Qu’est-ce qui va changer au Moyen-Orient après Trump ?

Yossi Kuperwasser

La politique du président Trump au Moyen-Orient a contribué de manière significative aux changements des règles du jeu dans la région, dans le contexte palestinien comme dans le cadre régional.

Le principal changement est sans doute la rupture du paradigme affirmant que le problème palestinien était au cœur du conflit au Moyen-Orient. Les accords de paix et de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan ont illustré exactement le contraire, à savoir que ces règles n’étaient pas obligatoires.

Les États-Unis ont aussi agi selon le critère que la résolution 242 adoptée en novembre 1967 par le Conseil de sécurité des Nations Unies appelait Israël à se retirer de « territoires » et non de « tous les territoires ». Les États-Unis ont reconnu la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, à Jérusalem-Est et sur 30% de la Judée et de la Samarie, y compris la vallée du Jourdain.

Trump a rejeté les allégations selon lesquelles les implantations israéliennes étaient illégitimes ou illégales et que tout accord exigerait l’évacuation de certaines. Les États-Unis ont reconnu leur légalité et l’importance du contrôle israélien sur la vallée du Jourdain.

Le président élu Joe Biden et son entourage ont annoncé qu’ils souhaitaient lever les sanctions contre l’Iran et revenir à l’accord nucléaire. La nouvelle administration a aussi l’intention de renouveler les liens et l’assistance des États-Unis à l’Autorité palestinienne.

Dans le même temps, Biden et ses conseillers affirment que leurs objectifs stratégiques ne sont pas différents de ceux des administrations précédentes, c’est-à-dire empêcher l’Iran de s’armer d’armes nucléaires ; restreindre les activités dangereuses de Téhéran dans la région ; renforcer la sécurité d’Israël, en préservant son avantage militaire qualitatif ; s’opposer à la délégitimation d’Israël ; et promouvoir un accord sur le conflit israélo-palestinien.

Prime Minister Netanyahu welcomes then-Vice President Biden to Israel in 2010.

(Avi Ohayon, Government Press Office)

Des pans importants de la réalité changeante au Moyen-Orient semblent irréversibles, notamment la normalisation des relations entre Israël et les États sunnites pragmatiques. Soulignons que dans les Accords d’Abraham les Émirats ont reconnu pour la première fois l’existence du peuple juif, ce que les Palestiniens refusent à reconnaître à ce jour.

Dans le contexte iranien, il sera difficile pour l’administration Biden de revenir rapidement en arrière. Certaines sanctions ont été délibérément imposées par le biais de mécanismes qui ne peuvent pas être facilement abrogés. Les Iraniens ne sont pas non plus disposés à accepter des changements ou des ajouts à l’accord nucléaire signé à Vienne, telles que des clauses contraignantes sur les missiles balistiques.

En fin de compte, Biden devra tenir compte du fait que les relations avec Israël sont essentielles pour protéger les intérêts américains dans la région et que les Arabes pragmatiques sont de proches alliés des États-Unis.

Vice President Biden meets the Palestinian Authority’s Mahmoud Abbas in 2016.

(Palestinian Press)

La percée dans les relations entre Israël et les pays arabes pragmatiques et les pressions sur l’Iran ont également changé les règles du jeu entre le camp modéré et ses rivaux radicaux tel que l’axe iranien ou les Frères musulmans.

Il semble que Biden s’abstiendra de transférer une nouvelle fois l’ambassade américaine à Tel Aviv, d’annuler la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, ainsi que la souveraineté du plateau du Golan. Si le Sénat demeure sous le contrôle des républicains, Biden aura encore plus de mal à soutenir les Palestiniens, et ce, malgré les pressions de l’aile progressiste de son parti.

En tout état de cause, il est probable que malgré l’attitude sympathisante de Biden à l’égard Israël, il montrera une attitude plus critique à son égard, en particulier par rapport à Trump.

Dans ce contexte, Israël devrait faire tout en son pouvoir pour renforcer les liens avec la nouvelle administration. Jérusalem devra préserver autant que possible les changements des règles du jeu créés ces dernières années, et souligner l’importance du soutien au camp arabe pragmatique, même avec toutes les difficultés en cours.

Dans l’intérêt commun, il est préférable qu’Israël élargisse la coopération et la normalisation avec les pays pragmatiques du monde arabo-musulman. Un renforcement des relations amènera la nouvelle administration à soutenir les changements positifs dans la région et à réaliser enfin leur potentiel.

Dans le même temps, Israël pourra maintenir ses positions fondamentales et sa liberté d’action envers l’Iran et les Palestiniens.

Lire l’intégralité de l’article et ses notes sur le site du JCPA-CAPE en anglais.

https://jcpa.org/article/what-is-going-to-change-in-the-middle-east-under-biden/

 

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