L’accord sur le nucléaire de 2015 peut être sauvé, dit l’Iran.

L’Iran a estimé samedi qu’un retour dans l’accord sur le nucléaire conclu en 2015 avec de grandes puissances internationales était possible, mais a prévenu que Téhéran « ne négocierait pas éternellement ».

Par volonté inébranlable de sauver un accord que les États-Unis ont tenté de torpiller, l’Iran a été la partie la plus active à Vienne, proposant la plupart des projets, a déclaré sur Twitter le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, en référence aux discussions visant à relancer l’accord sur le nucléaire de 2015.

L’Iran et les États-Unis ont mené des discussions indirectes sur la relance de l’accord de 2015, conclu entre Téhéran et six puissances internationales, qui imposait des restrictions sur le programme nucléaire de l’Iran en échange de la levée des sanctions internationales.

L’ancien président américain Donald Trump avait sorti Washington de l’accord en 2018, mais l’actuel président Joe Biden cherche désormais à le relancer. Les responsables de toutes les parties ont déclaré qu’il y avait encore des problèmes majeurs à résoudre avant un retour à l’accord de 2015.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a déploré vendredi que l’Iran ne lui ait pas répondu sur la prolongation de leur accord portant sur la surveillance des activités nucléaires de Téhéran. L’agence des Nations unies a exigé de la République islamique une réponse immédiate à cette question qui menace de remettre en cause les négociations menées parallèlement sur l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien.

Programme nucléaire iranien : Téhéran campe sur sa position.

Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a affirmé à Paris qu’il serait «très difficile» pour son pays de revenir dans l’accord si les négociations devaient s’éterniser.

La République islamique d’Iran n’a jamais quitté» l’accord nucléaire de 2015 «pour y revenir, mais ce sont les Etats-Unis qui doivent prendre leur décision et revenir à cet accord avec la levée des sanctions illégales et la mise en œuvre pratique de leurs engagements définitifs». C’est ce qu’a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Saeid Khatibzadeh, selon des propos recueillis hier par l’agence iranienne Isna.

Réagissant aux positions annoncées par les ministres des Affaires étrangères français et américain sur le fait qu’ils attendent la décision de l’Iran afin de revenir au JCPOA (acronyme de l’accord en anglais, ndlr), il a indiqué que «les Etats-Unis et les Européens savent (…) que malgré le retrait unilatéral des Etats-Unis du JCPOA et l’imposition de sanctions illégales et oppressives au peuple iranien, l’Iran a pris sa décision de rester et maintenir cet accord en vie malgré l’inaction européenne».

Il a rappelé que «lors des négociations à Vienne, nous avons répété à plusieurs reprises que ce sont les Etats-Unis qui ont troublé l’équilibre du JCPOA et, dans un non-respect total, ont pratiquement bloqué la mise en œuvre de cet accord. Il a été souligné à plusieurs reprises que la République islamique d’Iran est tout à fait prête à suspendre les mesures compensatoires et à reprendre l’exécution de ses obligations au titre du JCPOA, à condition que les Etats-Unis les appliquent pleinement et les autres parties soient bien conscientes de la position de l’Iran». Il a soutenu qu’«il est évident qu’un accord sera possible, si les Etats-Unis prennent leur décision à mettre pleinement en œuvre leurs engagements et à renoncer à utiliser les sanctions comme levier aux négociations».

Et d’ajouter : «Notre position n’a pas changé depuis le début des négociations. Nous exigeons la levée des sanctions américaines. Pour leur vérification (…) ce sont les autres parties qui doivent prendre la décision.»

Exhortations

En visite vendredi à Paris, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a affirmé qu’il serait «très difficile» pour les Etats-Unis de revenir dans l’accord, si les négociations devaient s’éterniser. «Il arrivera un moment où, oui, il sera très difficile de revenir aux standards établis par le JCPOA», a-t-il déclaré, lors d’une conférence de presse commune avec son homologue français Jean-Yves le Drian.

Si l’Iran «continue à faire tourner plus de centrifugeuses sophistiquées» et à accélérer son programme d’enrichissement, il se rapprochera dangereusement du moment où il aura la capacité de fabriquer la bombe, a-t-il observé. De son côté, le chef de la diplomatie française a aussi exhorté Téhéran à faire un pas décisif en faveur d’un sauvetage de l’accord nucléaire signé en 2015 à Vienne entre l’Iran et le Groupe 5+1(Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni , France ainsi que l’Allemagne).

«Nous attendons des autorités iraniennes qu’elles prennent les dernières décisions, sans doute difficiles, qui permettront de conclure», a-t-il déclaré. «On arrive au terme du processus. On arrive dans la phase dure» qui «supposera des décisions courageuses et fortes», a-t-il poursuivi, tout en faisant part d’un «optimisme modéré mais d’un optimisme quand même».

Le délai d’un arrangement temporaire entre l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et Téhéran sur les inspections nucléaires a expiré vendredi. L’Iran a restreint, en février, l’accès des inspecteurs et refuse depuis cette date de fournir en temps réel les enregistrements de caméras et autres outils. Mais l’AIEA a négocié à l’époque un compromis de trois mois avec Téhéran pour garantir que l’Iran conserverait ces enregistrements et les lui remettrait quand les Etats-Unis lèveraient leurs sanctions.

Cet accord a été prolongé en mai jusqu’au 24 juin. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a informé le Conseil des gouverneurs que «l’Iran n’avait pas répondu à sa lettre». «L’enregistrement des données… ne devrait pas être considéré comme une obligation» de l’Iran vis-à-vis de l’AIEA, a tweeté, vendredi, l’ambassadeur iranien auprès de l’AIEA, Kazem Gharib Abadi. Il s’agit d’une simple «décision politique de l’Iran», a-t-il ajouté.

Le JCPOA offre à l’Iran un allégement des sanctions occidentales et onusiennes en échange de son engagement à ne jamais se doter de l’arme atomique, et d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle des Nations unies. Mais cet accord a été torpillé en 2018 par la décision de l’ex-président américain, Donald Trump, de s’en retirer et de rétablir les sanctions américaines.

En riposte, l’Iran a renoncé à une partie de ses engagements. A son arrivée à la Maison-Blanche en janvier, Joe Biden a annoncé son intention d’y revenir et des négociations ont repris en avril à Vienne.

L’Histoire regorge d’exemples « d’ennemis » capables de dépasser leurs antagonismes pour favoriser un rapprochement diplomatique et défendre leurs intérêts communs, voire pour sceller des accords de paix. On pense naturellement à la surprenante visite de Richard Nixon en Chine en 1972, qui initia une entente entre les deux puissances pour contrecarrer l’influence soviétique. Autre exemple quelques années plus tard, en 1979, lorsque le Premier ministre israélien Menachem Begin signa les Accords de Camp David avec l’Egypte, mettant ainsi fin au long conflit qui, d’arabe, devint exclusivement palestinien. L’Histoire a parfois tendance à se répéter. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’élection de l’ultraconservateur Ebrahim Raeissi pourrait ainsi favoriser la signature d’un nouvel accord sur le nucléaire entre l’Iran et les Etats-Unis.

Pourquoi les conservateurs réussiraient-ils là où les réformateurs ont, sinon échoué, du moins peiné depuis la reprise des négociations en avril dernier ? Une telle situation aurait été en effet impensable en 2013, lorsque l’administration Obama commença à négocier avec l’équipe du réformateur Hassan Rouhani. Depuis l’élection de Mohammad Khatami, les Occidentaux ont en effet considéré que la seule force de progrès possible en Iran ne pouvait venir que du camp réformateur. Les conservateurs iraniens, au demeurant, ont nourri cet argument, arc-boutés sur leur opposition frontale et radicale aux Etats-Unis et, à partir de 2015, farouches contempteurs du Joint Comprehensive Plan of Action et de ses éventuels bénéfices.

Ali Khamenei se retrouve face à un choix politique délicat : parer à l’urgence et obtenir la levée des sanctions économiques qui pèsent sur l’Iran, sans que cela entraîne une victoire diplomatique pour les réformateurs et surtout, des compromis sur les sujets non négociables pour Téhéran. La question des garanties exigées par la République islamique se pose à cet égard. Un nouveau retrait des Etats-Unis à échéance 2025 serait en effet catastrophique pour l’Iran. Mais du côté de Washington, obtenir des négociations sur le programme balistique iranien et son influence régionale au Moyen-Orient de la part de l’Iran constitue une difficulté majeure, si ce n’est insurmontable.

Le Guide Suprême a donc tout intérêt à ce que la nouvelle administration conservatrice sécurise l’accord, d’abord pour pacifier définitivement l’aile dure à cet égard. Il a de bonnes chances d’y parvenir, en vertu de la confiance que les ultra-conservateurs accordent à leur candidat nouvellement élu, et de leurs intérêts communs. Le processus semble d’ailleurs déjà enclenché, puisque moins d’une semaine après son élection, Ebrahim Raeissi mettait en place un comité chargé d’évaluer la concordance du nouvel accord avec les conditions initiales du JCPoA. Au sein de ce comité siègent côte à côte Abbas Aragchi, le négociateur en chef à Vienne, et Mojtaba Zolnour, l’un des parlementaires iraniens les plus critiques de l’accord.

L’autre objectif non dissimulé d’Ali Khamenei est évidemment de stabiliser l’Iran pour assurer que sa succession se déroule sans heurts. L’élection d’Ebrahim Raeissi, en donnant tous les leviers du pouvoir aux conservateurs, constituait une première condition. La seconde est un exercice du pouvoir réussi. Si la chose reste par nature imprévisible et incertaine, elle serait de toute façon impossible sans accord entre l’Iran et les Etats-Unis. Raeissi, dont la légitimité à la tête de l’Etat reste fragile face à un taux d’abstention record dans l’histoire de la République islamique, a naturellement besoin d’une réussite politique pour s’assurer de succéder au Guide Suprême et faire face à la concurrence qui se manifestera le moment venu. Plus que quiconque, il a donc tout intérêt à ce que les négociations viennoises s’achèvent positivement pour l’Iran.

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