Le variant Delta à l’assaut du monde arabe.

La nouvelle vague de coronavirus, portée dans le monde arabe par le variant Delta, est d’autant plus inquiétante que le degré de vaccination y reste très inégal.

A Tunisian medic attends to patients at a gym that was converted to deal with a surge in new COVID-19 infections in the east-central city of Kairouan on July 4, 2021. – Tunisian hospitals are battling to keep operating as the number of people dying of COVID-19 spikes and bodies are left in rooms because morgues are at full capacity. (Photo by FETHI BELAID / AFP)

Le 17 juillet s’est ouverte la période du hajj qui, avant la pandémie de coronavirus, attirait chaque année à La Mecque 2,5 millions de pèlerins, très largement étrangers. Seuls 60 000 Saoudiens vaccinés seront autorisés cette année à accomplir le hajj, à comparer aux quelques milliers de pèlerins symboliquement admis en 2020. Cette progression toute relative illustre combien le monde arabe est loin du retour à la normale, alors que la nouvelle vague de la pandémie, portée par le variant Delta, n’épargne pratiquement aucun pays. Un telle relance de la crise sanitaire aggrave partout les facteurs de tension, qu’il s’agisse d’économies vulnérables, encore plus fragilisées, ou de répression de la contestation, encore plus accentuée.

LE CAUCHEMAR TUNISIEN

Selon lOrganisation mondiale de la santé (OMS), la Tunisie détient, avec « plus de cent morts par jour » pour 12 millions d’habitants, le triste record du plus fort taux de mortalité due au Covid-19 dans le monde arabe, ainsi que sur le continent africain. Le variant Delta est responsable de près de la moitié des contaminations, au point que le ministère de la santé qualifie la situation de « catastrophique ». Avec seulement 5 % de la population vaccinée (à deux doses) et une saturation des lits de réanimation, la Tunisie craint de voir son système de santé purement et simplement « s’effondrer ».  La mobilisation de la diaspora tunisienne n’en est que plus que intense, notamment pour l’envoi de concentrateurs d’oxygène. Mais la correspondante du Monde à Tunis souligne « la défiance généralisée à l’égard des institutions » qui anime ces initiatives de la société civile, sur fond de blocage politique au sommet.

La Libye a fermé ses frontières avec la Tunisie et suspendu les vols entre les deux pays. Quant à l’Algérie, elle a affiché sa solidarité avec la Tunisie en lui envoyant, le 13 juillet, 250 000 doses de vaccins et 20 tonnes de matériel médical de première nécessité. En Algérie même, le régime a largement profité de la pandémie pour étouffer la contestation populaire du Hirak dont les manifestations, suspendues de mars 2020 à février 2021, sont de nouveau interdites depuis mai dernier. Mais les autorités se gardent bien de révéler le taux réel de vaccination des 44 millions d’Algériens, qui serait inférieur à celui de la Tunisie, tout en affirmant qu’elles recevraient « trois millions de doses par mois » à compter de cet été. En revanche, le Maroc, leader du continent africain en matière de vaccination, avec 26 % de ses 37 millions d’habitants ayant reçu les deux doses, a lancé, depuis le 5 juillet, la production locale du vaccin chinois Sinopharm. L’objectif fixé de « cinq millions de doses par mois, à court terme »  permet à Rabat de ne plus dépendre des vaccins produits en Inde, qui avait refusé d’honorer ses commandes.

TENSIONS MOYEN-ORIENTALES 

Les pays qui étaient déjà fragilisés au Moyen-Orient subissent de plein fouet le choc du variant Delta. Le Liban, où l’absence de gouvernement depuis près d’un an accélère une faillite économique sans précédent, connaît depuis une dizaine de jours un doublement des contaminations quotidiennes, essentiellement dû au variant Delta. L’Irak, où moins de 1 % de la population est vaccinée, vient d’enregistrer à la fois les premiers cas de ce variant et son plus fort taux de contaminations quotidiennes. A deux reprises, à Bagdad en avril (82 morts) et à Nassiriya en juillet (92 morts), l’explosion de bouteilles d’oxygène dans des hôpitaux soignant des malades du coronavirus a provoqué des incendies meurtriers. Dans les territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, l’état d’urgence a été prolongé du fait du variant Delta. 8,5 % de la population est vaccinée, contre 58 % en Israël. L’Autorité palestinienne, qui gère 40 % de la Cisjordanie, avait accepté d’Israël, le 18 juin, le transfert d’un million de doses de vaccin, à restituer sur les commandes reçues à l’automne. Mais ce transfert a finalement été refusé après les révélations de l’opposant Nizar Banat sur la date de péremption très proche des vaccins et la « corruption » qui entourait, selon lui, un tel accord. Banat, arrêté le 24 juin, est décédé une heure plus tard, sa famille accusant l’Autorité palestinienne de l’avoir « torturé » à mort.

Le variant Delta a même accentué des tensions sous-jacentes entre pays apparemment alignés. Les Emirats arabes unis, pourtant leaders du monde arabe en termes de vaccination, avec un taux de 69 %, attribuent à ce variant un tiers de leurs nouveaux cas. Cela a suffi à convaincre l’Arabie saoudite, jusque-là alliée privilégiée des Emirats, de suspendre les liaisons aériennes avec ce pays, jetant une ombre sur l’Exposition universelle programmée à Dubaï cet automne. Quant à l’Egypte, sa ministre de la santé affirmait encore, le 3 juillet, qu’aucun cas lié au variant Delta n’avait été enregistré parmi ses 102 millions de compatriotes. Avec seulement 1,2 % de la population vaccinée, Le Caire mise à terme sur la production locale de vaccins de conception chinoise. De manière générale, dans tout le monde arabe, les spécialistes de la santé craignent que la célébration du Grand Aïd, ou « Fête du sacrifice », à l’issue du hajj et à partir du 20 juillet, n’encourage la propagation du variant Delta et, donc, la relance de la pandémie.

Le Monde

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