Les dessous de la visite de Khaled Mechaal au Liban

Le dirigeant du Hamas est arrivé quelques jours après l’explosion d’un entrepôt d’armes dans le camp de Bourj el-Chémali.

À son arrivée à l’Aéroport Rafic Hariri, le 15 décembre, Khaled Mechaal, le chef du Hamas à l’étranger, n’a pas été accueilli en grande pompe. Seuls quelques responsables du Hamas au Liban étaient présents et aucun officiel du Hezbollah et du mouvement Amal, alors que les deux parties ont l’habitude de traiter les dirigeants du mouvement islamiste palestinien avec considération.

Le chef du Hamas n’est pas actuellement en odeur de sainteté dans le camp prosyrien au Liban. En témoigne l’absence dans son agenda de tête-à-tête avec le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, mais aussi avec le chef du Parlement, Nabih Berry, et le président de la République, Michel Aoun. En juin dernier, Ismaïl Haniyé, le chef du bureau politique du Hamas, avait pour sa part été reçu par chacun des trois hommes. Pourquoi une telle différence de traitement ? Parce que Khaled Mechaal incarne, aux yeux du Hezbollah, l’aile du Hamas qui a soutenu la révolution syrienne contre Bachar el-Assad et qui s’est ainsi éloignée de l’Iran. Lors de sa dernière visite, en 2016, Khaled Mechaal s’était rendu, à la tête d’une délégation palestinienne, à l’ambassade saoudienne au Liban, en solidarité avec le royaume qui était l’objet d’attaques médiatiques récurrentes de la part du Hezbollah. Ce dernier semble ne pas l’avoir oublié.

Dans les rangs du Hamas, on minimise l’importance de cette absence de rencontre avec Hassan Nasrallah, évoquant un « problème de calendrier ». Mais un responsable palestinien au Liban qui a requis l’anonymat admet que c’est le résultat « de divisions et de la lutte d’influence dans les rangs du Hamas ». Côté Hezbollah, on confirme ces informations. « La direction du Hamas est perturbée par la visite de Mechaal qui n’a pas été coordonnée avec la direction centrale à Gaza ou avec Haniyé, qui réside en Turquie, Mechaal étant venu du Qatar au Liban », dit un responsable de la formation pro-iranienne. « Le problème que nous avons est avec Mechaal, pas avec le Hamas », ajoute-t-il, évoquant son soutien à la révolution syrienne.

Si la branche militaire du Hamas n’a jamais coupé les ponts avec le Hezbollah, son pendant politique s’est réconcilié avec l’axe pro-iranien au cours de ces dernières années. La mise à l’écart de Khaled Mechaal de la direction politique du mouvement était l’une des conséquences de ce rapprochement et de la victoire, sur le terrain militaire, de Bachar el-Assad et de ses alliés.

La visite du responsable palestinien intervient à un moment délicat, après l’explosion d’un dépôt d’armes, le 10 décembre, dans le camp de Bourj el-Chémali, près de Tyr, faisant un mort, Hamza Chahine. Lors des funérailles, des combats ont éclaté entre le Hamas et le Fatah, tuant trois membres du Hamas.

Experts en explosifs

Khaled Mechaal est donc arrivé au Liban sur un terrain miné. « La visite était prévue de longue date », tempère un responsable du Hamas. Pour le moment, les deux parties se renvoient la responsabilité de l’accrochage. « L’affrontement était le résultat de provocations de la part du Hamas », dit un membre du Fatah qui a requis l’anonymat. Le mouvement reproche à son alter ego islamiste d’avoir voulu faire une démonstration de force à la suite de l’explosion et d’avoir essayé de s’infiltrer dans le camp de Bourj el-Chémali, perçu comme un fief du Fatah. Côté Hamas, on accuse l’adversaire d’avoir ouvert le feu sur le cortège.

Mais l’histoire semble être plus complexe que cela. D’après un responsable sécuritaire palestinien, Hamza Chahine était un expert en explosifs au sein du Hamas, alors que le mouvement s’apprêtait à former une unité militaire spéciale à l’intérieur du camp susmentionné. « L’explosion s’est produite dans un dépôt d’armes du Hamas et du Hezbollah, cet entrepôt étant une indication de la complémentarité militaire entre les deux mouvements qui prouve leur préparation conjointe pour faire face à Israël en cas de conflit », dit le responsable cité plus haut. Dans ce contexte, l’escalade intrapalestinienne pourrait se poursuivre par le biais d’assassinats dans les deux camps ou d’affrontements armés.

JForum et AFP

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