Chemot: ” Un nouveau roi… qui ne connait pas Joseph” (vidéos)

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La Genèse commençait par un récit de création. L’Exode, Chemot, par un récit de destruction, par la tentative d’extermination d’un groupe humain venu en Egypte du temps de Jacob et qui y était devenu un peuple: le Âm Israël.

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Pourquoi ce changement de climat, cette mutation de civilisation, si le mot de civilisation pouvait s’accoler à celui d’extermination?

Deux facteurs – clefs doivent être envisagés: la prospérité des descendants de Jacob et le changement de dynastie en Egypte. Pour le premier,  une observation s’impose.

Il est dit à propos des Bnei Israël qu’ils  prospèrent, (perou), qu’ils se prolifèrent (ychrétsou), qu’ils  se multiplièrent (vayrebou) et qu’ils devinrent puissants (vayâtsmou)» (Ex, 1, 7).

13.Chémoth

 

Cette séquence ne va pas sans rappeler celle évoquée précisément par La Genèse à propos du viatique donnée par le Créateur à l’ Humain: « Il les bénit et dit: « Prospérez ( perou )  et multipliez vous ( ourebou ), peuplez la terre ( mil’ou eth haaretz) et gouvernez  la( vekibchouha ) » ( Gn, 1, 28) ».

En terre égyptienne, cet ordre, ce séder, n’est pas exactement suivi.

S’y est introduit une phase de prolifération, donc dérégulée, tandis qu’y manque la phase de gouvernance, comme si les Bnei  Israël avaient occupé toutes les positions de pouvoir secondaire, sauf la principale.

En Egypte ils n’avaient pas pris le pouvoir politique, le laissant en déshérence.

D’où ce qui suit: surgit en Egypte un roi «nouveau» dont la principale caractéristique est qu’«il ne connaissait pas Joseph»; un roi né de lui même, sans mémoire, sans tradition et, à la différence d’Assuérus, sans annales non plus.

Pour lui le passé n’existe pas. Le monde est né du jour où il a accédé au trône. Les bienfaits que Joseph a dispensés à l’Egypte, surtout au temps de la famine, sont comme s’ils n’avaient pas été accomplis.

L’amnésie renforce l’ingratitude qui, en retour, la motive et qui absout ce Pharaon sans généalogie de la malfaisance du projet qu’il conçoit: réduire  le Âm Israël  à l’impuissance afin qu’il ne se coalise pas, dit-il, avec les ennemis réels ou présumés de l’Egypte et qu’il en vienne à quitter le pays.

Comme si telle n’avait pas été la vocation des descendants de Jacob-Israël et de ses fils une fois leur séjour égyptien parvenu au terme prévu.

Ainsi la mentalité paranoïde aggrave la volonté de pouvoir absolu. Néanmoins, ce Pharaon, qui n’a plus rien à voir avec celui qui accueillit Jacob et qui en reçut par deux fois la bénédiction, ce pharaon amnésique n’en a pas moins le sens du temps, du temps stratégique.

Il prendra la sien pour transformer une collectivité humaine, féconde et porteuse de bénédictions, en un magma d’esclaves, dépouillés de leur statut antérieur, spoliés de leurs biens justement acquits, réduits à un asservissement décervelant et désespérant, au point de ne plus vouloir assurer leur descendance.

Une  propension autodestructrice à laquelle un homme et une femme  lévites vont mettre fin.

Un enfant leur naîtra qu’ils s’empresseront de soustraire au coutelas infanticide des sbires pharaoniques.

L’enfant est placé dans un berceau, quasiment homologue à l’arche de Noé, puis confié aux eaux du Nil, sous la surveillance de sa sœur Myriam. L’esquif est remarqué par la fille de Pharaon, recueilli par elle  et l’enfant sera sauvé.

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C’est elle qui lui donnera son nom: «Moché», soit, comme l’explique  Samson Raphaël Hirsch, non pas «celui qui fut tiré des eaux», passivement, mais «celui qui tirera des eaux» – celles de l’amertume et de la désespérance – ses frères qu’il aura reconnus.

Toutefois, la femme salvatrice, la bien-nommée Bithiah, «la fille de L’Eternel», ne se substituera pas à la vraie mère de son fils adoptif  et c’est Yochébed qui nourrira  l’enfant élevé par ces voies à la fois dans la Tradition d’ Israël et  selon les normes et la culture de l’Egypte.

L’enfant grandit au palais de Pharaon lorsque se produit un événement qui bouleversera le cours de sa vie.

Aux abords du palais un maître de corvée bâtonne un esclave hébreu comme on ne maltraiterait pas un âne.

La scène traumatisante révolte Moïse qui tue l’Egyptien  puis qui le dissimule avant de s’enfuir puisque deux autres esclaves, se querellant, lui font comprendre que son crime – car c’en est un – ne tardera pas à être découvert.

Par où se retrouve le mouvement de relégation – révélation dont on a vu qu’il parcourt comme un fil rouge La Genèse.

Moïse trouve refuge au pays de Madian et se fait berger des troupeaux du prêtre de ce lieu, de Yétro dont il épouse la fille Séphora.

Et c’est alors qu’il paissait les troupeaux de son beau-père que la voix de l’Eternel, celle de sa conscience aussi, le convoque du plus intime d’un humble buisson pour lui enjoindre de se rendre en Egypte afin de solliciter du Pharaon qu’il laisse s’en aller le peuple d’Israël, qualifié «d’aîné (bekhori) du Créateur.

Pourtant Moïse ne se laisse pas convaincre aisément. Il accumule prétexte sur prétexte jusqu’au moment où paraît son frère Aharon qui pourrait bien lui être substitué.

Au bout d’un échange sans pareil dans toute la Thora, mis à part la proclamation du Décalogue, et au cours duquel l’Eternel se sera révélé comme «Ehyeh acher Ehyeh», non pas tautologiquement comme: «Je suis celui qui suis» mais: «Je serai qui je serai», un futur de futur rendant possible le recouvrement de l’espérance, Moïse se rend enfin en Egypte où il se fait reconnaître des esclaves hébreux puis est reçu au Palais de Pharaon.

Arrivé devant le Maître de l’Egypte il formule à son intention la demande conçue par l’Eternel lui même. Hélas, au lieu d’y accéder, le Pharaon aggrave encore l’asservissement des esclaves dont la condition se dégrade en véritable torture.

Arrivé à ce point d’avilissement, Moïse ne comprend plus le sens de la révélation divine. Etait-ce pour en arriver à ce degré d’au-dessous la Création que l’Eternel, au Buisson ardent, a réduit une à une toutes ses résistances, rétrospectivement légitimées! Moïse interpelle le Créateur: pourquoi (lamah !) laisse t-il  une pareille malfaisance sévir contre ce peuple!

 L’interpellation et si forte et tant sentie que la Voix divine l’en assure: on n’en restera pas là et Moïse sera à la fois l’acteur et l’annaliste de ce qu’il va advenir maintenant en Egypte.

Cours dédié à la Mémoire du regretté Abraham ELBEZE Z’l qui vient de retourner vers la source de l’Éternité

 

 

Raphaël Draï zatsal 17 décembre 2013

 

 

Chemot: reconnus en tant que Peuple !

Le photographe israélien Eliyahu Hershkowitz  a pris ces magnifiques clichés de vols d’étourneaux dans le Neguev (Décembre 2018).

 

Le Pharaon est saisi de crainte devant  le phénomène supra normal de la prolifération des enfants d’Israël qu’il désigne de « PEUPLE » ! C’est le première fois que le peuple est désigné comme entité distincte et indépendante des autres groupes ethniques : LE PEUPLE JUIF !

Les fractions tribales ne se retrouveront que pour des questions de droit familial comme pour les héritages par exemple et les alliances, puis, pour le partage des territoires. La seule des tribus qui n’a droit à aucun privilège territorial sont les LEVY qui ont trop à faire avec les taches sacerdotales : le culte, l’encens, les sacrifices etc….

Ce deuxième  livre de la Torah commence comme un livre de contes.

Les midrashim sont nombreux à nous mettre dans l’ambiance qui régnait en Egypte à cette époque et sans les commentaires qui s’y rattachent nous ne pourrions comprendre vraiment ce qui était le climat historique :  la Torah est très concise et en un chapitre nous assistons à la naissance de  Moïse, une phrase nous permet de le voir grandir et, devenu un homme, nous assistons à sa fuite vers le pays de Midiane.

Je vous propose de considérer quelques midrashim qui vont nous éclairer et entrevoir toute la magnificence qui entourait notre peuple en ces temps-là, où leurs conditions de vie empirèrent tout doucement, sans trop déranger les habitudes et suffisamment tout de même pour que ces changements deviennent insupportables à la longue, à tel point qu’une clameur s’éleva  vers les Cieux !

Le texte nous dit qu’un nouveau roi s’éleva sur l’Egypte. Roi qui n’avait pas connu Joseph.

Ceci nous apprend que le Pharaon de la dynastie régnante au moment où l’Egypte était au bord du désastre économique lorsque Joseph, fils de Jacob, servit de conseiller et sauva l’Egypte du « gouffre »  à deux reprises[1]. Une nouvelle dynastie s’empara du trône et édicta ses nouvelles lois.

La Magie et l’idolâtrie étaient très usitées et consulter les devins était une pratique courante.

Le Midrash nous rapporte que les femmes juives,  à chaque accouchement, donnaient la vie à 6 bébés en même temps c’est la raison pour laquelle très rapidement, les descendants des douze tribus devinrent si nombreux au point qu’au moment de la sortie d’Egypte, ils étaient 600,000 hommes âgés de 20 à 60 ans, sans compter les femmes, les enfants et les vieillards des deux sexes.

Le pharaon  ayant consulté ses devins sut qu’un être d’exception devait naître chez les Hébreux,  quelqu’un qui aurait un point commun avec l’eau. C’est la raison pour laquelle, le souverain exigea de faire périr en les noyant dans le Nil, tous les nouveaux nés des familles juives.

Amram et Yokhéved de la tribu de Lévy formaient une jolie petite famille avec leurs deux enfants Aharon et Myriam.

Devant cette menace concernant les nouveaux nés, ils décidèrent de divorcer (de se séparer) et, bien que Myriam ne fût qu’une toute jeune fille, elle convainquit ses parents de recommencer à vivre ensemble en leur disant qu’ils se montraient plus sévères que Pharaon étant donné que le roi ne visait à faire périr que les garçons tandis qu’eux refusaient la vie même aux filles !

C’est ainsi que le couple se reforma en secret (car les officiers royaux enregistraient les mariages juifs pour pouvoir exercer un contrôle sur les naissances juives) et, Yokhéved, bien qu’âgée de 130 ans, conçut[2]. Le mariage ne fut publié que trois mois plus tard environ.

Par ailleurs, grâce au sens prophétique de Myriam, Yokhéved sut que ce bébé qu’elle portait était voué à un destin tout particulier et qu’il porterait une « couronne »[3].

Il faut d’ailleurs souligner le fait que les devins égyptiens firent une prédiction semblable et, c’est la raison pour laquelle, ainsi que nous le verrons un peu plus loin, ces sombres personnages accusèrent Moïse de vouloir détrôner le souverain.

Mais, n’anticipons pas : grâce au fait que le mariage d’Amram et Yokhéved fut officiellement célébré trois mois plus tard, l’accouchement se produisit sans que nul ne le sache ce qui permit à la mère de nourrir son bébé trois mois durant.

Moïse naquit déjà circoncis et tout se déroula dans la discrétion la plus absolue.

Sachant que les officiers pharaoniques ne tarderaient plus à paraître, la mère et la fille confectionnèrent un berceau fait de joncs et enduit de bitume pour le rendre imperméable aux eaux du Nil.

Myriam suivit son jeune frère et conseilla  à la princesse royale (qui aperçut ce berceau à l’abandon et se l’appropria n’ayant pas d’enfant par elle-même) de prendre une nourrice parmi le peuple juif.

C’est ainsi que le jeune Moïse fut élevé comme prince à la cour de Pharaon. Un jour, étant sur les genoux du souverain, le jeune garçon s’empara de la couronne et la posa sur sa tête : « funeste présage » s’exclamèrent les devins !

On s’efforça de soumettre le garçonnet à un autre test avant de statuer sur son sort et on posa devant l’enfant un plateau empli de pierres précieuses et un autre plein de braises incandescentes.

Moïse voulut s’emparer d’un rubis brillant de tous ses feux mais, un Ange fit dériver la main de l’enfant vers les braises brûlantes, il saisit une braise qu’il porta à sa bouche[4].

Ceci provoqua un soulagement et l’acte de s’être approprié la couronne pharaonique fut classé parmi les actes anodins et dépourvus de sens tel ceux que font les enfants en bas âge.

Le fait d’avoir été nourri par le sein de sa mère naturelle et d’avoir assisté aux conditions de vie misérables des esclaves hébreux eut un impact sur la sensibilité du « Prince Moïse » chez lequel se développait déjà son sens prophétique qui s’éveilla de manière impromptue à la faveur d’un acte de violence contre un esclave.

Moïse, alors, nous enseigne la Torah « regarda de ci de là » avant d’exécuter ce maître esclavagiste.

Le sens de cette phrase tendrait à faire comprendre au lecteur qu’il voulut savoir si quelqu’un serait témoin de cet acte vengeur.

Cependant, l’exégèse est différente : grâce à son sens prophétique, Moïse examina la généalogie de l’égyptien pour savoir si parmi ses ascendants ou ses descendants il pourrait y avoir un juste qui justifierait d’épargner la vie de cet homme cruel.

N’apercevant aucun homme méritant il le tua. Moïse était alors âgé de 40 ans.

La vie de Moïse se déroula en trois volets de 40 ans chacun : Le premier : de sa naissance jusqu’à sa fuite d’Egypte, puis depuis sa fuite vers Midiane jusqu’à son retour en Egypte, et le troisième depuis la sortie d’Egypte  jusqu’à sa mort sur le Mont Nébo.

Ce triptyque est à l’image de la progression spirituelle du personnage et du fait qu’il ait accompli au cours du deuxième tiers de son existence ce qu’un homme se doit de faire : œuvrer, se marier, procréer et mûrir.

Son rôle de berger lui permit de méditer et de comprendre ce que la vie a fait de lui.

Son humilité extrême l’entraîna à ne pas « se prendre au sérieux » et à repousser la mission que D. lui confia ne se sentant pas digne d’une telle considération.

Puis, devant l’évidence, il prit la décision de se détacher des contraintes de la vie matérielle pour donner à son existence une tournure spirituelle à un tel degré qu’il en sera même critiqué par les siens.

La mise en présence de celui qui allait devenir le plus grand chef spirituel qu’Israël ait connu, avec  HaShem[5] qui se dévoile à lui sous l’appellation : E.H.YE ASHER E.H.YE.

Pour rappel :  ces trois parties de cette appellation sont une allusion aux tefiline de la tête et du bras ainsi : E.H.YE forme un total de 21 que multiplient 2 = 42 allusion à l’un des Noms de D (pour le phylactère du bras),  et le mot ASHER est en notarikon le mot ROSH (tête) pour le phylactère de la tête.

 

Caroline Elishéva REBOUH

[1] La première fois ce fut dès le songe de Pharaon où Joseph prit des mesures pour constituer une réserve alimentaire à l’Egypte et, la seconde fois fut, lorsque Jacob mourut et que  la famine reprit et ce fut alors que Joseph constitua  pour l’Egypte une réserve financière et territoriale.

[2] Les exégètes s’étonnent du fait que le texte ne mette pas en évidence la naissance miraculeuse de Moïse, alors que pour la naissance d’Isaac, la Torah souligne et met en évidence le fait que  chez Sarah le tribut féminin avait cessé alors qu’elle était âgée de 90 ans ! En conséquence, pourquoi la Torah ne fait-elle pas ressortir que la mère du plus grand prophète de tous les temps était si âgée ? La réponse est que, d’une part Yokhéved avait déjà eu 2 enfants et qu’elle  était toujours assujettie aux périodes menstruelles au contraire de Sarah qui n’avait pas encore eu d’enfants et  dont l’organisme avait vieilli. D’autre part, Sarah ne vécut que 127 ans alors que Yokhéved a vécu 250 ans et autre importante différence entre les deux femmes : Sarah  était issue d’un milieu idolâtre et avait fait Teshouva alors que Yokhéved était issue d’une famille totalement  juive.

[3] La Tradition juive  enseigne qu’il existe trois « couronnes » : celle de la Torah, de la prêtrise, et de la royauté. (Avot chapitre IV, mishna 13). Etant donné que le nouveau-né était « bon » (entièrement bon),  la maman sut qu’il n’était pas le Messie qui, par essence, doit  pouvoir différencier le bien du mal mais, elle ne comprit pas qu’il allait être celui qui remettrait  au peuple juif la Torah, don divin.

[4] Ce qui provoqua, par la suite, une sorte de défaut de langue ; ceci servit de prétexte  à Moïse pour refuser d’emblée la mission dont D le chargea.

[5] Le nom de Moïse est MOSHE en hébreu dont les lettres mem-shine-hé sont, en  inversant leur ordre (notarikon)  LE NOM (HASHEM) ou  guematrya = 345.

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