Eric Ciotti : comment il a réussi à s’imposer face aux favoris du Congrès LR.

Le député des Alpes-Maritimes est arrivé ce jeudi en tête au premier tour du Congrès LR. L’homme, qui a su convaincre le noyau dur des adhérents, a changé de statut.

Eric Ciotti avait un destin à la Philippe Juvin. Il a changé de dimension. » Ce soutien de Xavier Bertrand livrait mercredi cette analyse, en tout début de vote du Congrès des Républicains (LR). Cruelle lucidité. Le député des Alpes-Maritimes a réalisé ce jeudi la performance que beaucoup pressentaient en interne : il s’est qualifié pour le second tour et défiera à compter de ce vendredi Valérie Pécresse. Vertigineuse ascension pour celui qu’on qualifiait il y a encore quelques jours de « M. Sécurité » des Républicains. En une campagne éclair, l’homme a changé de statut et entre dans la cour des grands.

Vincent Isore/IP3 ; Paris, France le 2 Decembre, 2021 – Annonce des Resultats du 1er tour du Congres de LR – Eric Ciotti
POLITIQUE, CIOTTI, LR, LES REPUBLICAINS, CANDIDAT – Meyer tu n’es pas le garde du corps…

Cette mue prend racine le 25 septembre dernier. Ce jour-là, les adhérents des Républicains enterrent la primaire ouverte au profit d’un Congrès pour désigner le champion de la droite en 2022. Un cadeau du ciel pour Eric Ciotti, lancée dans la bataille élyséenne depuis août. Cette compétition interne lui permet de déployer deux atouts majeurs : il n’a jamais quitté LR ; il porte une ligne à droite toute en phase avec les adhérents des Républicains. Ce scrutin minore enfin son principal handicap : ses 5% d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle. Mais faut-il vraiment se fier aux sondages. Seuls ceux qui n’ont pas compris que les élections sont avant tout un problème de confiance faite au candidat quant à sa capacité à tenir ses engagements. Les électeurs jugent avant tout la sincérité des propos, là où quand ils sont tenus par d’autres sonnent le creux.

Il ne s’est pas trompé d’élection

Dans la campagne, le candidat multiplie les gages envers les adhérents. « Il s’est le plus rapproché de l’ADN de notre famille politique », juge son porte-parole Stéphane Le Rudulier. Dans le domaine migratoire, il propose d’établir la « priorité nationale et européenne » pour l’emploi et les allocations, la fin du droit du sol et l’abrogation du regroupement familial. Il se pose en héritier de François Fillon sur les questions économiques. Retour aux 39 heures, suppression de 250 000 postes de fonctionnaires et des droits de succession… Il revendique un programme de « rupture ». En pleine ascension sondagière d’Eric Zemmour, Eric Ciotti affirme qu’il voterait pour l’essayiste d’extrême droite face à Emmanuel Macron. LREM tousse, les militants LR adorent.

Oubliée, la campagne d’Alain Juppé en 2016. Eric Ciotti ne se trompe pas d’élection. « Il fait un Congrès de direction du parti », analysait récemment le député LR Pierre-Henri Dumont. Il parle aux militants, pas aux Français. Dans ses réunions publiques, le prétendant ne se projette pas dans l’élection présidentielle de 2022. Il n’évoque pas sa conception de la fonction suprême ou ses premiers mois à l’Elysée. Il martèle sa ligne politique, orpheline depuis les renoncements de Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau.

Tous les ingrédients du succès sont là. Reste à allumer la mèche. Ce seront les débats télévisés. Eric Ciotti y excelle. Souriant, il conjugue radicalité et décontraction. Le cocktail est efficace. Il est en outre épargné par ses concurrents, qui le considèrent alors plus comme une réserve de voix que comme un concurrent sérieux. Erreur fatale. « Les deux finalistes sont ceux qui ont dominé les débats », analyse le député LR du Vaucluse Julien Aubert. En marge d’un déplacement à Meaux, Eric Ciotti confie lui-même à L’Express le rôle de bascule de ces joutes.

Les débats télévisés, une rupture

Eric Ciotti change de statut dès le premier débat. Dans cette insondable campagne, son nom revient plus souvent. Les élus évoquent une dynamique en sa faveur, tout en ayant conscience de la fragilité de leurs observations. Mais plusieurs sources constatent un phénomène de vases communicants entre Michel Barnier et le député. Le premier déçoit en débat, son « moratoire » sur l’immigration est attaqué par ses rivaux et il ne peut revendiquer la même fidélité à LR qu’Eric Ciotti. « C’est sa version canady dry », constatait un cadre. A LR, on préfère la bière.

En toute fin de campagne, la cote d’Eric Ciotti explose. « On pensait que je ne serais pas candidat, puis que je ne porterais qu’une candidature de témoignage. Maintenant, certains se disent : ‘et si c’était lui?' », sourit-il le 22 novembre. Le candidat devient une menace pour les trois favoris. Mais étrangement, il garde un statut d’intouchable. Xavier Bertrand rejette ainsi le soutien de Renaud Muselier en raison de ses attaques contre le député des Alpes-Maritimes. Et qu’importe si ce dernier n’a pas voté Emmanuel Macron en 2017 comme d’autres dirigeants LR, raison officielle du départ du patron des Hauts-de-France de LR. Crainte ou aveuglement ? Le résultat est le même : Eric Ciotti avance dans son couloir… et fonce vers la qualification.

« Pas taillé pour être président de la République »

Son résultat est source de multiples interrogations. Peut-il l’emporter samedi ? A première vue, cela semble compliqué. Tous les candidats battus se sont rangés derrière Valérie Pécresse, ses faibles sondages nationaux peuvent refroidir les adhérents. « Il a fait le plein », confie un proche de la candidate. « Personne n’est propriétaire des voix des adhérents », rétorque Stéphane Le Rudulier. A droite, certains jugent de toute manière que l’homme n’a guère intérêt à remporter ce scrutin. « Il sait qu’il n’est pas taillé pour être président de la République », confie un hiérarque LR. Aux adhérents de répondre à cette question existentielle.

Quel que soit le verdict des urnes, Eric Ciotti a gagné son Congrès. « Il a créé sa marque et s’est mis à son compte », glisse une cadre LR. L’ancien « filloniste » et « sarkozyste » s’est débarrassé de ses lourds épithètes. Il a longtemps été considéré comme hypothétique ministre de l’Intérieur. Sa première place pourrait lui aiguiser l’appétit. « Il peut viser plus haut », confiait récemment un soutien.

Il a enfin marqué le congrès de son empreinte idéologique. Si elle gagne, Valérie Pécresse ne pourra ignorer la ligne portée par son concurrent. L’histoire ne s’écrira pas sans lui. « Beaucoup d’adhérents veulent mettre un tuteur à Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse », s’amusait la semaine dernière un député LR. Samedi, la droite aura un tuteur… ou un nouveau chef.

Mais il faut se méfier des apparences, car d’autres travaillent pour Éric Ciotti et sont bien ancrés dans le parti, à savoir justement Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau. De plus ceux qui sont revenus au bercail pour ce congrès avaient quitté les LR parce que le parti avait fait de l’eau tiède. Valérie Pécresse a un discours qui sonne creux sur les questions régaliennes et on ne la sent pas habitée par ces problèmes, comme l’est Éric Ciotti . Enfin Éric Ciotti est l’homme de la synthèse de la droite et de la droite de la droite pour ne pas dire l’extrême droite qui en fait n’existe ni chez Marine Le Pen ni chez Zemmour quoi qu’on en dise.

Paul Chaulet

1 COMMENTAIRE

  1. Succès de courte durée. Trop ostensiblement à droite pour menacer Macron, Eric Ciotti est de nouveau renvoyé à son statut de minoritaire dans son parti : Zemmour se frotte les mains. Quant à Pécresse, sa candidature va-t-elle finalement favoriser une gauche dont aucun candidat pour le moment n’a des chances de parvenir au deuxième tour ?

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