alliés régionaux des États-Unis. «Bien évidemment que les Américains coordonnent leurs actions avec leurs partenaires régionaux. Ils ne vont pas faire plaisir à l’Iran pour se mettre à dos leurs alliés traditionnels israéliens et saoudiens. Washington doit agir de concert avec les pays du Moyen-Orient. Par cette attaque, Israël a fait le boulot des États-Unis», estime-t-il . Mais les occidentaux et les Russes ne sont pas indifférents aux entreprises israéliennes et évitent bien de les critiquer. Israël fait le boulot, les autres aident en douce, se taisent, et apprécient.

À ce propos, Lloyd Austin, secrétaire américain à la Défense, est arrivé dimanche 11 avril à Tel-Aviv pour discuter du dossier du nucléaire iranien. C’est également la première visite d’un haut responsable de l’Administration de Joe Biden en Israël. Quelque peu en froid depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le nouveau Président américain semble vouloir tout de même rassurer son partenaire israélien. Jérusalem «veut isoler l’Iran», présume Nasser Etemadi, alors que les États-Unis veulent arriver à un accord avec Téhéran. Après l’entretien avec son homologue américain, Benny Gantz a déclaré: «Nous allons travailler de concert avec notre allié américain afin de nous assurer que tout accord avec l’Iran protégera les intérêts vitaux du monde et des États-Unis, en évitant une dangereuse course à l’armement dans notre région, et protégera l’État d’Israël.»

«Il y a une coordination, des discussions entre Israéliens et Américains sur le dossier iranien. Aujourd’hui, Washington ne peut plus agir seul dans la région. Les deux se mettent en accord. Avec cette attaque, Jérusalem vise tout simplement à mettre l’Iran en difficulté et à mettre les Américains en position de force», conclut-il.

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