Margherita Sarfatti, l’amante juive de Mussolini qui a propulsé le « Duce » à la tête de l’Italie

De mémoire collective, le fascisme a longtemps été considéré comme une affaire d’hommes. Grande absente des ouvrages historiques, la journaliste Margherita Sarfatti a pourtant considérablement influencé la politique de Mussolini et joué un rôle crucial dans l’avènement de la doctrine fasciste en Italie. Membre fondatrice du Parti National Fasciste (PNF), directrice de propagande, elle a saisi le potentiel de son amant, le « Duce », et l’a amené à prendre le pouvoir lors de la Marche sur Rome. Avant que les lois antisémites la contraignent à l’exil. Parce qu’avant d’être italienne et fasciste, Margherita Sarfatti était surtout … juive. Dans le cadre de sa série « Il était une fois », Lalibre.be revient sur le parcours de cette femme de l’ombre.

C’est à Venise, en avril 1880, que la future tête pensante du fascisme italien voit le jour. Margherita Sarfatti, née « Grassini », grandit au sein d’une famille juive bourgeoise et bénéficie d’une éducation scolaire et culturelle de qualité. Dotée d’une grande intelligence, elle est très tôt attirée par les idéaux socialistes. A peine âgée de 18 ans, la jeune femme épouse Cesare Sarfatti, un avocat juif de quatorze ans son aîné, avec qui elle partage les mêmes convictions. En 1902, le couple s’installe à Milan et se lie d’amitié avec les dirigeants du Parti Socialiste italien.

Bientôt mère de trois enfants, Margherita est également passionnée par le monde culturel et décide de devenir critique d’art. Jouissant rapidement d’une véritable renommée dans le domaine, la jeune Vénitienne ouvre son propre salon, où les hautes sphères milanaises se côtoient. Artistes, écrivains, journalistes et personnalités politiques les plus en vogue de l’époque fréquentent régulièrement ce salon et en font un véritable haut-lieu de l’intelligentsia milanaise.

Une rencontre décisive à l’Avanti !

A partir de 1909, Margherita Sarfatti collabore avec l’Avanti !, journal officiel du Parti Socialiste, pour lequel elle rédige des critiques d’art. En 1912, la direction du quotidien est vacante. Un jeune leader socialiste provincial, dont les qualités journalistiques et oratoires font déjà beaucoup parler à l’époque, frappe à la porte du journal et en est unanimement nommé directeur. Ce n’est autre que le futur « Duce », Benito Mussolini.

Le futur Duce, Benito Mussolini. ©[1], Public domain, via Wikimedia Commons

La rencontre entre Sarfatti et Mussolini prend ainsi place dans les bureaux de l’Avanti !, un jour de décembre 1912. Venue s’entretenir avec la direction pour exiger davantage de crédit pour la rubrique culturelle, la jeune femme de lettres en ressort pour le moins troublée. « Elle est simplement, elle aussi, impressionnée par ses grands yeux jaunes et lumineux qui tournent rapidement dans leurs orbites (…)« , commente l’autrice Diane Ducret dans son ouvrage Femmes de Dictateurs.

Les deux journalistes, animés par la même passion militante, développent alors une relation amoureuse, bien que tous deux mariés. « Ils commencent une relation intellectuelle privilégiée. Lors de leurs interminables tête-à-tête, elle s’échine à corriger son style, à le rendre moins brutal, à affiner sa rhétorique et sa culture« , détaille Diane Ducret. Ensemble, ils partagent leur vision du socialisme, qui fait déjà la part belle au populisme et au nationalisme. De ces longues heures de discussions fructueuses naît ainsi une première version de la doctrine fasciste. Les idées du couple non-officiel Sarfatti-Mussolini gagnent du terrain, et Margherita décèle rapidement en Benito l’âme d’un grand leader : « Pour Margherita, il est cet homme d’action intégral, celui qui saura faire triompher ces idées socialistes d’avant-garde. Elle croit en son avenir politique autant qu’il a besoin d’elle pour le réaliser. » 

Rupture avec socialisme

Au début de la 1ère guerre mondiale, l’Italie s’interroge sur la nécessité de prendre part aux combats. Le Parti Socialiste italien préconise une approche neutre, mais Mussolini est finalement gagné par une volonté interventionniste. Suite à cette divergence idéologique et à ses positions bellicistes, Mussolini est consécutivement exclu de la direction de l’Avanti ! et du Parti Socialiste en novembre 1914. Loin de se laisser abattre, Mussolini fonde un autre quotidien, Il Popolo d’Italia, grâce aux contacts et à l’aide financière de Margherita Sarfatti. L’écrivaine se fera d’ailleurs principale collaboratrice du journal, qui sera un vecteur crucial des idées révolutionnaires et fascistes du couple.

Margherita Sarfatti. ©Mario Nunes Vais, Public domain, via Wikimedia Commons

L’Italie entre officiellement en guerre en mai 1915. Benito Mussolini est réquisitionné sur le front en août de la même année, où il se battra durant trois ans, période durant laquelle le couple sera forcé de mettre sa relation sur pause. A la fin de la guerre, leur idylle reprend de plus belle et, au-delà des moments agréables que leur procure leur romance, les deux militants sont bien déterminés à faire triompher l’idéologie fasciste. En 1919, Mussolini et ses soutiens se distancient clairement du Parti Socialiste italien, qu’ils critiquent pour leur manque d’ambition révolutionnaire, et vont jusqu’à incendier le siège de l’Avanti !, haut-lieu symbolique du socialisme italien. Toutefois, les élections législatives de novembre 1919 marquent un réel revers pour le futur « Duce » : la liste fasciste obtient un piètre résultat, alors que les socialistes et le Parti Populaire, eux, jubilent.

Suite à cette déconvenue, Mussolini connaît un réel passage à vide. Si son amant est pris de doutes, Margherita Sarfatti, elle, continue de croire dur comme fer en leur projet commun. « Elle va s’atteler à redonner le moral à Benito en le traînant aux quatre coins de l’Italie et en mettant au point les grandes lignes de la révolution que le mouvement fasciste appelle » , raconte Diane Ducret.

Sarfatti, initiatrice de la Marche sur Rome

Début 1920, son moral d’acier retrouvé, Mussolini se remet au travail avec un seul objectif en ligne de mire : faire triompher le fascisme et prendre le pouvoir. A ses côtés, Margherita s’adonne corps et âme à propager leurs idées. Ensemble, ils fondent Gerarchia, la revue théorique du fascisme, dont Margherita devient la directrice. Elle en trace les principes et les objectifs. En novembre 1921, le Parti National Fasciste (PNF) est officiellement créé par Mussolini, Sarfatti et d’autres camarades. Si elle n’y occupe aucune fonction officielle, l’amante de Mussolini constitue un soutien majeur pour légitimer le parti, à la fois par son apport financier, mais également grâce à ses multiples relations, notamment dans le monde artistique.

En octobre 1922, alors que le fascisme gagne considérablement du terrain, la jeune journaliste sent qu’il y a une opportunité à saisir et pousse Mussolini à organiser la Marche sur Rome. Malgré l’avancée de ses troupes jusqu’aux portes de la capitale, le 26 octobre 1922, le « Duce » est une nouvelle fois pris de doute et pense à fuir, ce qui met Margherita hors d’elle. Elle lui livre alors un discours fougueux, qui achève de le convaincre : « Regonflé par le regard de cette femme qui voit en lui le chef de l’Italie, il rédige un éditorial en couverture de son journal réclamant les pleins pouvoirs. »

Benito Mussolini (deuxième en partant de la gauche) et ses camarades fascistes lors de la Marche sur Rome. ©Unknown author, Public domain, via Wikimedia Commons

Quelques jours plus tard, le Roi Victor Emmanuel III confie officiellement à Mussolini la charge de former un nouveau gouvernement.

Des années fastes à Rome

Souffrant de la distance qui la sépare de son amant, Margherita Sarfatti quitte Milan pour s’installer dans la capitale italienne. Suite au décès de son mari Cesare en 1924, et l’épouse de Mussolini préférant rester à distance des affaires présidentielles, plus rien ne s’oppose à leur romance. Margherita apparaît de plus en plus comme la concubine officielle du « Duce ».

L’avocat Cesare Sarfatti, époux officiel de Margherita Sarfatti, peu avant sa mort. ©Fondazione Cariplo, Public domain, via Wikimedia Commons

Mais les premières années de Mussolini à la tête de l’Italie ne sont pas de tout repos. Le « Duce » fait face à une véritable résistance, tant de la part de ses ennemis politiques que d’un peuple encore peu acquis à sa cause. Le nouveau maître de Rome peine à s’imposer. « Comment la population percevra-t-elle cette mise au pas mussolinien du pays ? Le nouvel édifice politique a besoin d’une propagande à la hauteur de l’ambition du nouveau Duce. C’est Margherita qui joue ce rôle de directrice de communication pour Benito. Elle doit faire aimer cet homme à un peuple qui ne l’apprécie guère. Il faut créer un mythe, celui du surmâle« , détaille Diane Ducret.

Margherita Sarfatti ne manque pas d’idées à cet effet. Elle décide de rédiger une biographie du « Duce », intitulée Dux, qui sera publiée en 1925. Elle s’attache à détailler l’histoire de Mussolini dans les moindres détails, encense ses nombreuses qualités, fait la part belle à ses actions honorables. Elle y compile des photographies de son amant lors de ses activités politiques mais l’immortalise également dans un cadre privé, afin de le faire apparaître sous son meilleur jour. Sa stratégie de communication est un véritable succès. Dux est vendu à des millions d’exemplaires en Italie et à l’étranger, et est traduit en 17 langues. Le peuple italien est séduit par l’image renvoyée par le « Duce », qui peut alors commencer à pleinement asseoir sa dictature.

L’apogée… avant l’exil

C’est à la fin des années 1920 que l’influence de Margherita Sarfatti sur la vie politique italienne atteint son apogée. La femme de lettres devient la véritable conseillère en communication du néo-dictateur. C’est par elle que les journalistes étrangers doivent passer pour s’adresser au « Duce », c’est elle qui organise les entrevues et gère son emploi du temps. Mais très vite, le pouvoir monte à la tête de Mussolini et leur relation s’essouffle. Au début des années 1930, il écarte son amante de toujours de sa vie privée. « Il avait tellement changé, il était tombé si bas, j’étais horrifiée », se désolera la femme de lettres.

Cette mise à l’écart coïncide avec la rencontre entre Mussolini et Hitler, que Margherita désapprouve.

Hitler et Mussolini en 1934, lors d’une visite du Führer à Venise. ©Istituto Nazionale Luce, Public domain, via Wikimedia Commons

Jusqu’alors tout à fait étranger à l’antisémitisme, le « Duce » se laisse peu à peu séduire par les idées anti-juives du Führer. Cette volte-face idéologique signe la fin définitive de la collaboration professionnelle entre Mussolini et Sarfatti. En 1938, le dictateur licencie Margherita du journal Popolo d’Italia et de la direction de Gerarchia. Contrainte à l’exil par les lois antisémites nouvellement introduites, Margherita rejoint d’abord Paris, puis l’Amérique du Sud.

« Margherita est chassée par l’homme qu’elle aime et qu’elle a éduqué intellectuellement et socialement, exclue des journaux qu’ils ont fondés ensemble, du fruit de leur relation. Elle est expropriée de leur histoire, plus rien ne lui appartient » , résume parfaitement Diane Ducret.

Margherita Sarfatti rentrera en Italie en 1947, où elle tentera de regagner sa place dans le monde des arts, avant de décéder sur les rives du Lac de Côme, en 1961. Mussolini, lui, sera fusillé en 1945 aux côtés de Clara Petacci, l’une de ses nombreuses autres maîtresses.

Les cadavres de Benito Mussolini et de sa maîtresse Clara Pettaci (respectivement deuxième et troisième en partant de la gauche) exposés à Milan le 29 avril 1945, sur la Piazzale Loreto. ©Vincenzo Carrese, Public domain, via Wikimedia Commons.

La Libre.be

 

2 Commentaires

  1. Rappel :
    La mére de Magda Goebbels a été mariée à un riche commerçant juif , Richard Friedlander qui a participé à l’éducation de sa fille et lui a donné son nom .
    Magda Friedlander eut par la suite une relation amoureuse avec un jeune sioniste Victor Arlosoroff etc….
    Et enfin pour finir ……au nom de la race aryenne…. avec le nabot de Goebbels .
    Adolphe avait le nez fin .

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