L’Allemagne va finalement livrer des chars de combat à l’Ukraine

Le gouvernement allemand s’est finalement décidé à fournir des chars Leopard 2 à Kiev, indique la presse allemande. Berlin va aussi donner son feu vert à d’autres pays disposant de ces blindés allemands. Un accord avec Washington aurait convaincu Olaf Scholz.

Le gouvernement devrait d'abord puiser dans les stocks de la Bundeswehr pour fournir Kiev en chars Léopard 2.

Le gouvernement devrait d’abord puiser dans les stocks de la Bundeswehr pour fournir Kiev en chars Léopard 2. (AFP/PATRIK STOLLARZ)

Après de longues tergiversations, le chantage polonais aura-t-il eu raison des dernières réticences du chancelier Olaf Scholz ? L’Allemagne va finalement livrer 14 chars de combat Leopard 2 à l’Ukraine, selon des sources proches du gouvernement citées par l’Agence de presse allemande (dpa). Berlin compte dans le même temps autoriser d’autres pays à puiser dans leurs propres stocks de blindés allemands pour appuyer les forces armées ukrainiennes.

Le ministre polonais de la Défense avait annoncé mardi qu’il avait déjà envoyé une demande d’autorisation au gouvernement allemand pour procéder à une telle livraison, tout en menaçant de passer outre un refus éventuel. Ni la chancellerie ni le ministère de l’Economie n’ont fait de commentaires.

Lors d’une conférence de presse à Berlin mardi avec Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan, le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius avait cependant déclaré avoir « expressément encouragé les pays partenaires qui ont des chars Leopard prêts à être déployés à entraîner les forces ukrainiennes sur ces chars ».

La coalition était à couteaux tirés

Cette décision interviendrait par ailleurs juste avant une intervention prévue d’ Olaf Scholz devant le Bundestag mercredi à 13 heures, qui promettait d’être chahutée. Dans les rangs du parti principal d’opposition, l’Union CDU-CSU, mais aussi au sein même de la coalition allemande, les tergiversations du chancelier et du parti social-démocrate ont en effet exaspéré les élus et fait sortir certains députés de leurs gonds.

Manifestation à Berlin, en Allemagne, exigeant le transfert de chars Leopard vers l'Ukraine le 20 janvier

Manifestation à Berlin demandant le transfert de modèles de chars Leopard vers l’Ukraine( Photo : verticale )

Au président du groupe parlementaire SPD, Ralph Mützenich, qui assurait que la politique de sécurité ne se limite pas à la livraison d’armes, la présidente libérale de la commission Défense, Marie-Agnes Strack-Zimmermann avait rétorqué le week-end dernier qu’il était « le symbole de tous les manquements centraux de la politique étrangère allemande ».

Dans la foulée de la première annonce de l’envoi de chars parue dans le Spiegel, Marie-Agnes Strack-Zimmermann s’est au contraire réjouie mardi soir : « La décision d’autoriser et de livrer le Leopard 2 a été difficile à prendre, mais elle était inévitable. C’est une nouvelle salutaire pour la courageuse et maltraitée Ukraine. Nous, les Libéraux, sommes reconnaissants que l’engagement continu en faveur des habitants de l’Ukraine soit couronné de succès », a écrit l’élue sur le réseau social Twitter.

Des blindés Abrams en renfort

La porte-parole pour la politique de sécurité du groupe parlementaire des Verts au Bundestag, Sara Nanni, a de son côté estimé qu’il s’agissait d’une « bonne décision ». Laquelle pourrait en réalité avoir été prise moins sous la pression polonaise que grâce à un accord passé avec Washington. Selon le Wall Street Journal qui cite des sources gouvernementales, les Etats-Unis pourraient en effet aussi livrer des chars de combat Abrams.

Jusqu’ici le président américain Joe Biden avait refusé une telle option pour des raisons de logistique mais l’essentiel des stocks de blindés disponibles en Europe étant composé de chars de combat de facture allemande Léopard, le chancelier et le courant le plus à gauche de son parti craignaient de voir l’Allemagne concentrer l’ire de Moscou et de provoquer une escalade. Le président français n’a de son côté pas exclu de fournir des modèles français Leclerc.

Il reste l’image d’un homme sous pression qui a trop longtemps hésité Friedrich Merz Président de la CDU

« Cette décision est la bonne », a déclaré mardi soir auprès de dpa Friedrich Merz, le chef de la CDU. Mais si le chancelier allemand avait annoncé une telle décision avec Emmanuel Macron lors du conseil des ministres franco-allemand du 60e anniversaire du traité de l’Elysée à Paris, il se serait cependant « agi d’une direction politique commune. Il reste donc l’image d’un homme sous pression qui a trop longtemps hésité », a-t-il conclu.

Ninon Renaud (Correspondante à Berlin)    www.lesechos.fr

1 COMMENTAIRE

  1. A chaque fois que les ukrainiens stagnent dans leur guerre, il y a toujours un Boris Johnson pour aller à Kiev remonter le moral des troupes. Les ukrainiens ne sont que des pions dans cette affaire, totalement dépendants des occidentaux, au point que si Biden ordonne à Zélenski de foncer en Russie avec ses chars lourds, il sera obligé de le faire, et les Occidentaux pourront toujours prétendre que ‘ce n’est pas nous, ce sont les ukrainiens’.

    l’Amérique augmente sa production d’obus de 500%, et une véritable coalition anti-russe monte d’un cran les livraisons d’armes, à petite doses pour chaque pays, mais à grands renforts de publicité pour bien faire comprendre que suivront les missiles longue portée et les avions de combat, tout ceci à des fins géopolitiques pour bien montrer aux chinois ce qu’il peut leur arriver s’ils attaquent Taïwan.

    Ils est clair que les Occidentaux n’ont pas l’intention de lâcher Poutine et mèneront cette guerre jusqu’au bout. Poutine a entièrement raison sur ce point: l’ Amérique, entrainant les Occidentaux, même les canards boiteux comme l’Allemagne, montre clairement qu’elle cherche l’effondrement de la Fédération de Russie, qui mène une guerre de survie au même titre que les ukrainiens. Ce qui est à noter, est que dans cette ‘ drôle de guerre ‘ que lui mène l’ Occident, et dans une situation de survie, la population russe reste passive, ni enthousiaste, ni effrayée, même-si déjà un million de russes ont fui ce pays. Il est probable que plusieurs peuples veulent la séparation d’avec la Russie, plutôt que d’aller mourir pour l’Ukraine. Poutine a mis la Fédération de Russie dans une panade incroyable. Comment va-t-il s’en sortir?

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