Le jour où les barrières sont tombées à Jérusalem : souvenirs

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La fumée s’échappe au-dessus de la vieille ville, bombardée par l’artillerie jordanienne.

Le jour où les barrières sont tombées à Jérusalem : souvenirs personnels

Par Michèle Mazel

C’était il y a 52 ans. Les habitants de Jérusalem sortaient d’une semaine épouvantable. Nasser avait ordonné aux forces de l’ONU de quitter le Sinaï où elles se trouvaient depuis l’intervention à Suez ; il avait également fermé le détroit de Tiran à la navigation israélienne, coupant l’état hébreu de son débouché vers l’Afrique et l’Asie.  

Le 5 juin 1967, à l’aube de la guerre des Six jours, le gouvernement israélien avait prodigué ses assurances à la Jordanie : ce nouveau conflit ne concernait que l’Egypte. En gage de bonne foi, aucune préparation belliqueuse n’avait été faite à Jérusalem. Ce qui n’empêcha pas le roi de Jordanie, que Nasser pressait d’attaquer Israël « pour rencontrer à mi-chemin la victorieuse armée égyptienne » de déclencher un barrage d’artillerie d’une intensité inouïe sur la ville sans défense.

Comme la plupart des habitants de Jérusalem, j’étais partie travailler ce matin comme à l’accoutumée. Après plusieurs heures d’incertitude, craignant pour ma fille âgée de deux ans qui devait être terrifiée par les détonations, j’ai décidé de rentrer – à pied évidemment.

Il faisait chaud, il y avait une odeur de poudre, le canon tonnait et je me donnais du courage en m’imaginant dans un western américain. Je suis arrivée à la maison alors que les voisins descendaient dans notre abri anti-aérien. Un nom bien pompeux pour ce qui n’était qu’une cave qu’il avait fallu débarrasser à la hâte de tout le bric à braque entreposé là. Il n’y avait ni toilettes ni même poste d’eau et il fallait laisser entrebâillée la porte blindée pour avoir un peu d’air. Sept familles – uniquement des femmes et des enfants, les maris étant mobilisés – s’organisèrent tant bien que mal pour passer la nuit. De dormir, pas question. Chaque coup de canon réverbérait de colline en colline. En attendant l’arrivée des renforts, c’est le bataillon de Jérusalem – Hativa Hayeroushalmit   qui bloquait l’offensive jordanienne. La radio officielle ne donnait aucune nouvelle. La radio égyptienne, elle, diffusait des bulletins de victoire qui se révélèrent par la suite imaginaires. Paradoxalement, ses émissions de propagande en hébreu nous faisaient rire et remontaient un peu le moral ; ainsi le speaker annonçait que pendant que les citoyens israéliens se terraient dans des abris, le premier ministre Lévi Eshkol était confortablement installé dans un luxueux hôtel « avec sa jeune épouse. » Au fil des heures la tension devenait pourtant insoutenable dans notre abri de fortune. On avait beau plaisanter, l’angoisse nous gagnait. Et puis tout à coup, vers deux ou trois heures du matin, Kol Israel donne son premier bulletin : l’armée de l’air égyptienne a été anéantie. « L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme » pour reprendre Victor Hugo. Les unités de blindés qui avaient foncé sur Jérusalem et la division parachutiste appelée à la rescousse eurent tôt fait de mettre les Jordaniens en déroute. Le 7 juin, quarante-huit heures après le début des hostilités, un cri faisait le tour du monde : « Har Habait Beyadenou » Le mont du Temple est entre nos mains.

Pour les habitants de Jérusalem, la guerre était finie. Il faudra attendre le 11 juin pour qu’un cessez-le-feu général intervienne. Le gouvernement israélien prit alors une décision inouïe : faire tomber définitivement les barrières entre les deux parties de Jérusalem. Il se passa alors quelque chose d’incroyable. Des dizaines de milliers d’Israéliens se rendirent dans la partie orientale, qui leur était jusqu’alors interdite, tandis que des dizaines de milliers d’Arabes faisaient le chemin en sens inverse pour voir la partie occidentale de la ville. Les uns et les autres se croisaient, se côtoyaient, se parlaient parfois. Une foule immense composée d’hommes, de femmes et d’enfants unis dans un même sentiment d’incrédulité.  Aucun incident ne vint entacher cette journée où tous les espoirs semblaient permis…

King Hussein of Jordan at London Airport, May 4th 1964. (Photo by George Stroud/Express/Getty Images)

Des espoirs vite déçus. Tout de même il n’est pas inutile de se rappeler que si le roi de Jordanie avait cru Rabin plutôt que Nasser, la Jordanie serait toujours maîtresse de la Cisjordanie et de Jérusalem Est. Il n’y aurait eu ni “colonies” ni “colons”….

Par ©Michèle Mazel

 

Notre amie Michèle racontera cette part occultée de l’histoire et d’autres souvenirs personnels à 18h heure française, 19h heure israélienne sur I24news

3 COMMENTS

  1. En 1948, les Arabes ont dynamité les 35 synagogues de la Vieille Ville. La première initiative qu’aurait du prendre Dayan le 7 juin 1967: dynamiter les mosquées. On est sensible à ce genre de pédagogie dans la région.

  2. Ouais, les barrières sont tombées, mais ce sont toujours les …., grâce à Moshé Dayan, qui sont maîtres du Mont du Temple que i24 appelle « esplanade des mosquées » N’est-ce pas merveilleux ? Les Juifs n’ont pas le droit d’accéder sur leur seul est unique lieu saint, alors que pour les ?????? dont le tout Jérusalem qui leur servait de poubelle, il s’agirait d’un lieu saint depuis 1967, comme par hasard.

  3. je n’oublirais jamais ce jour la a la radio a Montreal nous avons eu un buletin special l’aviation egyptienne a ete detruite et l’armee israe lienne etait en chemin vers le canal de suez je n’arrivais pas a retenir mes larmes de joie et aujourd’hui encore j’ai des larmes au yeux

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