Média allemand: Les juifs tunisiens sont en danger imminent?

Lors de sa campagne électorale, le président tunisien Kais Saied a accusé Israël d’être en guerre avec le monde musulman, un message qui a touché une corde sensible dans le cœur de nombreux Tunisiens.

Il a également déclaré que tout dirigeant musulman qui normalise ses relations avec les sionistes devrait être poursuivi pour trahison. En d’autres termes, il considère quiconque entretient des relations avec Israël comme un traître à la oumma (nation) arabe et au peuple palestinien.

Après son élection à la présidence, la campagne de haine de Saied contre Israël s’est étendue aux Juifs tunisiens, qu’il a qualifiés de voleurs . (Il s’est excusé par la suite, affirmant que ses propos avaient été sortis de leur contexte.)

Grâce à l’influence de Saied, la Tunisie est passée d’un pays musulman exceptionnellement tolérant à un pays musulman typiquement intolérant qui ne respecte pas ses minorités. Il y a quelques semaines, une église tunisienne a été incendiée et le danger pour les juifs du pays s’intensifie.

Les Juifs ont vécu en Tunisie pendant des milliers d’années dans une paix relative. Seuls 1 500 Juifs restent dans le pays, la plupart sur l’île de Djerba . Ils représentent l’une des dernières communautés juives restantes au Moyen-Orient en dehors d’Israël.

L’attitude du président a ouvert la porte à l’antisémitisme au sein de la population tunisienne, qui devient de plus en plus banal. Une hostilité préexistante envers Israël lointain s’est transformée en haine ouverte et en actes de provocation contre les Juifs locaux. En d’autres termes, l’antisionisme s’est révélé comme de l’antisémitisme.

Lassaad Hajjem, le maire musulman des îles Midoun au large de Djerba, a modifié les noms des quartiers juifs de la région en ajoutant des noms musulmans. «Al-Riad» a été ajouté au nom du plus petit quartier juif et «Al-Suani» au nom du plus grand. Les deux sont des sites islamiques en Arabie saoudite. Les modifications ont été apportées suite à un ordre du maire et ont déjà été intégrées dans les documents officiels de l’État et les entrées de Wikipédia.

De peur que les Juifs tunisiens ne passent à côté de ce point, Hajjem a également placé un grand panneau près de l’entrée des quartiers juifs qui se lit comme suit: «Al-Quds [Jérusalem] est la capitale de la Palestine». Le panneau indique que la distance à «Al-Qods» est de 3 090 kilomètres et affiche le drapeau palestinien.

Le maire Hajjem est membre de la faction Ennahda des Frères musulmans radicaux. Il est en fonction depuis août 2018, mais a attendu la fin de l’administration de l’ancien président tunisien Beji Caid Essebsi pour agir contre les juifs des îles Midoun. Le gouvernement Essebsi comprenait René Trabelsi, un membre du cabinet juif qui a été ministre du Tourisme. Pendant le mandat d’Essebsi, le traitement des Juifs tunisiens était bien meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui.

Après l’élection de Kais Saied, connu pour son nationalisme et son antisémitisme, Lassaad Hajjem a profité de ce nouveau terrain fertile pour rappeler aux juifs tunisiens qu’ils vivent en sursis dans un pays musulman.

Ceci est une version éditée d’un article publié dans Israel Hayom et au Centre BESA.

par Edy Cohen

Source : The Algemeiner, 15 mars 2021

Récit d’une disparition annoncée, que la montée des salafistes ne freine pas.

Par Félix Uhel

A Tunis, dans les années 1950, la quartier de La Goulette était le vivier de la communauté juive. Depuis, la diaspora a déserté les rues. Les derniers juifs se sont repliés autour de l’avenue Franklin-Roosevelt, entre les restaurants hallal et les enseignes italiennes.

                                       La maison de retraite juive de La Goulette (Photo CFJ / N.F.)

Le vaste bâtiment du Centre juif pour personnes âgées est surveillé 24h/24 par des gardes de l’ État tunisien. Le décor est fastueux, les âmes grises. Les vieillards déambulent en fauteuil roulant sur le sol frappé de l’étoile de David. Les vingt-huit résidents sont tous juifs. « Ils étaient près du double il y a encore quelques années », se souvient Yasmina, intendante depuis 35 ans. « Beaucoup sont décédés, les autres ont suivi leur famille partie en exil. » Israël, la France ou les États-Unis sont leurs terres d’accueil.

On ne dénombre plus que 1 500 juifs au pays du jasmin. Les deux tiers sont confinés à Djerba.

Onze synagogues quadrillent aujourd’hui la petite île. Du côté de la capitale, 100 à 200 personnes peuplent la communauté et préservent les trois lieux de cultes qui subsistent. Sinon, plus rien, ou presque ; seules quelques familles dispersées ça et là dans le pays. À Nabeul, les fidèles ont déserté, mais un gardien surveille toujours la synagogue. Ailleurs, des dizaines d’autres ont été abandonnées.

Une longue histoire

« Les juifs sont dans le pays depuis plus de 2000 ans, rappelle Daniel Cohen, l’un des deux derniers rabbins de Tunis. Ils étaient là bien avant l’arrivée des musulmans. » Mais, en un demi-siècle, les choses ont changé et les juifs sont partis.

La création de l’État d’Israël, en 1948, et l’indépendance de la Tunisie, en 1956, marquent les deux premières vagues d’émigration. En 1961, environ 70 000 juifs ont déjà quitté le pays. Puis vint la Guerre des Six jours, en 1967.

La victoire israélienne provoque d’importantes émeutes antisémites.

« La communauté juive a été extrêmement bouleversée par ces événements. Les boutiques tenues par des juifs étaient marquées d‘une étoile de David », raconte Sonia Fellouss, chercheuse au CNRS, chargée de l’inventaire du patrimoine juif. A Tunis, la Grande synagogue est saccagée. Plus de 7 000 juifs quittent le pays pour la France, les autres partent pour Israël. La communauté se réduit alors à 2 000 âmes.

La Grande synagogue de Tunis. (photo CFJ/M.E.)

Sous Ben Ali (1987-2011), les relations avec le pouvoir sont ambiguës. Pendant 23 ans, le dictateur assure la sécurité de la communauté et, en retour, celle-ci lui témoigne un soutient discret.

« Oui, les juifs étaient protégés par Ben Ali, mais avaient-ils le choix ? » s’interroge Sonia Fellouss. C’est le propre de chaque minorité de vouloir rester proche du pouvoir, pour assurer ses intérêts. »

Le rabbin Cohen considère quant à lui que, « si Ben Ali a protégé les juifs, c‘est avant tout pour s‘assurer les bonnes grâces des Occidentaux ».

Aujourd’hui encore, certains avouent regretter les années Ben Ali. « Le jour où il est parti, j‘ai beaucoup pleuré », confie Samuel, 20 ans, à la sortie de l’office du Shabbat.

Ils ne sont plus qu’une vingtaine à se réunir chaque samedi dans une annexe de la Grande synagogue de Tunis.

A l’entrée de la petite pièce, les kippas s’amoncellent dans une corbeille. Les chants hébraïques résonnent entre les murs défraîchis. L’immense salle principale, désespérément vide, n’est utilisée qu’une fois par an, pour Kippour.

Depuis le 14 janvier 2011, une relative méfiance s’est instaurée vis-à-vis du nouveau régime : « Comme tous les Tunisiens, nous observons avec crainte la situation politique et sociale de l’après Révolution », constate Samuel. « L’ambition du parti Ennahdha de créer un pays islamique et d’instaurer la charia dans le droit tunisien n’est pas compatible avec notre statut. » D’ici trois ans, il quittera le pays. Il en est maintenant convaincu.

Devoir de mémoire

Le 5 janvier 2012, la venue du chef du Hamas, Ismael Haniyeh à l’aéroport de Tunis avait fait craindre le pire. Les « morts aux juifs », scandés par quelques islamistes dans la foule, avaient été immédiatement condamnés par le gouvernement tunisien.

« Ces événements sont exceptionnels », précise Essid Kamarl, adjoint du ministre des Affaires religieuses. « Les juifs tunisiens vivent en harmonie dans notre pays aux côtés des musulmans et des catholiques. Nous sommes profondément fiers de cette communauté qui fait partie de notre histoire.»

La disparition de la communauté juive de Tunisie semble une évidence. Les jeunes veulent partir, les anciens vont mourir ici. « Ceux qui restent le font pour des raisons purement affectives, de l‘ordre de l‘irrationnel, analyse Sonia Fellouss, la communauté a déjà disparu et la Révolution n‘y changera rien. »

Pourtant, au ministère, on est plus optimiste : « Les juifs de la diaspora reviendront, dans deux ou trois ans, lorsque la Tunisie sera stabilisée. »

Gilles Jacob Lellouche, président de l’association Dar el dhekra. (photo CFJ / N.F.)

En attendant, certains membres de la communauté essayent de sauver ce qui peut encore l’être. Gilles-Jacob Lellouche est de ceux-là. Artiste peintre, il est également gérant du dernier restaurant käsher du pays, Mamie Lily, à La Goulette.

Au lendemain de la Révolution, Gilles fonde l’association Dar el dhekra avec la mission de « préserver le patrimoine judéo-tunisien ». Organiser des conférences, éditer des ouvrages, créer un musée… Dar el dhekra veut sauvegarder une identité qui disparaît. Récemment, à la demande de l’association, le gouvernement a accepté d’instaurer une journée dédiée au patrimoine juif. Petite victoire face à l’immensité de la tâche. « Nous sommes des Don Quichotte », s’amuse Gilles-Jacob.

« Il faut entretenir cette mémoire pour les Tunisiens et pour le monde arabe. Sans quoi, ce dernier se renfermera sur lui-même » explique Sonia Fellouss.

Le principal objectif de l’association : introduire l’histoire juive dans les manuels scolaires. « Ce patrimoine n‘appartient pas qu’aux juifs, il appartient à tous les Tunisiens », veut croire Gilles-Jacob. Raconter leur histoire à des musulmans, voilà sûrement le dernier vœu des juifs de Tunisie.

A Djerba, les derniers juifs tunisiens font de la résistance

Lire la suite  https://terrepromise.fr/les-derniers-juifs-de-tunisie/?fbclid=IwAR3Nt5zfXwO8ZvuaPl3ck6nziNwbbndeu4zhmR334NJ1HHKQrZvECdEWSFU

Auteurs: Mathilde ENTHOVEN, Nicolas FELDMANN, Félix UHEL et Alain Chouffan

A l’origine de la Boukha Bokobsa

En 1819 Yakov BOKOBSA un juif russe s’installa à Tunis à la recherche d’un climat doux et clément.

Il commença à distiller des fruits locaux pour produire une Eau-de-vie.
En 1820 Quand Yaakov termina de produire son “Eau-de-Vie” à base de figues, il l’appela tout naturellement Vodka.

En lettres cyrillique Russe, Vodka s’écrit : водка. A l’époque les Tunisiens ne pouvant pas lire le Russe, le nom fut vite prononcé BOUKA puis BOUKHA.

De 1820 à 1860 : Yaakov enseigne à ses deux fils : Léon et Chalom comment produire “l’Eau-de-Vie” à base de figues et leur transmet son “Savoir-Faire”.

En 1870 : Abraham BOKOBSA, fils de Chalom fait de la distillation de la figue une industrie et invente un nouveau procédé de distillation avec des méthodes plus modernes. La Boukha BOKOBSA devient une boisson transparente et pure.

En 1880 : Il s’établit à La Soukra et construit la première usine de la famille dans le Domaine d’Arkuosal.

3 Commentaires

  1. Toujours le même scénario : tout va bien jusqu’au jour où un capricieux de service se sente obligé « de l’ouvrir »…
    Et alors il faut faire ses valises.

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