L’histoire de la définition de l’Antisémitisme©

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L’histoire de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA,

racontée par un de ses principaux initiateurs

 

Un entretien avec Mark Weitzman

“On constate une croissance exponentielle de l”Antisémitisme en Europe depuis le début des années 2000. Ce phénomène a commencé à être reconnue à partir de 2003 par l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération) et par l’ OSCE ODIHR (Le Bureau Européen des Institutions Démocratiques et des Droits de l’Homme de l’OSCE) en même temps que par l’EUMC (le Centre Observatoire Européen du Racisme et de la Xénophobie), un organisme de l’Union Européenne.

“Quand on a commencé à combattre l’antisémitisme, le manque de définition adéquate était évident et reconnu comme le premier obstacle. Une telle définition devait comprendre l’antisémitisme classique autant que la diabolisation, les deux-poids-deux-mesures et la délégitimation appliquée exclusivement à Israël.

En 2005, un groupe d’experts a proposé ce qu’on a ensuite connu comme la Définition de Travail de l’EUMC sur l’Antisémitisme. Elle n’a jamais formellement été adoptée, mais elle a été postée sur le site Internet du successeur de l’EUMC, la FRA (Agence des Droits Fondamentaux). Cette définition a été retirée de ce site en 2013. La FRA avait alors déclaré vouloir nettoyer les documents non-officiels”.

Mark Weitzman

 

Mark Weitzman est directeur des affaires gouvernementales au Centre Simon Wiesenthal. C’est un membre de la délégation officielle américaine au sein de l’Autorité Internationale du Souvenir de la Shoah (IHRA). Là il a présidé la Commission sur l’Antisémitisme et la Négation de la Shoah, en 2013.

“Sous ma présidence à cette commission, nous avons proposé que l’IHRA adopte “La Définition de Travail de la Négation et la Déformation de la Shoah”; J’ai été son rédacteur principal. J’ai aussi fait part de mon intention que la commission propose une définition de l’antisémitisme.

“Les experts de 30 pays et de différents champs de compétence étaient impliqués au sein de cette commission, dont des universitaires, des éducateurs, des professionnels des musées et des lieux de mémoire, ainsi que des diplomates. Si, en effet, nous voulions accomplir quoi que ce soit, nous avions le plus grand besoin de clarté concernant ce que signifie exactement le terme “antisémitisme. J’ai alors suggéré que nous nous appuyions sur le texte existant de l’EUMC, en procédant à quelques légers amendements. Nous ne pouvions pas nous payer le luxe de prendre le temps pour forger quelque chose d’entièrement nouveau”.

J’ai aussi obtenu le soutien du futur président de l’IHRA, l’Ambassadeur Mihnea Constantinescu. Il a accepté de faire de cet objectif une priorité de sa présidence. Son leadership a été crucial, puisque l’IHRA requiert le consensus pour pouvoir adopter officiellement quelque proposition que ce soit. Nous devions encore convaincre les 31 pays-membres -toutes les démocraties occidentales – de donner leur accord.

Ce processus a mobilisé approximativement trois années d’activités politiques intensives. En définitive, en mai 2016, lors de la Plénière à Bucarest,l’IHRA a adopté une définition de l’antisémitisme très similaire à la version antérieure de l’EUMC, qui comprenait un certain nombre d’exemples.

“Autour d’avril 2018, la définition de l’antisémitisme selon l’IHRA a été formellement adoptée pour un usage interne par plusieurs pays, qui, en ordre chronologique, sont : le Royaume-Uni, Israël, l’Autriche, l’Ecosse, la Roumanie, l’Allemagne, la Bulgarie, la Lituanie, et l’ancienne République yougoslave de Macédoine.

“A l’origine, le Département d’Etat américain avait posté la définition proposée par l’UEMC, avec de légères variantes, sur son site internet en 2007. A la fin 2017, cette version a été remplacée par la définition de l’IHRA. Le Département d’Etat ne peut travailler que sur des questions internationales. Sur le plan intérieur, le Premier Amendement offre une vaste couche de protection au discours. Il y a actuellement au Congrès, une proposition à l’intention du Département de l’Enseignement, d’utiliser la définition afin d’aider à identifier les violations antisémites des droits civiques sur les campus.

“La définition de l’IHRA a aussi été adoptée par une grande diversité d’autres entités ou organismes, comme les villes de Londres et Berlin, plus de 120 municipalités au Royaume-Uni, l’Etat de Caroline du Sud, la ville de Bal Harbour en Floride et l’Université de l’Ouest de Washington.

“En juin 2017, le Parlement Européen a voté une résolution appelant les Etats-membres et les Institutions de l’U.E à appliquer la définition de l’IHRA, afin de soutenir les autorités judiciaires et de maintien de l’ordre, à identifier et à poursuivre les attaques antisémites de façon plus efficace et efficiente”.

 “A présent, il existe une grande diversité d’applications pratiques de la Définition de l’IHRA. En février 2017,l’Université du Lancashire Central a annulé un événement qui devait se dérouler dans le cadre de la “Semaine de l’Apartheid Israélien”. La définition est aussi utilisée pour entraîner les agents de police et les juges au Royaume-Uni. En Allemagne, la police de l’Etat de Berlin a adopté la définition de l’IHRA.

Les opposants à l’utilisation de la définition de l’IHRA présentent, généralement, deux faux arguments. Le premier est que la définition est une tentative pour museler la critique d’Israël. Mais la définition déclare explicitement : “la critique d’Israël similaire a celle qui atteint  le niveau de celle de n’importe quel autre pays ne peut pas être conçue comme antisémite”.

Le second argument , qui représente un mensonge bien plus scandaleux, c’est que l’IHRA n’a officiellement adopté qu’un texte bref et éclairé, et pas les exemples d’antisémitisme qui sont mentionnés dans ce cadre. C’est une une tentative flagrante de distorsion de ce qui a été réellement validé. L’Ambassadeur Constantinescu et moi-même avons diffusé une déclaration commune affirmant que l’IHRA a adopté le texte, tel qu’il est constitué.

“Mon espoir est que tous les pays-membres de l’IHRA, ainsi que l’Union Européenne adoptent la définition pour leur propre gouverne. Nous avons aussi tenté de faire adopter cette définition par l’OSCE, dans laquelle 56 des 57 pays-membres étaient prêts à trouver le consensus nécessaire,mais, au cours des deux dernières années, la Russie l’a bloquée. Nous essaierons à nouveau”.

Interview réalisée par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

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