Cabo Verde : un passé juif méconnu révélé

Cabo Verde, petit État insulaire lusophone d’Afrique de l’Ouest, s’est imposé comme l’une des révélations inattendues de la Coupe du Monde 2026. Après un nul 0-0 face à l’Espagne et un match nul 2-2 contre l’Uruguay, marqué par le premier but mondialiste de l’équipe inscrit par Kevin Pina, le pays attire l’attention bien au-delà du football. Cette visibilité renouvelle l’intérêt pour une facette méconnue de son identité : la présence historique de Juifs séfarades, descendants de communautés marocaines et gibraltariennes, installés sur l’archipel depuis le milieu du XIXe siècle. Cette implantation est survenue après l’abolition de l’Inquisition au Portugal en 1821 et la signature d’un traité commercial entre le Portugal et la Grande-Bretagne en 1842, facilitant les échanges et la migration de ces familles juives vers Cabo Verde.

Les Juifs séfarades, originaires notamment de villes marocaines comme Tanger, Tétouan, Rabat et Mogador, se sont principalement établis sur les îles de Santo Antão, São Vicente, Boa Vista et Santiago. Ils ont joué un rôle notable dans les secteurs du commerce, de la navigation et de l’administration locale. Leur présence, bien que discrète, a contribué à l’économie insulaire sans provoquer de rupture sociale majeure. La communauté, majoritairement masculine, s’est progressivement intégrée par des mariages mixtes avec la population catholique locale, conduisant à une disparition progressive de la communauté juive organisée. Aujourd’hui, Cabo Verde ne compte quasiment plus de pratiquants juifs, mais les traces de cette histoire subsistent à travers des tombes, des noms de famille et des récits oraux transmis dans les familles.

La reconnaissance officielle de ce patrimoine juif s’est concrétisée par l’inscription de cimetières et de bâtiments liés à cette communauté au patrimoine historique national. Cette protection empêche la destruction ou la modification de ces sites, témoignant d’une volonté de préserver cette mémoire. Des projets de restauration, soutenus notamment par le roi du Maroc Mohammed VI, ont permis de réhabiliter plusieurs cimetières à Praia, Boa Vista et Santo Antão. Des cérémonies de redédicace ont rassemblé descendants, autorités locales et représentants internationaux, soulignant l’importance de ce legs culturel et historique. Par ailleurs, des recherches archivistiques menées en collaboration avec des institutions internationales visent à documenter de manière exhaustive l’héritage séfarade à Cabo Verde.

Cette histoire juive singulière, liée à une route atlantique moins connue, enrichit la compréhension des diasporas juives en Afrique, souvent associées à d’autres régions comme le Maghreb, l’Égypte ou l’Afrique du Sud. Elle révèle aussi la complexité des identités insulaires et la manière dont des communautés minoritaires ont façonné, parfois discrètement, le tissu social et économique local. Alors que Cabo Verde continue son parcours sportif mondial, cette redécouverte historique offre une nouvelle dimension à son rayonnement international, rappelant que les petites nations peuvent porter des histoires riches et inattendues, inscrites dans la pierre et la mémoire collective.

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