Iran : sa stratégie pour contrôler la Syrie

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STRATÉGIE DE L’IRAN POUR LE CONTRÔLE DE LA SYRIE – COUP D’ŒIL

Les efforts déployés par l’Iran se situent au-dessous des structures officielles de l’État syrien – dans l’armement et le parrainage de formations paramilitaires contrôlées par l’Iran sur le sol syrien.

Le président du VICE IRANIEN, Eshaq Jahangiri, a rencontré le président syrien Bachar Assad à Damas

Le vice-président iranien Eshaq Jahangiri a rencontré le président syrien Bachar Assad à Damas cette semaine. (crédit photo: SANA / REUTERS)

Les récentes déclarations d’un certain nombre de responsables israéliens ont affirmé que les efforts déployés par Israël pour contenir et faire reculer l’emprise de l’Iran en Syrie avaient remporté un certain succès. Mais si les succès tactiques d’Israël sont certainement remarquables et impressionnants, le fait est que l’influence et la puissance de l’Iran en Syrie continuent de s’approfondir et de s’étendre.

Les efforts de l’Iran se situent à trois niveaux : au-dessous des structures officielles de l’État syrien – pour armer et parrainer des formations paramilitaires sous contrôle iranien sur le sol syrien, au sein de l’État syrien – sous le contrôle d’institutions qui sont officiellement des organes du régime, et au-dessus de l’Etat, dans la recherche de liens formels entre les régimes iranien et syrien. Alors que Téhéran cherche à imposer son influence sur la Syrie d’Assad dans la période émergente de post-rébellion, il semble que son projet se heurte aux plans et aux ambitions rivales des Russes.

Un rapport de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, qui est généralement fiable, a décrit cette semaine en détail la nature des efforts du Corps des gardiens de la révolution iraniens pour ancrer sa présence dans une seule ville syrienne importante : al-Mayadin, à l’ouest de l’important point de passage frontalier de Albukamal, entre l’Irak et la Syrie, et juste à l’ouest de l’Euphrate.

L’Observatoire a décrit le recrutement intensif de Syriens locaux, y compris de personnes qui faisaient auparavant partie de l’opposition armée, dans les rangs des différentes structures paramilitaires iraniennes, de type «Hezbollah syrien», établies en Syrie. Le rapport note que les incitations offertes pour attirer des individus dans ces structures incluent un salaire mensuel compris entre 150 et 300 USD, offrant aux personnes diverses options quant à l’endroit où elles souhaitent servir et à l’immunité eu égard au risque d’arrestation par les forces de sécurité du régime. 

Le rapport note également que le CGR et le Hezbollah libanais se sont positionnés dans des zones clés d’Al-Mayadin et en gardent le contrôle exclusif (c’est-à-dire sans coopération ni autorisation des forces du régime d’Assad).

Parmi les exemples cités à cet égard, «des membres des gardiens de la révolution iraniens ont pris le contrôle de la mosquée Al-Nurain et des maisons qui l’entourent dans la rue Korniche, dans la ville, où ils ont empêché des civils, des membres des forces du régime et des Forces de Défense Nationale (milice pro-régime) d’entrer ou de passer par cette zone, sans ordre des forces de commandement situées à al-Mayadin, ” tandis que” des membres du Hezbollah libanais ont pris le contrôle de la zone s’étendant de la jonction d’al-Finsh à la villa Al Shuaibi située rue al-Arba’in à Mayadin, et empêchent l’entrée et la sortie sauf sur ordre de leur part. “

Le contrôle d’Al-Mayadin et de ses environs est important, car il est situé le long de l’autoroute 4, la seule route à la sortie du passage frontalier d’Albukamal, qui est actuellement contrôlée par le CGR et ses alliés. D’Al-Mayadin, la route 4 rejoint Deir al-Zor, où elle rejoint l’autoroute M20, qui se dirige vers l’ouest en direction de Damas ou, si un voyageur le préfère, vers Al-Qusayr et la frontière libanaise

C’est-à-dire que l’exemple spécifique d’al-Mayadin montre les moyens par lesquels l’Iran cherche à maintenir un contrôle exclusif sur des nœuds vitaux de circulation en Syrie, pour le passage de personnel et de matériel, en direction de ses alliés au Liban ou de ses ennemis en Israël, selon  les besoins  du moment.

Les activités de l’IRGC sur le terrain, dans des lieux tels qu’Al-Mayadin, vont de pair avec les relations plus conventionnelles de régime à régime, que Téhéran entretient avec Assad à Damas.
Cette semaine, par exemple, le vice-président iranien Eshaq Jahangiri était en Syrie, où il a signé plusieurs accords économiques et rencontré Assad. Les accords, au nombre de onze, constituent ensemble une feuille de route pour une coopération économique stratégique à long terme entre l’Iran et la Syrie. Selon un rapport de l’Agence de presse arabe syrienne, le média officiel du régime, ils couvrent divers domaines, notamment «l’éducation, le logement, les travaux publics, les chemins de fer et les investissements».

La visite de Jahangiri était la dernière indication des efforts iraniens concertés visant à assurer un rôle majeur dans le vaste projet de reconstruction dans les 60% de la Syrie actuellement contrôlée par le régime. L’ONU estime le coût de la reconstruction d’une Syrie déchirée par la guerre à environ 400 milliards de dollars. Parmi les jalons de ce processus figurent un accord de coopération militaire conclu en août 2018, un protocole d’entente de 2017 relatif à l’extraction des phosphates de la mine al-Sharqiya au sud-ouest de Palmyre (l’une des plus grandes mines de ce type en Syrie) et un protocole d’entente pour la restauration par l’Iran de plus de 2000 MW de capacité de production d’électricité.

Il existe même un plan putatif pour une liaison ferroviaire Iran-Syrie, reliant le poste-frontière de Shalamcheh à la frontière iranienne-irakienne, en passant par Basra dans le sud de l’Irak et aboutissant à Lattaquié sur la côte méditerranéenne syrienne. De tels projets sont plus dans la lignée des visions actuelles. Mais ils démontrent la profondeur et la portée des plans de l’Iran pour la zone située entre ses frontières occidentales et la Méditerranée.

Un TROISIEME élément de l’ambition iranienne réside dans les structures de l’État syrien officiel. L’Iran a beaucoup investi dans la création de structures paramilitaires de type Basij sous son contrôle au sein des forces de sécurité syriennes – telles que les Forces de défense nationales. De plus en plus de preuves montrent maintenant que les unités militaires conventionnelles de l’armée arabe syrienne sont également étroitement associées aux intérêts iraniens. Les éléments de preuve en question suggèrent que cela conduit à des lézardes, ces unités faisant face à d’autres formations plus proches des intérêts russes en Syrie.

Un reportage publié cette semaine par Ana Press et lié à l’opposition, confirmé par d’autres sources syriennes et également par Der Spiegel et l’Agence turque Anadolu, a révélé des affrontements le 19 janvier dans la région de Hama entre le 5e corps d’armée du colonel Soheil Hassan, associé aux intérêts russes et la 4e division de Maher Assad, généralement considérés comme étroitement liés au CGR

Selon le rapport, un certain nombre de combattants des deux unités ont été tués dans la région du Sahel al-Ghab à Hama, à la suite d’un différend sur le contrôle de la région. Ces incidents montrent à quel point les projets russes et iraniens risquent de se heurter, en particulier dans le domaine extrêmement important du contrôle et de l’influence au sein des structures de sécurité officielles de l’État syrien.

Pris ensemble, tous ces éléments laissent supposer un plan stratégique iranien profond et à long terme selon lequel Téhéran entend dominer l’espace syrien au cours de la période à venir. Le schéma appliqué est clairement celui qui a permis d’obtenir des résultats aussi impressionnants au Liban, puis en Iraq. Selon cette approche, l’Iran active divers outils au-dessous, à l’intérieur et au-dessus des structures de l’État syrien. L’intention est d’atteindre un niveau de pénétration et d’influence qui rendra leurs ambitions invulnérables à la fois, aux coups portés par la puissance aérienne et du renseignement israéliens qui lui sont nettement supérieurs, et au projet opposé de domination de la Syrie actuellement entrepris par la Russie. Les résultats de tout cela restent à voir.

PAR JONATHAN SPYER
 1 FÉVRIER 2019 08:03

L’auteur est directeur du Centre pour les rapports et l’analyse du Moyen-Orient et chercheur universitaire à l’Institut pour la stratégie et la sécurité de Jérusalem au Forum du Moyen-Orient.

Adaptation : Marc Brzustowski

1 COMMENT

  1. Le cinquième corps n’est jamais dirigé par suheil al Hassan. En plus suheil est général de division et il commande les forces du tigre associé au renseignement aérien. De plus les sois disant affrontements ont été dementis par des sources sur le terrain. Ce ne sont que des fake news de l’opposition. Vérifier vos sources avant de poster des fake news.

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