Iraniens aux portes (ou aux abois?)

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IRANIENS AUX PORTES

La récente activité anti-israélienne de Téhéran pourrait, un peu contre-intuitivement, être un signe de détresse devant les nouvelles sanctions américaines et du fait que l’alliance régionale contre elle se renforce.

Iraniens aux portes

Un manifestant palestinien masqué fait un geste alors que d’autres portent des pneus lors d’une manifestation à la barrière de séparation entre Israël et Gaza dans le sud de la bande de Gaza, le 19 octobre 2018. (crédit photo: IBRAHEEM ABU MUSTAFA / REUTERS)

La poudrière de Gaza a de nouveau été mise à feu, le week-end dernier, alors que des milliers de Palestiniens convergeaient vers la barrière de sécurité pour la manifestation du vendredi de la “Marche du retour”, qui, comme depuis six mois, répandu le chaos parmi les masses et a entraîné la mort d’au moins quatre émeutiers. Puis, à compter de la soirée, des salves de roquettes par séquences ont forcé les habitants du sud d’Israël à demeurer dans des abris anti-bombes pendant que l’armée réagissait en attaquant de nombreux sites appartenant au Hamas et, plus important encore, au Jihad islamique (IJ).

En fait, si le gouvernement israélien tient le Hamas pour responsable de toutes les violences émanant du territoire qu’il contrôle, les forces de défense israéliennes ont néanmoins explicitement reproché à ce dernier, la filiale iranienne du Jihad Islamique, de lancer les missiles, alléguant que “des ordres et des incitations avaient été donnés de Damas”, allusion à une implication claire de la force des gardiens de la révolution al-Quds. Samedi tard dans la matinée, le Jihad Islamique a déclaré unilatéralement un cessez-le-feu, un message ensuite transmis à Jérusalem par des intermédiaires égyptiens qui tentaient déjà de forger une trêve à long terme entre Israël et les dirigeants de Gaza afin d’éviter un quatrième conflit majeur au cours de cette dernière décennie.

En conséquence, de nombreux analystes ont attribué l’agressivité du Jihad Islamique à une volonté de Téhéran – un maître qui fomente puis exploite l’instabilité à son avantage géopolitique – pour torpiller ces efforts. Cette initiative fait, notamment, suite au transfert par la Russie du système de défense avancé S-300 au régime d’Assad, qui a partiellement limité la liberté d’action d’Israël à prendre pour cible les infrastructures militaires iraniennes en Syrie. Tout cela s’ajoute à la toile de fond de rapports selon lesquels la République islamique d’Iran aurait fourni au Hezbollah des composants GPS sophistiqués qui lui permettront de transformer des projectiles imprécis en missiles à guidage de précision, augmentant ainsi leur menace pour l’État juif.

Lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre, le Premier ministre, Binyamin Netanyahu, a tiré la sonnette d’alarme sur le Hezbollah. Il a révélé des images satellitaires provenant de trois sites situés à Beyrouth, où l’Iran aurait construit des installations de fabrication souterraines pouvant produire des missiles capables de frapper à quelques (10) mètres n’importe où en Israël. La semaine dernière, les Forces de Tsahal ont accusé le groupe terroriste chiite de diriger une fausse ONG de défense de l’environnement dans le but de maintenir illégalement une présence d’observateurs (espions) dans la zone tampon séparant le Liban et Israël. Enfin, les médias israéliens ont affirmé que le Hezbollah travaille à la construction de bases d’opérations avancées sur les hauteurs du Golan syrien, à quelques kilomètres seulement de la frontière avec Israël, une évolution qui, si cela est vrai, jette un doute sérieux sur la prétendue garantie de Moscou d’empêcher la militarisation de la frontière.

Mises bout à bout, ces circonstances donnent à penser que l’Iran s’est suffisamment enhardi pour intensifier sa guerre par procuration contre Israël. Cela étant dit, alors que se manifestent à Jérusalem de vives inquiétudes, certains observateurs voient dans l’agitation flagrante de Téhéran la preuve du désespoir des mollahs face à des troubles civils accrus à l’intérieur, avant la ré-imposition de sanctions américaines sur le secteur pétrolier, qui est crucial pour leur pays ; et alors que l’alliance dirigée par les États-Unis pour contrer le régime prend forme (Voyage de Netanyahu à Oman et de Miri Regev à Abu Dhabi).

“En ce qui concerne les événements récents, les Iraniens vont essayer, par tous les moyens dont ils disposent, d’assurer leur continuité. Ils sont confrontés à des mini-soulèvements quotidiens et ils sont très, très préoccupés”, a déclaré le Dr Alireza Nourizadeh, directeur du Centre d’études iraniennes et arabes basé à Londres, à The Media Line.

“Les mesures à venir en novembre sont un cauchemar pour les Iraniens, car ils ne savent pas avec certitude ce que le président Trump mettra sur la table et jusqu’où il ira. Y aura-t-il une interdiction totale des exportations de pétrole iranien, y compris en Inde, au Japon et dans d’autres pays? Tout est flou et il existe des différences marquées entre les équipes du président Hassan Rouhani et du guide suprême, l’ayatollah Khamenei.

“Parmi les évolutions à surveiller”, a expliqué le Dr Nourizadeh, “les Iraniens bloquent la formation du cabinet du [Premier ministre libanais] Saad Hariri, mais s’il parvient à en former un la semaine prochaine, cela pourrait être un signe de compromis [avec Riyad]. Le Sultan Qaboos d’Oman [qui a déjà servi de relais au régime iranien] a accueilli le Premier ministre Netanyahu, ce qui pourrait également être le point de départ d’un petit rapprochement. Sinon, je crains que des jours très sombres sont à venir.” En ce qui concerne plus particulièrement Jérusalem, le gouvernement semble déterminé à exploiter ses liens diplomatiques naissants avec le monde sunnite-arabe afin de contrecarrer les ambitions hégémoniques de l’Iran.

Cela aurait pour effet, par extension, au moins pour le moment de réduire la probabilité d’une conflagration le long de l’une des trois frontières israéliennes où la République islamique a positionné aux portes des combattants alliés.

En effet, le Premier ministre Netanyahu a effectué vendredi une visite publique à Oman – la première d’un chef israélien à la nation sunnite du Golfe depuis plus de deux décennies -, après quoi Mascate a appelé à l’intégration régionale de l’État juif, indépendamment des progrès accomplis dans le cadre de l’accord de paix avec les Palestiniens. Parallèlement, Miri Regev est devenue la première ministre israélienne à effectuer une visite officielle aux Émirats arabes unis, où une délégation israélienne est autorisée (contrairement à l’année dernière) à concourir sous son propre drapeau lors d’une manifestation internationale de judo. Ceci, alors que le président des États-Unis, Donald Trump, semble être engagé, à la suite du meurtre macabre du journaliste Jamal Khashoggi, au maintien de solides relations bilatérales avec l’Arabie saoudite. L’objectif central de la politique étrangère de la Maison Blanche consiste à faire reculer l’Iran ‘

“Le problème le plus important pour Israël n’est [pas le djihad islamique à Gaza] mais l’intervention militaire de l’Iran en Syrie”, a déclaré le colonel Ephraim Kam, chargé de recherche à l’Institut d’études sur la sécurité nationale basé à Tel Aviv. souligné à la ligne de médias. “Auparavant, l’armée israélienne avait l’avantage car ses capacités étaient supérieures à celles de l’Iran, mais cela pourrait changer avec le système S-300 [aux mains de la Syrie]. La grande question est de savoir quel impact cela aura sur les capacités de manœuvre de Tsahal et tout le monde attend de voir. ” On s’inquiète que l’armée israélienne n’ait pas réagi avec force aux attaques du Jihad Islamique de ce week-end en prenant directement pour cible des moyens militaires iraniens en Syrie, et ceci se conjugue au manque d’activité signalé par Tsahal dans ce pays depuis la destruction d’un avion de reconnaissance russe par les forces syriennes, hormis la frappe annoncée d’un convoi la semaine précédente.

“En ce qui concerne Oman,” a poursuivi le Dr Kam, “l’Iran a certainement fait l’objet de discussions, mais [Mascate] ne peut probablement pas beaucoup aider Israël. D’autre part, l’approche de l’administration Trump est un gros problème pour les Iraniens. Elle s’est retirée de l’accord nucléaire, a imposé de nouvelles sanctions financières et a soutenu Israël [sans équivoque] dans ses affrontements avec la République islamique. Le régime ne comprend pas le dirigeant américain et manque de réponse pour faire face à son imprévisibilité. Il y a donc une chance pour que l’Iran se dissuade de continuer à aller de l’avant dans la recherche de l’affrontement. ” Pour paraphraser Orwell, les grandes manœuvres de Téhéran contre Israël – notamment en Syrie, au Liban et, plus récemment, dans la bande de Gaza – pourraient en réalité être la manifestation à court terme d’une peur grandissante de son affaiblissement potentiel.

PAR CHARLES BYBELEZER / LA LIGNE MEDIA
 2 NOVEMBRE 2018 13:23
Adaptation : Marc Brzustowski

3 COMMENTS

  1. Il y a un temps pour croire, un autre pour douter.
    Un pour attendre, un pour agir.
    Un pour observer, un pour déduire.
    Un pour scruter, un pour viser.
    Un pour tendre, un pour décocher.
    Un pour la guerre, et un pour la paix
    Un pour détruire, un autre pour reconstruire.
    Toutes ces fenêtres d’opportunité sont ouvertes. Nombreux sont nos ennemis, mais nous ne sommes l’ennemi de personne.
    En fait, nous attendons l’Épilogue.
    Peut-être sommes-nous seuls à l’attendre, vraiment et pour de bon ?
    Nous voudrions tant que ce soit une fête pour le monde, entier.

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