Le Roi de Jordanie et l’Ambassade roumaine à Jérusalem

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Le 25 mars 2019

A l’attention de son Altesse Abdallah II

roi de Jordanie

Aman, Royaume hachémite de Jordanie

Votre Altesse,

Je viens de prendre connaissance de votre toute récente déclaration : vous annuleriez votre voyage à Bucarest parce que le gouvernement roumain a décidé de transférer son Ambassade à Jérusalem…

Votre Altesse, avec tout le respect dû à votre rang et à l’origine de votre famille, je voudrai vous marquer plus que de l’étonnement.

N’êtes-vous pas descendant du Shariff de la Mecque, Hussein ibn Ali ben Ali el-Hachimi et de son fils Abdallah, frère de l’Emir Fayçal?

N’êtes-vous pas Roi à Amman, parce que les Saoud ont chassé de la Mecque le gardien du lieu saint central de toutes écoles de l’islam, avec l’aide ou la connivence de la diplomatie britannique?

Revenons sur le Shariff de la Mecque et ses fils : outre avoir lancé avec son père la révolte arabe contre le califat ottoman en 1916, Fayçal rencontra Haïm Weizman à Londres ; il signera avec lui l’accord du 3 janvier 1919.

Cet accord reconnaissait la légitimité politique et historique des Juifs -les Yahoud ou Banou Îsraîl– sur le petit territoire baptisé, en 135, Palestine par les Romains, par esprit de vengeance à la suite de deux guerres difficiles qu’ils durent mener contre les Juifs (67-70 et 132-135), puis par les britanniques en 1922 -comme dénomination du Foyer national juif dont ils borneront unilatéralement l’étendue à la partie du territoire compris entre la rive occidentale du fleuve Yarden (le Jourdain) et la mer.

Soulignons que la SDN et le traité de San Rémo n’avaient pas exclu la présence de Juifs sur la rive orientale du fleuve, sur ces petits territoires où avaient vécu les tribus hébreues de Gad et Reuven, puis plus tard des Juifs habitants de l’ancienne Judée dont il reste des descendants dans votre royaume?

La toponymie des cartes de votre royaume autant que les nombreuses familles Cohen vivant en Jordanie conservent les traces indélébiles de cette continuité juive.

Votre altesse, vous avez protesté concernant Jérusalem.

Le transfert de l’ambassade roumaine, après le transfert de l’ambassade US, consacrerait un acte illégitime, une décision de nature coloniale.

Votre Altesse, je ne veux pas vous manquer de respect, mais si les mots ont un sens, « l’occupation coloniale » n’est pas là où vous voulez ou croyez la voir.

En mai 1948, après un siège de plusieurs semaines, la légion arabe dirigée par les britanniques expulsaient plusieurs milliers de familles juives du vieux Jérusalem entre les murailles ; elle les chassait de ce cœur du trois fois millénaire Iroushalayim ha koydesh qu’un mimétisme arabo-musulman a transformé en al Qods (l’arabe qouds ou qods, n’est-il pas une déformation de l’hébreu Qoydesh).

Outre ces milliers d’expulsions de familles juives non-belligérantes, les officiers britanniques décideront de faire dynamiter des centaines de maisons « juives » ainsi que les nombreux lieux du culte juif et, notamment, deux synagogues historiques ; l’une, la Hurva, avait été construite peu avant la révolte de Bar Korba et la guerre de 132-135. En dépit des sièges, des massacres et des expulsions plus ou moins longues, elle avait traversé le temps et abritait toujours le culte juif. Il faudra en mai 1948 la décision locale d’un officier britannique de la Légion arabe pour la détruire et poursuivre ainsi l’œuvre de l’empereur romain ayant donné au pays un nom provenant de celui des Philistins/filistins. Dion Cassius rapporte aussi qu’à la suite de cette seconde guerre, 985 villages de juifs Judée avaient été détruits.

Second édifice religieux « historique » dynamité sur ordre d’officiers britanniques de la légion arabe, la synagogue construite fin 17èmepeu après l’épopée sabbataïste– et entrée en service en 1700 sous le califat ottoman avec son accord ; la Hurva fut en 1864 confiée par les autorités du califat ottoman -après presque vingt ans de démarches- à un groupe de Juifs hassidiques venus des Carpates au tout début des années 1840.

Votre Altesse, je terminerai sur un autre aspect de la question : depuis les recensements ottomans des années 1840, les Juifs ont formé le plus important groupe humain de la vieille Jérusalem.

Lors du recensement ottoman de 1903, -les chiffres méritent qu’on s’y arrête-, les Ottomans dénombreront :

  • 7200 musulmans pour … 42000 Juifs
  • et un peu plus de 13000 résidents temporaires chrétiens.

Les ottomans trouveront que, dans la vieille ville, les Juifs formaient 95,52% par rapport aux habitants musulmans locaux et autres musulmans (circassiens, maghrébins, soudanais, turcs…) ; elle abritait aussi un peu plus de 13000 chrétiens, arméniens et pèlerins et membres des congrégations religieuses installées dans la vieille ville de David-Salomon.

Votre Altesse, où est la cause du scandale ?

Resterez-vous aveuglé par l’annexion de 1948 ? Votre Altesse, regardons les choses en face :

prenons la réalité humaine, historique et culturelle (religieuse), comme le fit votre ancêtre pas si lointain, le Sharrif de la Mecque, comme le fit aussi et le voulut le Roi Abdallah Ier votre grand-père.

L’annexion de Jérusalem à votre royaume fut une conséquence et non un choix délibéré du Roi Hussein votre père ; elle complétait une réalité n’ayant pas été décidée. Malheureusement, s‘imposait le husseynisme du mufti hitlerien, prévalait la doctrine fanatique et la politique des frères musulmans, avec le refus « arabe » du partage du Foyer national juif en deux Etats : l’un juif, avec une forte minorité arabe et arabisée, et l’autre arabe, avec une minorité juive (en particulier dans les kibboutz du Kfar Etzion – l’actuel Goush Etzion– qui furent constitués par des groupements agraires collectivistes juifs, socialistes populistes et marxistes et/ou religieux, dès la fin des années 1870 et du tout début des années 1880).

Votre Altesse, où réside le scandale ?

 

Certainement pas dans la décision roumaine plaçant ses pas dans ceux de l’Emir Fayçal et des siens.

Avec l’espoir que l’esprit de justice et celui de respect de la vérité historique et humaine reprendront leurs droits, je vous prie, votre Altesse, de bien vouloir agréer l’expression des mes plus respectueuses salutations.

Alain Rubin

6 COMMENTS

  1. Que chaque lecteur en fasse un copier-coller sur une lettre et l’envoie à Sa Majesté le Roi de Jordanie, aux bons soins de son ambassadeur en France, Belqigue, Canada et autres lieux (pour les francophones).
    Même si ces lettres n’atteignent pas directement leur destinataire final, elles seront lues au passage par des centaines de fonctionnaires jordaniens à qui cela donnera à réfléchir…
    • Ambassade de Jordanie en France – 80, boulevard Maurice Barrès, 92200 Neuilly-sur-Seine, France
    • Ambassade du Royaume Hachémite de Jordanie – Avenue Franklin Roosevelt 104, 1050 Bruxelles, Belgique
    • Ambassade de Jordanie – 100 Bronson Ave, Ottawa, ON K1R 6G8, Canada
    • Jordanische Botschaft – Thorackerstrasse 3, 3074 Muri bei Bern, Suisse
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Repr%C3%A9sentations_diplomatiques_de_la_Jordanie

  2. Quelqu’un peut me dire à quoi correspondent toutes ces médailles qu’ils portent celles des victoires ou celles des défaites

  3. FELICITATIONS ET BRAVO POUR VOTRE ANALYSE ET J’AIMERAIS,JE NE SAIS PAS SI CELA EST POSSIBLE,QU’ON LA TRANSMETTE AU ROI DE JORDANIE QUI NE DEVRAIT PAS OUBLIER QUE S’IL EST ENCORE EN VIE A LA TETE DE SA MONARCHIE IL LE DOIT EN GRANDE PARTIE A ISRAEL ET TSAHAL SON ARMEE,SINON CELA FAIT LONGTEMPS QUE NOUS AURIONS UN ETAT ISLAMISTE.IL DE VRAIT ETRE RECONNAISSANT MAIS EN FAIT JE PENSE QU’IL EN EST CONSCIENT.

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