La Chine construit une seconde base pouvant abriter au moins 110 silos de missiles à capacité nucléaire.

Jusqu’à présent, la doctrine chinoise en matière d’armement nucléaire reposait sur trois concepts : la dissuasion limitée, la défense effective et la contre-attaque contre les sites clés de l’ennemi. En clair, et au-delà des considérations économiques, Pékin considérait qu’il n’était nul besoin de disposer d’un arsenal à l’image de ceux que possèdent les États-Unis et la Russie pour dissuader efficacement un adversaire potentiel [d’où la notion de « stricte suffisance »], d’autant plus qu’il n’était pas question de frapper en premier.

Cela étant, depuis quelques temps, quelques indices suggèrent que Pékin a fait évoluer sa doctrine en la matière. Ainsi, dès 2016, certains journaux proches du Parti communiste chinois [PCC], comme le Global Times, ont appelé à augmenter significativement la taille de l’arsenal nucléaire de l’Armée populaire de libération [APL] en le dotant de 1’000 têtes nucléaires, afin de faire « frissonner les élites américaines si elles envisagent de s’engager dans une confrontation militaire » avec la Chine.

Et c’est très probablement ce qui est en train de se passer. Dans sa dernière étude sur les armements nucléaires dans le monde, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm [Sipri] a estimé que la Chine avait porté à 320 le nombre de ses armes nucléaires, soit une hausse de 20% au cours des deux dernières années.

Par ailleurs, outre les bombardiers H-6K, la mise au point du Xian-H20 ainsi que l’entrée en service des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de Type 094 [ou « Jin »] et celle, annoncée, des SNLE de type 096, pouvant emporter deux fois plus de missiles balistiques, la Chine serait en train d’augmenter les capacités de la composante terrestre de ses forces stratégiques.

Ainsi, en mars, et après l’analyse de l’imagerie satellitaire, la Federation of American Scientists [FAS] a évoqué l’existence d’un chantier visant à installer au moins 16 nouveaux silos de lancement de missiles sur la base militaire de Jilantai, en Mongole intérieure. Et leurs dimensions laissent à penser qu’ils accueilleront des missiles intercontinentaux de type DF-41 et DF-31AG, dont la portée approcherait les 14’000 km.

Six mois plus tard, et grâce à des photographies prises par satellite, le James Martin Center for Nonproliferation Studies du Middlebury Institute of International Studies a déterminé qu’une autre base chinoise, localisée près de Yumen, dans la province de Gansu, était en train de se doter de 119 silos de lancement de missile.

« Nous pensons que la Chine développe ses forces nucléaires en partie pour maintenir une dissuasion qui puisse survivre à une première frappe américaine, et pour vaincre la défense antimissile des États-Unis. Cependant, nous ne savons pas réellement si la Chine a l’intention de remplir tous les silos de missiles nucléaires », avait alors résumé Jeffrey Lewis, du Center for Nonproliferation Studies, auprès du Washington Post.

Mais ce n’est pas tout… En effet, un nouveau site de lancement de missiles balistiques à capacité nucléaire a été identifié par la FAS, une fois encore grâce à l’imagerie satellitaire. Située dans la province du Xinjiang, à environ 100 km de la ville de Hami, connue pour abriter un camp de « rééducation » où sont retenus des Ouïghours, cette base pourrait contenir, à terme, une centaine de silos.

« La construction a commencé au début du mois de mars 2021, dans le coin sud-est du complexe, et elle se poursuit à un rythme soutenu. Depuis lors, des abris en forme de dôme ont été érigés sur au moins 14 silos et le sol a été nettoyé en vue de la construction de 19 autres silos. Le contour en forme de grille de l’ensemble du complexe indique qu’il pourrait éventuellement comprendre environ 110 silos », écrit la FAS.

À noter que, également dans la province du Xinjiang, l’APL est en train d’installer une base abritant des lasers susceptibles d’aveugler les satellites d’observationen orbite basse. Quatre autres sites de même nature ont été identifiés par le renseignement américain à Changchun, Pékin, Wuhan et Kuming.

Quoi qu’il en soit, si on fait le compte à partir des constructions repérées, la Chine serait donc en train de se doter de 250 silos de lancement de missiles. Jusqu’alors, elle n’en disposait que 25, destinés à abriter des missiles DF-5. Et c’est sans compter sur les missiles balistiques mobiles…

« On ne sait pas comment la Chine exploitera ses nouveaux silos, si elle les chargera tous de missiles ou si une partie sera utilisée comme leurre. Si les nouveaux silos sont chargés avec les nouveaux missiles mirvés DF-41, alors les forces stratégiques chinoises pourraient potentiellement disposer de 875 ogives lorsque les chantiers de Yumen et de Hami seront terminés », estime la FAS.

Ce changement d’échelle peut avoir plusieurs raisons. La première est que la Chine entend se doter d’un arsenal conséquent pour assoir son statut de superpuissance économique, technologique et militaire. La seconde est qu’elle souhaite contourner la défense antimissile américaine. Enfin, il s’agirait également de répondre à la montée en puissance de l’Inde dans le domaine de l’armement nucléaire [d’autant plus New Delhi pourrait revoir sa doctrine de « non-emploi en premier »]. Quant à la construction de deux bases de lancement, cela viserait surtout à ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier en cas d’attaque.

En tout cas, la France a récemment estimé, par la voix de Florence Parly, la ministre des Armées, que si « doctrine nucléaire publique » de la Chine « reste centrée sur le non emploi en premier, le développement rapide de sa dissuasion soulève des questions ».

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