Moyen-Orient : vers des millions de déplacés climatiques ?

  • « Si les populations ne peuvent plus se nourrir ou travailler leurs terres, elles n’ont que peu d’alternatives au déplacement », explique Amy Pope, directrice adjointe de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM)

  • Pour la Banque mondiale, en 2050, si rien n’est fait, il y aura 216 millions de migrants climatiques, des familles forcées de se déplacer au sein même de leur pays, dont 19,3 millions dans les cinq pays d’Afrique du Nord.

  • Le seul pays du Moyen-Orient à avoir résolu cette pénurie d’eau c’est Israël. La Jordanie, Gaza, et les Arabes de Judée Samarie sont tributaires d’Israël pour la fourniture d’eau douce. Demain, ça sera l’Égypte, le Liban, voire, même la Syrie. C’est la diplomatie de l’eau qu’Israël a mis en place depuis des années.

  • Mais cet effort local ne suffira pas à endiguer un flux migratoire en direction de l’Occident, qui subit déjà une crise économique grave, et une crise identitaire majeure, avec partout un renforcement majeur des partis d’extrême droite. Un surplus de population immigrée peut engendrer des tensions sociales, économiques, sécuritaires et identitaires, qui obligera l’Europe à changer de paradigme. Entre-temps, l’Europe peut remercier Israël pour avoir résolu localement cette problématique avec une partie de ses voisins grâce aux efforts qu’elle a consentis.

Le Caire : Pluies rares, canicules et sécheresses : au Moyen-Orient, la région du monde la plus pauvre en eau, le changement climatique pourrait faire des millions de déplacés, charriant avec eux le risque d’une urbanisation néfaste pour l’environnement et même de conflits pour les ressources. Au quotidien, Hussein Abou Saddam, président du syndicat des agriculteurs égyptiens, le constate déjà : « des jeunes des zones rurales migrent à l’étranger ou vers les grandes villes pour travailler dans l’industrie par exemple », raconte-t-il à l’AFP.

Derrière ces départs, il y a des raisons climatiques, dit-il. Si l’Egypte souffre déjà de « sa surpopulation (104 millions d’habitants) et du fait qu’elle est un des pays les plus arides au monde », les nouveaux aléas liés au changement climatique « comme l’apparition de nouveaux parasites » ont rendu l’agriculture moins rentable, poursuit-il. Déjà, « 90% des réfugiés de la planète viennent de territoires extrêmement vulnérables au changement climatique », note le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR).

– 216 millions de migrants –

« Si les populations ne peuvent plus se nourrir ou travailler leurs terres, elles n’ont que peu d’alternatives au déplacement », explique Amy Pope, directrice adjointe de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En 2021, l’augmentation des catastrophes naturelles a forcé « presque trois millions de personnes à quitter leur maison en Afrique et au Moyen-Orient », rappelle Mme Pope. « Et nous pensons que la situation ne va faire que s’aggraver ».

En Égypte, en 2060, le changement climatique pourrait avoir emporté la moitié du secteur agricole, selon les spécialistes du climat.

Outre « la baisse de la production » agricole, « il y a aussi l’attrait pour la ville, son mode de vie et ses services », nuance Florian Bonnefoi, chercheur rattaché au Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (CEDEJ) au Caire. Malgré tout, pour la Banque mondiale, en 2050, si rien n’est fait, il y aura 216 millions de migrants climatiques, des familles forcées de se déplacer au sein même de leur pays, dont 19,3 millions dans les cinq pays d’Afrique du Nord.

Si cette zone est particulièrement exposée, c’est que ses côtes densément peuplées sont parmi les plus menacées par la montée des eaux : 7% des habitants y vivent à moins de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer, selon l’Institut européen de la Méditerranée (IEMed).

Naturellement, les populations convergeront vers les métropoles : Le Caire, Alger, Tunis, Tripoli, le corridor Casablanca-Rabat et Tanger. Mais, prévient la Banque mondiale, ces « foyers d’immigration climatique » sont eux-mêmes vulnérables à la montée des eaux.

À Alexandrie par exemple, sur la côte égyptienne, deux millions de personnes, soit près du tiers des habitants, seront déplacées et 214.000 emplois disparaîtront si la mer monte de 50 centimètres.

– « Conflits violents » –

De tels regroupements « augmentent la pression sur les ressources », prévient l’économiste Assem Abu Hatab, ce qui « peut mener à des conflits violents » dans une région où l’agriculture représente 22% de l’emploi.

Au Soudan déjà, les affrontements entre tribus pour l’accès à l’eau et à la terre font chaque année des centaines de morts. Ces derniers jours, dans le seul État du Nil Bleu, au moins 250 personnes ont péri dans ces combats.

Selon l’Unicef, sur les 17 pays les plus pauvres en eau du monde, onze se trouvent au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord .

En Irak par exemple, si rien n’est fait d’ici à 2050, « avec un degré supplémentaire et 10% de pluies en moins, 20% de l’eau douce » du pays de 42 millions d’habitants risque de disparaître, privant un tiers des terres agricoles de leur irrigation, selon la Banque mondiale.

La Jordanie, l’un des pays les plus secs du monde, a dû doubler en 2021 ses importations d’eau d’Israël et la bande de Gaza, sous blocus de l’État hébreu, souffre d’une pénurie chronique d’eau depuis plusieurs années.

À Copenhague puis à Paris, la communauté internationale « s’est engagée à aider les pays en développement à faire face à l’impact du changement climatique » en accompagnant « une pratique différente de l’agriculture et une meilleure gestion de l’eau», rappelle Mme Pope.

Début septembre, 24 pays africains l’exhortaient à respecter ses engagements au plus vite. Ils plaideront de nouveau leur cause à la COP27 qui s’ouvrira le 6 novembre en Égypte. Car il va falloir, affirme Mme Pope, « trouver des sources alternatives d’emploi et donc de revenus » pour endiguer les migrations climatiques.

La diplomatie de l’eau entre Israël et les pays arabes.

L’eau est au centre du conflit du Proche-Orient. Mais avec l’autonomie hydrique permise par le recyclage des eaux usées, l’irrigation au goutte à goutte et surtout le dessalement de l’eau de mer, apparaît un nouveau phénomène lié aux accords d’Abraham signés entre Israël et plusieurs pays arabes.

Une goutte dans l’immensité de la mer Méditerranée, mais un grand pas en avant dans une nouvelle direction pour Israël. Après avoir depuis le début de son existence puisé abondamment dans le lac de Tibériade, c’est autour des années 2000 que les dirigeants israéliens ont dû revoir leur copie.

« Le changement climatique a obligé le gouvernement à prendre deux mesures d’urgence, explique Max Semory, spécialiste des questions d’eau. Il a fallu recycler toute l’eau consommée et puiser puis dessaler l’eau de mer aux ressources inépuisables, évidemment. »

Désormais, 85% des eaux usées sont recyclées et près de 80% de l’eau potable consommée en Israël est fourni par cinq usines de dessalement de l’eau de mer. À elle seule, l’usine de Soreq, au sud de Tel Aviv, répond pratiquement aux besoins des deux millions d’habitants de cette zone métropolitaine. Désormais aussi, de l’eau est acheminée en sens inverse : pour renflouer le lac de Tibériade situé à quelque 215 mètres en dessous du niveau de la mer.

L’eau, vecteur de paix ou de conflit 

Une réussite qui s’accompagne d’un prix. L’eau et la politique sont étroitement entremêlées dans cette région du monde. « La situation, ici, est exacerbée, car le contexte géopolitique est très compliqué. Il y a actuellement plusieurs initiatives qui permettraient d’utiliser l’eau comme vecteur de paix plutôt qu’un catalyseur de conflits », observe Patricia Hugonin, consultante Eau et Environnement.

Principales victimes de cette tension : des communautés bédouines dont les villages non reconnus ne sont pas raccordés au réseau d’eau national. Et de nombreux points de friction avec les voisins palestiniens en Cisjordanie et à Gaza.

Mais Israël saisit au bond la nouvelle situation qui a été créée ces dernières années pour tenter une nouvelle approche. « L’autonomie hydrique d’Israël lui permet aujourd’hui de déployer toute une diplomatie dans la région, un leadership technologique. Les accords d’Abraham ont libéré un certain nombre d’opportunités économiques qui n’existaient pas avant », note Anne Baer, présidente d’Ikare Innovation et experte en Climat Tech.

C’est la diplomatie du « swap », la forme moderne du troc. « Ce Green Blue deal porte sur l’échange entre près de 20% des besoins annuels de la Jordanie (…) qui elle, mettrait à disposition des champs solaires, pour permettre à Israël de tenir ses engagements », ajoute Anne Baer.

À Glasgow lors de la COP26, le Premier ministre israélien Naftali Bennett avait pris l’engagement de réduire à zéro les effets de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Un objectif ambitieux.

JForum.fr  & RFI

1 COMMENTAIRE

  1. ne pasoublier qu a la fin du 19 emme siècle la planète comptait moins de deux milliards d’ habitants
    début 21 eme siècle, en ce moment nous en sommes a 8 milliards de terriens

    en moins de 150ans ……

    il n y aura plus d eau dans moins de 50 ans et Israel continuerait a jouer le bon samaritain ?

    et envers des populations qui ont juré de l exterminer ?

    RIEN A FOUTRE DES ACCORDS D ABRAHAM

    QUE LES AUTRES SE DEMERDENT………

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