Ultimes pourparlers sur le nucléaire iranien : cette fois, ça passe ou ça casse !

Des négociations indirectes entre Téhéran et Washington, axées sur la levée des sanctions américaines, devraient débuter dans la capitale du Qatar, Doha. Pour la presse iranienne, la survie de l’accord est désormais en jeu. Et il a de lourdes implications sur l’économie du pays.

Samedi 26 juin, le haut représentant pour les Affaires étrangères de l’Union européenne menait une visite surprise à Téhéran. À cette occasion, Josep Borrell et le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian ont annoncé la reprise des pourparlers indirects avec les États-Unis pour restaurer l’accord historique de 2015 sur le nucléaire iranien. Celui-ci avait été dénoncé par les États-Unis en 2018, et les négociations entreprises entre-temps étaient au point mort depuis mars.
Trois jours à peine après cette annonce, des pourparlers doivent démarrer entre l’Iran et les États-Unis, en vue d’une restauration de l’accord et d’une levée des sanctions, qui ont durement affecté l’économie iranienne. Pour la presse de Téhéran, un enjeu de taille pèse donc sur la rencontre qui s’ouvre à Doha.

L’impatience des Occidentaux

Le journal Iran, publication du gouvernement iranien, indique que l’envoyé spécial américain pour les Affaires iraniennes, Robert Malley, et le négociateur iranien chargé du dossier nucléaire, Ali Bagheri, sont arrivés à Doha ce mardi 28 juin. Il cite les propos du porte-parole des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh :

“Nous nous engageons à résoudre des problèmes restants [entre Téhéran et Washington] dans les plus brefs délais.”

“Les Occidentaux sont à nouveau impatients de parvenir à un accord” avec l’Iran, ajoute le quotidien, imputant cette accélération soudaine du processus diplomatique à “la crise énergétique mondiale [qui] a causé de nombreux problèmes aux pays occidentaux” et à une volonté européenne en particulier de contourner le pétrole russe par tous les moyens.
À l’instar de plusieurs journaux nationaux, Iran fait ainsi allusion aux déclarations de la présidence française lundi, en marge du sommet du G7 à Elmau (Allemagne), et relève que “Paris souhaite le retour du pétrole iranien et vénézuélien sur le marché pour empêcher la hausse des prix” liée à la guerre en Ukraine.

Les avantages économiques, une priorité pour Téhéran

Pour le quotidien ultraconservateur Javan, proche des Gardiens de la révolution, les discussions irano-américaines à Doha “ne se déroulent pas directement, bien entendu, mais par le biais d’échanges informels”“Les Américains se sont engagés […] à garantir les bénéfices économiques que Téhéran allait tirer de l’accord”, affirme-t-il, en allusion à une éventuelle levée des sanctions.
Même son de cloche du côté du journal Jam-é Jam, publication de la télévision d’État, pour lequel “la principale préoccupation de l’Iran est de profiter pleinement des avantages économiques” de l’accord, les sanctions ayant lourdement affecté l’économie du pays et sa population. La colère sociale s’est nettement accrue au cours des derniers mois. “Si l’Occident désire avoir Téhéran à ses côtés, il doit être en mesure de répondre aux intérêts de l’Iran et à la revendication de ses droits” dans les négociations, affirme le quotidien.
Lancés en avril 2021, les pourparlers sur une restauration de l’accord nucléaire iranien ont été suspendus le 11 mars dernier, après près d’un an de négociations entre Téhéran et la communauté internationale.
Parmi les principaux points d’achoppement figure la demande iranienne du retrait des Gardiens de la révolution, unité d’élite de l’armée iranienne, de la liste américaine des organisations terroristes. Les pasdarans (“Gardiens de la révolution”, en persan) ont été inscrits sur cette liste après que les États-Unis se sont unilatéralement retirés de l’accord sur le nucléaire, en 2018.

Concessions iraniennes

Washington semble ne pas vouloir céder sur ce point, mais l’Iran aurait accepté de revoir ses attentes à la baisse. Ainsi, pour le quotidien réformateur Ebtekar, Téhéran se contenterait de demander lors des négociations que seules “les entreprises et les individus associés au Gardiens soient exclus des sanctions”.
“Si ces pourparlers aboutissent à un résultat favorable, le pacte sur le nucléaire va être relancé à Vienne [où elles avaient traditionnellement lieu]”, titre le journal réformateur SharghMais rien pour l’instant ne garantit un tel scénario, souligne de son côté le journal réformateur EtemaadQui note cependant que “seuls quelques points d’achoppement ont empêché un accord final à la mi-mars”.
En revanche, si les pourparlers à Doha se soldent par un échec, ce sera la toute fin du processus, estime le journal. Il n’y aura plus de retour à Vienne et “il sera difficile de parler (encore) d’un […] accord” susceptible d’être sauvé.

L’option militaire.

Dans le même temps, l’alliance Etats-Unis Israël et pays arabes se renforce de plus en plus. Des exercices de grandes envergures ont lieu pour faire pression sur l’Iran, mais aussi pour se préparer à toute éventualité. Israël a accru considérablement ses capacités d’actions à longue distance, en menant des préparatifs sur des opérations aéroportées très conséquentes. L’Iran qui ne pourra pas compter sur un appui russe en ce moment joue donc à quitte ou double.

JForum.fr – Courrier international

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