Une convergence d’intérêts vitaux oblige ses deux ennemis à s’entendre face à la menace iranienne.

De l’analyse que font les dirigeants actuels, il ressort dans un premier temps une obligation d’entente dans la mesure où la protection américaine est défaillante, et, d’autre part, que face au danger d’un ennemi puissant seule une alliance peut être de nature à contrecarrer les ambitions hégémoniques de ce dernier.

Si jusqu’à présent la résolution du conflit israélo-palestinien était un frein à toute entente directe, l’urgence face au danger face passer ce conflit de basse intensité au second voir au troisième plan.

Il ne serait pas étonnant que l’Arabie Saoudite comme les monarchies du golf finissent par adopter la même position que l’Égypte ou la Jordanie, qui ont privilégié la paix avec Israël comme étant de nature à mieux se consacrer à leurs problèmes intérieurs et de sécurité nationale.

Ceux qui feraient les frais de cette entente, seraient les Palestiniens rejetés de partout, principalement du Liban, de la Syrie, et de la Jordanie où leurs refuges sont des camps de survie subventionnés par l’UNWRA.

 Seul ce conflit israélo-palestinien reste à l’agenda de l’Europe, qui est comme tout le monde le sait un nain politique et militaire.

Unis face à la menace d’un Iran nucléaire, les deux pays que tout oppose se sont rencontrés à cinq reprises depuis 2014 pour contrecarrer Téhéran.
Une peur aiguë peut parfois provoquer des réactions inattendues. Ainsi, la crainte d’un Iran nucléaire peut-elle pousser deux pays que tout oppose – Israël et l’Arabie saoudite – à entamer un improbable rapprochement. D’un côté, l’État hébreu, une démocratie non reconnue par la majorité des pays arabes en raison du conflit qui l’oppose aux Palestiniens. De l’autre, une pétromonarchie absolue fondée sur l’islam wahhabite, une idéologie ultra-rigoriste qui a inspiré des groupes djihadistes tels que l’organisation État islamique (EI)

Mais ces deux États aux antipodes l’un de l’autre demeurent sous la protection d’un même allié inconditionnel : les États-Unis, qui les soutiennent pour des raisons idéologiques et stratégiques (Israël), ou économiques (alliance pétrole contre sécurité avec l’Arabie saoudite). Mais ce jeu d’alliances est aujourd’hui remis en cause par le rapprochement lancé entre Washington et Téhéran depuis 2013 à la faveur des négociations sur le nucléaire iranien. Ce qui inquiète au plus haut point Tel-Aviv et Riyad.

 

Cinq rencontres secrètes

Vent debout contre la perspective d’un accord final sur le nucléaire iranien le 30 juin prochain à Vienne qui signerait le retour de l’Iran sur le devant de la scène internationale, Israël et l’Arabie saoudite, qui ne participent pas aux négociations, ont entamé depuis 2014 des discussions secrètes. À cinq reprises, des représentants des deux pays se sont rencontrés en Inde, en Italie et en République tchèque pour évoquer les moyens de contrer l’influence de l’Iran dans la région.

 
L'ancien général saoudien Anwar Majed Eshki (à gauche) serrant la main de l'ex-ambassadeur et nouveau directeur du ministère israélien des Affaires étrangères Dore Gold, le 4 juin 2015 au Council on Foreign Relations, à Washington.
 

Le secret a été levé le jeudi 4 juin dernier à Washington par l’ancien général saoudien Anwar Majed Eshki et l’ex-ambassadeur israélien à l’ONU Dore Gold, désormais nouveau directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères. « Il est vrai qu’aucun des deux n’est un responsable officiel », admet Elliot Abrams, chercheur au Council on Foreign Relations – un think tank américain -, qui a présidé la séance. « Mais tous deux ont eu une longue carrière publique. Ils n’auraient pas participé à ces discussions et ne les auraient pas officialisées sans l’accord de leur gouvernement. »

Annonce historique

L’annonce est en effet historique, les deux pays n’ayant jamais entretenu de relations diplomatiques. En 2002 pourtant, Riyad avait tendu la main à Israël, lui proposant la normalisation de ses relations avec l’ensemble des pays arabes en échange de la reconnaissance d’un État palestinien et du démantèlement de toutes les colonies israéliennes en Territoires palestiniens (illégales selon le droit international). Or, l’initiative saoudienne, à laquelle avait d’ailleurs participé l’ex-général Anwar Majed Eshki, était restée lettre morte.

Cette fois, l’influence grandissante de l’Iran dans la région est un sujet autrement plus brûlant aux yeux des deux pays. Par l’entremise du Hezbollah au Liban, de Bachar el-Assad en Syrie, du gouvernement et des milices chiites en Irak, ou des rebelles houthis au Yémen, la République islamique avance ses pions, au détriment d’Israël mais surtout de l’Arabie saoudite, la grande puissance sunnite et rivale de l’Iran chiite dans la région. Dans ce contexte déjà favorable, un Iran débarrassé des sanctions internationales qui plombent son économie en raison de ses activités nucléaires décuplerait ses capacités d’influence régionale, au grand dam de ses rivaux directs israéliens et saoudiens.

 

Plan en sept points

Pour neutraliser l’« hégémonie » iranienne et pacifier – selon lui – la région, le Saoudien Anwar Majed Eshki a proposé à Washington un plan en sept points. Il viserait tout d’abord à signer une paix durable entre Arabes et Israéliens, sans laquelle aucune collaboration ne serait envisageable. Il s’agirait ensuite de renverser le régime islamique de Téhéran. Puis de renforcer l’unité arabe, grâce à la mise sur pied d’une force militaire arabe commune. Dernier point de ce plan pour le moins ambitieux – et c’est un euphémisme -, un appel à la création d’un Kurdistan indépendant à cheval sur la Turquie, l’Irak et l’Iran.

Plus réaliste, l’Israélien Dore Gold, s’il s’est ému du danger posé par les ambitions régionales de l’Iran, s’est en revanche bien gardé d’évoquer pour sa part un renversement du régime iranien. « Nous sommes tous alliés des États-Unis », s’est contenté de déclarer le nouveau directeur du ministère israélien des Affaires étrangères à l’issue de sa présentation, selon le New York Times. « J’espère que c’est le début de plus de discussions sur nos problèmes stratégiques communs. »

« Nous n’avons pas résolu tous nos différends » (délégation israélienne)

Invité à préciser les intentions israéliennes, l’ancien général Shimon Shapira, l’un des membres de la délégation de l’État hébreu, a indiqué au journaliste Eli Lake avoir découvert que les deux pays avaient « les mêmes problèmes, les mêmes défis et certaines des mêmes réponses » face à l’activisme de l’Iran dans la région. Les deux pays auraient ainsi discuté des moyens politiques et économiques pour le contrecarrer. Sans surprise, les questions qui fâchent ont été en revanche soigneusement évitées, le Saoudien Anwar Majed Eshki se bornant à affirmer au sujet de l’intransigeance israélienne sur la colonisation que l’État hébreu « était devenu isolé, car il n’avait pas répondu aux initiatives de paix ».

Du côté israélien, de même, rien n’a été dit sur le rôle pour le moins ambigu du royaume saoud dans le financement des mouvements djihadistes au cours des dernières décennies. « Notre présence aujourd’hui sur cette estrade ne signifie pas que nous avons résolu tous les différends qui ont opposé nos pays au cours des années », a simplement indiqué l’ex-ambassadeur israélien Dore Gold. « Mais notre espoir est que nous serons capables d’y faire face au cours des années à venir. »

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