Avidgor Lieberman a tenu une conférence de presse à l’attention des médias francophones, dans laquelle il s’est montré sans concessions. Fidèle à lui-même et à ses convictions, il réitéré ses objectifs.

La prophétie de Herzl

Force, détermination, pragmatisme, Lieberman à l’école de la Real Politik, ne déroge toutefois pas à ses principes. L’expression de main de fer dans un gant de velours, convient bien au personnage. Encore qu’il ne craigne pas de provoquer ses ennemis et ses détracteurs avec quelques flèches corrosives si besoin, qu’il n’hésite pas à décocher dans un humour à froid, plus éloquent que bien des discours circonstanciés. Moins haut en couleur que lors du débat télévisé, où il a qualifié notamment les arabes israéliens de « cinquième colonne », il a réitéré les grandes lignes de sa politique après un numéro de charme réussit à l’adresse d’un auditoire composé principalement d’olim.

Rappelant qu’il était lui aussi monté en Israël après la chute de l’empire soviétique, il a profité de cette tribune pour adresser ses remerciements aux juifs de France qui avaient à l’époque œuvré pour que cette alya Russe se réalise. « Je connais tous les problèmes que vous rencontrez, notamment bureaucratiques, c’est pourquoi je suis particulièrement à même de proposer des solutions adaptées » a-t-il promis. Il a évoqué cette période où il travaillait comme manutentionnaire à l’aéroport Ben Gourion, ce qui ne l’a pas empêché de faire carrière par la suite sans aucun piston, jusqu’à occuper la prestigieuse position de Ministre des Affaires étrangères. « Comme quoi en Israël tout est possible » a-t-il martelé. Très pince sans rire, Lieberman a raconté une plaisanterie qui avait cours à son époque : « pourquoi les olim ont-ils une épaule plus basse que l’autre ? Parce que tout le monde leur tape sur l’épaule pour leur dire, ‘ça va aller patience?’ C’est toujours pareil aujourd’hui » a-t-il plaisanté.

Renforcer l’identité Juive

Contrairement aux leaders des autres formations, le dénigrement de ses concurrents n’entre pas dans ses propos. Il reste fixé sur ses objectifs. Il veut un Etat Juif fort, qui ne tremble pas devant ses voisins, avec une minorité arabe-israélienne citoyenne et loyale envers l’Etat hébreu, à l’image des Druzes. « Ceux-là nous devons les aider, car ils ont du fil à retordre avec leur propre communauté et ont besoin de toute notre attention et de notre soutien ». D’ailleurs Israël Beitenou est fier d’avoir sur sa liste un arabe chrétien et un Député Druze, capitaine dans l’unité de parachutistes. « Que ce soit des Neturei Karta qui profèrent des propos hostiles et brandissent des drapeaux ennemis ou des arabes qui, lorsque nous rendons hommage à nos soldats tombés au champ d’honneur, les moquent ou fêtent leur naqba quand nous fêtons notre fête nationale, il n’y a pas de place pour les ennemis d’Israël en note sein » a-t-il martelé. « La député Zoabi ne devrait pas être éligible après avoir osé dire que l’assassinat des trois adolescents l’été dernier était légitime et que ce sont les soldats de Tzahal les vrais terroristes » a-t-il souligné, souhaitant une séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judicaire qui limiterait l’interventionnisme de la Cour Suprême.

Comme nombre de ses rivaux politiques, Lieberman exige aussi la reconnaissance automatique des diplômes et la baisse des prix du logements. Mais il ambitionne avant tout d’affirmer le caractère Juif de l’Etat hébreu et toute sa politique va dans le sens de ce renforcement. Notamment par des mesures concernant les conversions et les mariages. « Il y a des situations tragiques qui sont une atteinte à la dignité des personnes qui sont entre les lignes.»

Autre objectif : unifier le peuple et promouvoir l’éducation Juive de la diaspora pour renforcer l’identité juive et freiner l’assimilation. Il a rappelé que lors de la création de l’Etat d’Israël, les communautés de la diaspora avaient aidé le jeune Etat. Aujourd’hui c’est à Israël d’aider la diaspora. « Je veux que l’Etat d’Israël contribue à hauteur de 350 million de dollars par an au soutien de l’éducation juive en diaspora. Quand vous pensez qu’une année scolaire dans une école juive coûte 36.000 dollars par an aux Etats-Unis, vous comprenez que des familles modestes n’ont pas les moyens de donner une éducation juive à leurs enfants. Or, elle est un rempart contre l’assimilation et donnera envie aux juifs de monter en Israël un jour. Pour un juif qui veut rester juif il n’y a aucune alternative à l’Alya. C’est l’idéologie sioniste de Herzl que je défends et qui doit s’accomplir; à terme ce sont tous les Juifs du monde entier qui doivent monter en Israël » a affirmé Lieberman.

Le conflit Juif-arabe

« Le conflit israélo-palestinien n’est pas un conflit entre israéliens et ceux qui se font appeler Palestiniens, mais un conflit entre Juifs et arabes » a-t-il affirmé « qui nécessite un accord régional. Il a pointé le drame des palestiniens dans le camp de Yarmoush, en Syrie, qui n’a pas ému la communauté internationale. Preuve que les palestiniens émeuvent quand ils meurent parce que les juifs se défendent. Dans la conjoncture actuelle, il affirme qu’il importe de se tourner vers les pays arabes modérés avec lesquels, en pleine montée de l’islamisme, nous avons des intérêts communs, sans oublier les arabes-israéliens modérés. « Je voudrais qu’il y ait une ligne directe Tel Aviv-Ryad, entre Tel Aviv et le Koweit et développer la coopération économique avec ces Etats qui ont une influence dans le reste du monde et les non-alignés et même sceller une coopération dans le domaine du renseignement. »

Lieberman a évoqué son plan de paix qui propose notamment un échange de territoires, sans déplacement de population, sous le slogan « Ariel contre Um el fahrem » (ville de Galilée à majorité arabe d’où sont issus des éléments islamistes et terroristes). Lieberman a confié au Jérusalem Post que présentée aux chancelleries arabes modérées, dans le cadre d’une solution régionale, cette proposition a reçu un accueil favorable : « J’ai senti qu’ils étaient ouverts à cette solution, dans laquelle ils voient aussi leur intérêt. Je pense par conséquent qu’il est réaliste de penser qu’elle pourrait être appliquée ».

Combattre le terrorisme

La sécurité est certes le cheval de bataille de prédilection de l’actuel ministre des affaires étrangères qui n’a pas caché briguer le portefeuille de la Défense dans la prochaine coalition. L’Etat doit redevenir un Etat qui fait peur à ses ennemis. Faire davantage et parler moins.

Lieberman veut faire appliquer la peine de mort pour les terroristes. « Nous ne sommes pas au Benelux mais au Moyen-Orient », at-t-il rappelé avec humour ». Nous devons prendre exemple sur la Jordanie ; après la mort du Pilote, l’armée jordanienne a pilonné toutes les positions de Daesh et exécuté deux prisonniers en représailles », a-t-il rappelé. « C’est comme cela qu’il faut répondre aux agressions terroristes. Or en Israël, les terroristes font des études dans nos prisons et sont célébrés. Leurs familles touchent des salaires de 12.000 shekels/mois et nous avons libéré 3000 prisonniers dangereux », dénonce-t-il. « Or c’est en se montrant fort qu’on peut négocier. Comme disait mon père, grand admirateur de Jabotinski, nous sommes un peuple génial, généreux et cruel », a-t-il ponctué sous les rires de l’assistance.

Il a évoqué l’Opération Bordure Protectrice comme point d’achoppement entre le Likoud et Israël Beitenou. « Nous étions favorables au redéploiement au contraire du Likoud qui prônait le désengagement ». Lieberman a confié au Jérusalem Post qu’à ceux qui avancent l’argument qu’il faut laisser le Hamas aux commandes pour ne pas se retrouver avec une entité encore plus radicale dans la Bande, Lieberman rétorque qu’ « il y a à Gaza suffisamment d’arabes raisonnables pour vouloir, et être capables de construire à la place un Etat modéré, capable de résister à l’extrémisme. Il faut les aider à se débarrasser du Hamas », a-t-il insisté.           

Lieberman est un homme de terrain qui sait contre quoi nous nous battons. Il sait faire preuve d’opportunisme quand il le faut, composer avec de nouveaux partenaires si besoin, mais sans perdre de vue l’ennemi qu’Israël doit vaincre pour réaliser la vocation de l’Etat hébreu, la maison des Juifs promise par Herzl. « Le terrorisme est un problème mondial. C’est eux ou nous » a-t-il conclu.

 Kathie Kriegel – Jerusalem Post

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