L’attaque d’Ahvaz révèle à quel point Téhéran subit de fortes pressions intérieures et dans les guerres régionales
L’attentat terroriste contre un défilé militaire de la ville pétrolière iranienne d’Ahvaz, samedi 22 septembre, faisant 29 morts et 90 blessés, est venu frapper directement le corps d’élite du régime de Téhéran, les gardiens de la révolution (IRGC), qui a subi la moitié de ces pertes humaines. La République islamique chiite est sous la forte pression de deux minorités, de ses fronts étrangers et des sanctions américaines :
- La résistance nationale d’Ahvaz a revendiqué l’attaque, qui pendant des décennies, s’est battue contre le régime chiite perse pour un Etat arabe sunnite dans la province riche en pétrole du Khuzestan. Quatre groupes clandestins regroupés sous cette rubrique représentent environ 2 millions d’Arabes sunnites, qui représentent environ 40% de la population de la province et constituent l’essentiel de la main-d’œuvre des champs pétrolifères. Des manifestations sporadiques et des troubles ont été brutalement réprimés par le CGR, par des mesures extrêmes, telles que la famine provoquée et organisée.
Mais l’attaque de quatre hommes armés et vêtus d’uniformes de l’armée iranienne samedi, est la pire qu’ait subie l’élite des gardiens de la révolution iranienne et ils semblaient l’avoir planifiée méticuleusement bien à l’avance. Les hommes armés ont roulé à toute vitesse, fonçant en avant sur les motos, un véhicule de prédilection des criminels du CGR, et ont ouvert le feu sur la tribune d’honneur et le défilé militaire, provoquant le chaos, la stupeur et la panique.
Téhéran accuse habituellement trois partis d’avoir incité à la terreur anti-chiite : les services de renseignement saoudiens et émiratis et la CIA américaine. Cette fois, le porte-parole de l’armée iranienne a ajouté le Mossad israélien à la liste et accusé les Saoudiens d’armer et d’envoyer des terroristes. - Le régime des ayatollahs est également aux prises avec une autre minorité ethnique agitée, les Kurdes du nord-ouest de l’Iran. Leur mouvement clandestin est mené par le Parti démocratique kurde d’Iran (PDKI ou HDKA) et l’opposition armée kurde PJAK (Parti pour une Vie Libre au Kurdistan). À partir de bases situées du côté irakien de la frontière, ils organisent des raids périodiques contre les patrouilles iraniennes et les postes frontaliers du CGR. Le 21 juillet, ils ont tué 11 gardes dans le secteur de Marivan et ont fait sauter un grand magasin de munitions iranien. L’IRGC a riposté le 8 septembre par un tir de missile de précision à longue portée (le Fateh 110) sur les principaux centres de commandement kurdes dans l’est de l’Irak, tuant 17 Kurdes et en blessant 40. Cet assaut transfrontalier de l’Iran n’a suscité aucun intérêt international.
- En août et septembre, l’Iran a concentré un grand nombre de combattants de la milice chiite irakienne dans la province irakienne d’Anbar, dans l’ouest du pays, et les a récemment équipés de missiles de surface à longue portée. Ils sont prêts à (a) intervenir dans la guerre syrienne, si Téhéran le juge nécessaire; (b) comme force de réserve pour entrer en Syrie en cas de guerre entre le Hezbollah et Israël ; et (3) intervenir pour réprimer les émeutes et les attaques contre les institutions et les missions iraniennes qui font rage dans les villes chiites irakiennes, y compris la ville pétrolière de Bassorah. Téhéran craint que cette vague de désaffection anti-iranienne, si elle devient incontrôlable, éradique l’influence iranienne à Bagdad.
- L’Iran est également confronté à une opposition active à l’expansion de son implantation dans la région de la mer Rouge depuis les États-Unis, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
Tous ces revers sont symptomatiques d’un affaiblissement de la base du régime chiite à Téhéran et de ses agences de renseignement, sous le fardeau écrasant des attaques terroristes de groupes minoritaires dans le sud et le nord de l’Iran et les menées de Téhéran pour imposer sa domination sur des fronts extérieurs majeurs : la Syrie, l’Irak et le Yémen, au milieu de sanctions économiques américaines paralysantes. Dans ces circonstances, le régime de Téhéran est obligé de riposter contre ses ennemis avec «la résolution et la rapidité» promises samedi par son porte-parole militaire après l’attaque d’Ahvaz.
Ahvaz terroriste , Anbar , Iran , Kurdes iraniens , Irak , Arabie saoudite , Arabes sunnites , Syrie
Adaptation : Marc Brzustowski
Ahvaz attack reveals Tehran under heavy pressure at home and in regional wars
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