Aux législatives turques du 7 juin 2015, un nouveau parti sort du lot, le HDP, né d’un ancien parti pro-kurde. Le Parti démocratique des peuples (HDP) est une sorte de Syriza à la mode turque dépassant les anciens clivages de la vie politique locale. Il se veut représentant de toute la société, et notamment de ses minorités sociales, religieuses, ethniques et même sexuelles.

«L’un des enjeux des élections législatives est de savoir si le Parti démocratique des peuples (HDP) dépassera le seuil électoral des 10 % ou non», affirme le politologue Ahmet Insel qui précise qu’en franchissant cette barre, le HDP priverait l’AKP d’Erdogan d’un grand nombre de sièges. Le HDP est né d’un parti kurde, mais a élargi son discours et ses ambitions politiques. Il entend rassembler «des voix de l’est et de l’ouest du pays», note, dans Le Figaro, Samin Akgönül, chercheur au CNRS spécialiste de la Turquie. 

Démocratie directe, réformes sociales, égalité des droits, autonomie locale, justice, écologie, tels sont les slogans de ce parti qui a réussi à s’imposer sur la scène politique turque. «A l’opposé de l’ultralibéralisme et de l’islamisme de l’AKP, mais aussi à l’opposé du nationalisme, point commun de tous les partis politiques en jeu», précise Samim Akgönül.

A sa tête, Selehattin Demirtas a obtenu 9% des voix lors de la présidentielle de 2014. Il a sorti son parti de la seule revendication kurde. Avec son physique qui n’est pas sans rappeler celui du premier ministre grec Alexis Tsipras, Selehattin Demirtas, 42 ans, a réussi à incarner le parti et son discours qui s’adresse à tous les habitants du pays, dépassant très largement la question kurde. Résultat, le parti a parmi ses candidats des Kurdes, des Arméniens, des alévis, une yazidie ou un homosexuel… Pas étonnant du coup que le HDP ait reçu de nombreux soutiens, allant de partis d’extrème-gauche à des communautés kurdes conservatrices.

Meeting HDP en présence Selahattin Demirtas

Meeting du HDP en présence de Selahattin Demirtas, le 30 mai 2015, près d’Istanbul. © BULENT DORUK / ANADOLU AGENCY

Une responsable du parti pour Istanbul, donne un exemple de la politique voulue par le HDP:  «Nous condamnons sans équivoque la polygamie et les mariages forcés. De même que nous n’acceptons pas dans notre parti les personnes n’ayant contracté que des mariages religieux (seuls les mariages civils sont reconnus par la République)», affime Ayse Erdem, la coprésidente du HDP à Istanbul. 

Aux soutiens internes s’ajoutent ceux de partis écologistes ou de gauche venant de toute l’Europe. En France, le Parti de gauche voit ainsi dans l’HDP une «opportunité pour faire avancer un projet démocratique, social, pacifique et anticapitaliste défendant les droits des travailleurs/travailleuses, des minorités (kurdes, alévis, LGBTI, droits des femmes) et promouvant l’écologie et la protection de l’environnement». Autre exemple, un dirigeant de Syriza, le parti au pouvoir en Grèce, a traversé la mer Egée pour participer à un meeting de Selahattin Demirtaş, le 23 mai 2015 à Izmir, sur la côte ouest de la Turquie.

Aujourd’hui, le parti est donné à 11-12% dans les sondages. Erdogan saura le 7 juin au soir si le HDP aura franchi le seuil des 10%, le privant d’une cinquantaine de sièges indispensables à son rêve de créer un régime présidentiel.

France Info TV

 

 

 

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