Les forces américaines frappent des milices soutenues par Téhéran en Syrie.

Depuis que les États-Unis, sous l’impulsion du président Trump, sont sortis de l’accord sur le nucléaire iranien [ou Plan d’action global commun – PAGC ou JCPoA en anglais] et ont rétabli progressivement leurs sanctions, l’Iran s’affranchit de plus en plus des obligations qui lui étaient jusqu’alors imposées.

Selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique [AIEA], Téhéran n’a toujours pas fourni d’explications crédibles sur la présence de particules d’uranium anthropogénique [liées à une activité humaine, ndlr] sur le site de Turquzabad, que les autorités iraniennes avaient omis de déclarer. Et, au 16 février, l’Iran avait accumulé 2.967,8 kg d’uranium faiblement enrichi, soit une quantité 14 fois supérieure au plafond de 202,8 kg qui lui avait été fixé par le PAGC.

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En outre, en janvier, l’Iran a lancé le processus produire, sur son site souterrain de Fordo, de l’uranium enrichi à 20%, soit un taux cinq fois supérieur à la limite de 3,5% autorisée par le PAGC, ce qui est suffisant pour des applications civiles. Et il n’entend sans doute pas s’arrêter là. « La limite d’enrichissement de l’Iran ne sera pas de 20%. Nous agirons selon nos besoins […] Nous pourrions augmenter l’enrichissement à 60% », a en effet prévenu l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême iranien, le 22 février, avant l’entrée en vigueur de la limitation des inspections de l’AIEA sur les activités nucléaires iraniennes.

Pourtant, l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche pouvait laisser penser que les tensions allaient se réduire, d’autant plus que ce dernier s’est dit déterminé à sauver l’accord sur le nucléaire iranien, et donc à lever les sanctions imposées par son prédécesseur… à la condition que l’Iran revienne à ses engagements.

Or, pour cela, Téhéran exige d’abord que les sanctions américaines soient retirées. Et, malgré quelques gestes de bonne volonté consentis par Washington, dont un accord pour participer à une réunion du groupe P5+1 [les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU + l’Allemagne] et de l’Iran, la situation demeure bloquée. Il faut dire que la diplomatie américaine veut y inclure d’autres sujets, comme l’a récemment indiqué son chef, Antony Blinken.

« En collaboration avec nos alliés et partenaires, nous chercherons également à prolonger et à renforcer l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien », a-t-il dit, soulignant la détermination de Washington à aborder également « d’autres sujets de préoccupation, notamment le comportement régional déstabilisateur de l’Iran ainsi que le développement et la prolifération des missiles balistiques. »

Dans le même temps, en Irak, les intérêts américains sont régulièrement visés. Ainsi, trois attaques ont été commises en une semaine contre les bases d’Erbil et de Balad [qui abrite les F-16 irakiens, ndlr] ainsi que contre l’ambassade des États-Unis à Bagdad. « Nous sommes revenus où nous étions il y a un an », a commenté un responsable militaire américain auprès de l’AFP. C’est à dire quand les milices chiites du Hachd al-Chaabi, soutenues par l’Iran , s’en prenaient régulièrement aux emprises irakiennes de la coalition anti-jihadiste dirigée par les États-Unis.

« Nous tiendrons l’Iran pour responsable des actions de ses affidés qui attaquent des Américains » en Irak, a par ailleurs prévenu Ned Price, le porte-parole du département d’État, après des tirs de roquette contre l’ambassade des États-Unis à Bagdad, le 22 février. Toutefois, a-t-il dit, les forces américaines s’attacheraient à éviter une « escalade qui jouerait en faveur de l’Iran ».

Quoi qu’il en soit, Washington a fini par riposter aux dernières attaques contre ses intérets en Irak. En effet, le 25 février, et comme son prédécesseur, le président Biden a autorisé des frappes en Syrie, contre des infrastructures utilisées par le Hachd al-Chaabi, et notamment le Kataeb Hezbollah, organisation prise pour cible à plusieurs reprises par les forces américaines au cours de ces derniers mois.

Évoquant une opération « défensive », le porte-parole du Pentagone, John Kirby, a indiqué que ces « frappes ont été autorisées en réponse aux attaques récentes contre le personnel américain et de la coalition en Irak, et à des menaces toujours en cours contre ce personnel. » Il n’a en revanche pas précisé les moyens utilisés par les forces américaines dans cette action.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme [OSDH], les frappes auraient détruit trois camions de munitions qui, partis d’Irak, venaient d’arriver à Boukamal [Syrie]. « Il y a beaucoup de morts. Au moins 17 combattants ont péri, selon un bilan préliminaire, tous membres du Hachd al-Chaabi », a-t-il indiqué.

Syrie : ce que l'on sait des frappes de missiles américains sur la base  d'al-Chaaryate - Le Parisien

« Cette réponse militaire proportionnée a été menée en parallèle à des mesures diplomatiques, notamment des consultations avec les partenaires de la coalition » antijihadiste, a fait valoir le porte-parole du Pentagone. « L’opération envoie un message sans ambiguïté : le président Biden protégera les forces américaines et celles de la coalition », a-t-il conclu.

À noter que l’attaque commise le 15 février contre la base d’Erbil avait été revendiquée par l’organisation « Awliyaa al-Dam » [« les Gardiens du sang »], dont on ne sait que peu de choses… Par ailleurs, il reste à voir quelle sera la réaction du Hachd al-Chaabi. Après une riposte américaine au cours de laquelle elle perdit une vingtaine de ses combattants, en décembre 2019, l’organisation chiite fut à l’origine de violents incidents dans l’enceinte de l’ambassade des États-Unis à Bagdad.

Ces frappes contre le Hachd al-Chaabi ont été conduites après que le président Biden s’est entretenu avec Moustafa al-Kazimi, le Premier ministre irakien, au sujet des dernières attaques contre les intérêts américains. Selon le communiqué publié par la suite, les deux responsables ont « souligné l’importance de protéger les missions diplomatiques en Irak et de contrer les tentatives visant à menacer la sécurité et la stabilité en Irak et dans la région ».

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