Cerné par les affaires, Netanyahou joue le peuple contre les élites©

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Cerné par les «affaires», B. Netanyahou joue le peuple contre les élites…©

 

par Maurice-Ruben HAYOUN

Est-ce un lointain effet de l’élection de Donald Trump ? Est-ce la nouvelle méthode des gouvernants, un peu partout dans le monde, lorsqu’ils sentent leur pouvoir menacé, pour de bonnes ou de moins bonnes raisons ? Quoi qu’il en soit, on voit se profiler ces dernières semaines en Israël un empressement du Premier Ministre à mobiliser autour de sa personne tous ses alliés et ses partisans.

Il a commencé par un imposant rassemblement des membres de son parti et de ses sympathisants à Tel-Aviv, et il a rendu visite par deux fois aux habitants du sud de Tel-Aviv qui se sentent oubliés et abandonnés, envahis par des Africains rendant leur vie quotidienne des plus malaisées.

Tous ces actes isolés se recoupent quand on les met bout à bout. Ils laissent apparaître une stratégie aux contours clairs : jouer le corps électoral, le peuple vivant dans des conditions difficiles, contre des élites, des journalistes, notamment, coupés des réalités et désireux de mettre fin à un régime, pourtant couronné de succès. Jalousie, envie, rancune, haine partisane, qui sait quoi d’autre ?

Ce point rappelle le mieux le comportement de Donald Trump, qui communique directement avec ses partisans et mobilise à son profit ses fidèles. Et il faut bien reconnaître que sa base électorale continue de le soutenir en dépit des assauts répétés de la presse.

Revenons au schéma israélien. En tant d’années de pouvoir, le Premier Ministre a acquis une expérience indéniable ; qu’on l’accepte ou non, il a imprimé sa marque profonde aux institutions mais n’a pas pu, ou n’a pas su, éloigner quelques arrivistes, pire quelques affairistes, qui entachent sa réputation. Mais jusqu’à présent, la justice et la police enquêtent dans son entourage et lui-même ne paraît pas impliqué, jusqu’à plus ample informé.


Pourquoi tant de haine obsessionnelle de la part de la presse – plus de 90% – qui s’est juré la perte de B. Netanyahou ?

Ce n’est sûrement pas pour son bilan, qui est plus qu’honorable 

Ce rejet de la classe médiatique a des racines idéologiques de gauche.

Un indice ne trompe guère, à la grande fureur de ses détracteurs : tous les sondages donnent B. Netanyahou vainqueur et enregistrent même une avancée significative des députés du Likoud à la Knesset. Enfin, aucun leader de l’opposition ne fait figure de challenger sérieux.

Cette situation pose un problème qui commence à revenir un peu partout sur le devant de la scène : le statut de la presse qui cherche de plus en plus à peser sur le choix de l’électorat.


Pourquoi tant de haine obsessionnelle de la part de la presse – plus de 90% – qui s’est juré la perte de B. Netanyahou ?

Ce n’est sûrement pas pour son bilan, qui est plus qu’honorable : l’économie se porte bien, le chômage est à son niveau le plus bas et le taux de croissance ferait pâlir d’envie bien des pays de l’OCDE. De grandes puissances comme la France célèbrent en l’Etat d’Israël une merveilleuse Start-up nation.

Ce rejet de la classe médiatique a des racines idéologiques de gauche. Un indice ne trompe guère, à la grande fureur de ses détracteurs : tous les sondages donnent B. Netanyahou vainqueur et enregistrent même une avancée significative des députés du Likoud à la Knesset. Enfin, aucun leader de l’opposition ne fait figure de challenger sérieux.

Cette situation pose un problème qui commence à revenir un peu partout sur le devant de la scène : le statut de la presse qui cherche de plus en plus à peser sur le choix de l’électorat.

Ce rôle de formatrice d’opinion et de fondatrice d’identité est rejeté. Lequel électorat rejette ce joug et rue dans les brancards, comme dans le cas de Trump, et dans une tout autre configuration, dans le cas de Emmanuel Macron. On note que dans les deux cas, une grande défiance vis-à-vis de la presse a prévalu. Une remarque du défunt Charles Pasqua revient à l’esprit : alors qu’elle est, par sa nature même, un contre-pouvoir, la presse est devenue un pouvoir. Et certains dirigeants politiques ont décidé de dénoncer cette évolution qu’ils jugent antidémocratique : ils en appellent directement au peuple.

Détrônée, la presse manifeste sa mauvaise humeur en stipendiant des équipes de reporters et de journalistes d’investigation qui se donnent pour mission officielle de découvrir des affaires compromettantes et de les rendre publiques.

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans un Etat juif qui en oublie les règles éthiques fondamentales qui marquèrent son entrée sur la scène de l’Histoire mondiale. Dans le Décalogue, éthique et religion sont au coude à coude. Que l’on enquête sur l’achat de frégates et de sous-marins, quoi de plus normal. Que l’on fasse le ménage dans des cercles qui ont obtenu des pots-de-vins, là encore rien de plus normal. Mais que l’on s’en prenne au Premier Ministre pour des cigares, du champagne et autres peccadilles : quelle bassesse ! Dans le monde entier, depuis toujours, les gouvernants ont reçu des présents, des cadeaux, des voyages, des faveurs, etc… Là, on s’en prend à l’homme, à sa femme, à son fils…… et demain peut-être à son chien ou à son poisson rouge !

Il faut veiller à ce que l’attention du Premier Ministre ne soit pas déviée des vrais problèmes : la Syrie, le Liban et le Hezbollah… Voila ce qui risque de se passer : s’il devait y avoir inculpation du Premier Ministre dans je ne sais quel dossier, il saura faire face, notamment en négociant sa démission contre l’abandon des poursuites. Le Knesset sera dissoute et de nouvelles élections auront lieu qui marqueront une nouvelle la victoire, voire l’apogée, du Premier Ministre et du Likoud…

Toutefois, la sagesse commande aussi de se préoccuper de l’avenir, le Premier Ministre doit penser à préparer sa succession. Nul n’est éternel, surtout pas au gouvernement d’Israël, un pays si dur à gouverner. Mais pour le moment Netanyahou est aux commandes.

En d’autres termes : Benjamin Netanyahou est parti pour rester…

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève. Son dernier ouvrage : Franz Rosenzweig (Agora, universpoche, 2015)

 

A noter que le professeur Maurice-Ruben Hayoun, dont les chroniques sur JFORUM font notre plaisir, sera l’invité, les dimanches 10 et 17 septembre prochains, de l’émission “Islam”, de 8h45 à 9h15.

Il y évoquera l’œuvre et les héritages respectifs du rabbin Moïse Maïmonide et du philosophe Averroès.

7 COMMENTS

  1. Bravo mr BEttan.marre de l’idolatrie de nethanyaou.il aurait pu faire de belles choses.mais c’est un dictateur,une girouette qui s’alliera avec qui l’aidera à garder son poste.il veut museler les moyens de communication.
    Vivement la relève

  2. Voilà donc la source ! l’hystérie et la fureur qui se déchaînent actuellement sur le net concernant le sort personnel de M. Netanyahou, puisent dans ce genre de pauvre littérature. M. Ruben Hayoun ferait bien de rester confiné dans ses spécialités et s’abstenir d’entrer dans le champs de la morale publique qui lui semble aussi étrangère que la littérature mandarine du 14e.
    Décréter que des caisses de champagnes et des cigares bâton-de-chaise Havana, amenés par jet privé en Israël, gratos, pour étancher la soif inextinguible de Mme et les lèvres gourmandes de Mr, relèvent de la peccadille, c’est ne rien comprendra à la détresse de la classe moyenne israélienne qui se paupérise et lutte pour maintenir sa tête hors de l’eau et regarde son chef de gouvernement se vautrer dans une luxure néronienne. M. Ruben Hayoun ferait bien de visiter Israel un peu plus souvent et d’entrer en contact avec ceux qui y vivent. Il s’apercevra vite que le peuple de droite se tourne avec une douloureuse nostalgie vers les figures emblématiques de Begin, Shamir et d’autres, ayant servi admirablement leur nation en finissant leurs jours qui, dans un deux-pièces et qui dans une maison de retraite. Eux ne se faisaient pas payer des journaux par les Rois de Macao et de La Vegas. Ils ne jouait pas avec la presse concupiscente pour s’instituer Zorro des quartiers populaires, mais à la 25e heure, quand son propre palais de Kyssaria, hollywoodien, commence à sentir le roussi et le barreau de prison.
    Par quel privilège, M Netanyahou s’extrait-il au sort commun de MM Olmert et Katsav ? par sa stature ? Mais il s’est acharné à couper toutes les têtes émergentes au Likoud ! Surtout les plus brillantes. Saar, Katz et d’autres encore en faisant appel à la “base” dont il sait comme personne flatter les bas instincts. dans quel parti du pays a-t-on vu cette mascarade , consistant à monter des meetings à grands frais -et c’est un euphémisme ! – pour redorer le blason d’un petit caudillo et son voyou de fils ? Est-ce qu’on ne commencerait à regretter de s’être moqué d’Erdogan le turc et de sa piétaille populacière prête à avaler des couleuvres pourvu que Mamamouchi garde ses prébendes ?
    Voyez-vous, guère n’est besoin pas d’être de gauche pour suffoquer d’indignation devant la conduite vulgaire et subalterne de Mme, régnant sur ses servants comme une Cruella, puis les faisant taire à coups de billets de banque au seuil des prétoires.
    Au dégoût succède le rejet. Je ne doute pas un instant qu’avec sa force corruptrice; M. Netanyahou arrive a rebâtir une coalition avec des chefs de partis qu’il sait fragiliser en leur rappelant les turpitudes qui les menacent. Partis médiocres et arriérés au demeurant.
    Voilà où nous en sommes rendus en Israël, aujourd’hui. Et pour rien au monde je ne voterai pour cet individu et sa camarilla. Il existe bien des jeunes dirigeants plus talentueux et moins rongés par la corruption. Les cimetières – et les prisons – sont bourrés de gens irremplaçables.

    • Merci pour votre commentaire documenté et sincère, en tous points remarquable, d’autant qu’il vient de quelqu’un qui se réclame du camp politique de M. Netanyahou.

  3. Je suis toujours très mal à l’aise lorsque l’on critique et met en cause la presse, les milieux de droite nationaliste dans l’Allemagne des années 1930 ne faisaient pas autrement, en parlant systématiquement de “Lügenpresse” (presse du mensonge) pour la presse qui ne leur était pas favorable.
    Que la presse constitue un pouvoir ne me choque pas et n’est pas neuf: cela fait bien logtemps que les Américains ont créé à son propos l’expression de “quatrième pouvoir”.
    Enfin, la presse paie le prix fort pour ce pouvoir. N’oublions pas le nombre de journalistes, enlevés, torturés, tués chaque année pour la liberté de NOTRE information…

  4. Je suis toujours très mal à l’aise lorsque l’on attaque la presse, les groupements nationalistes en Allemagne dans les années 30 le faisaient déjà en parlant systématiquement, pour la presse qui n’était pas de leur bord, de “Lügenpresse” (presse du mensonge).
    Que la presse soit un pouvoir ne me choque pas, cela n’est pas neuf non plus. C’est des Etats-Unis, et depuis longtemps, que nous vient l’expression “quatrième pouvoir”.
    D’ailleurs, les journalistes, enlevés, torturés, tués ont payé et paient encore un lourd tribut chaque année pour NOTRE information, ne l’oublions pas…

  5. BRAVO TRES CHER MAURICE RUBEN HAYOUN POUR VOTRE LUCIDITE, VOS CONNAISSANCES HISTORIQUES,
    L’INTELLIGENCE DE VOTRE ANALYSE; UN GRAND MERCI RECONNAISSANT.
    MARIE GRINDEL

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