«Après Nicolàs Maduro, Trump s’occupera de nous»: les Cubains fébriles après le rapt du président du Vénézuela
Alors que Cuba célèbre sa révolution dans un contexte d’extrême misère, les pressions de Donald Trump sur le Vénézuela préoccupent La Havane. Le régime cubain craint de subir à son tour les foudres de Washington.
«Que je suis contente. Le Vénézuela est libre!», s’exclame par téléphone Camila, une habitante de La Havane, après l’enlèvement du président vénézuélien par les Etats-Unis dans la nuit de vendredi à samedi. A l’instar de nombreux Cubains, elle pense que son pays sera le prochain sur la liste des interventions militaires de Donald Trump en Amérique latine.
À Cuba, après l’attaque américaine au Venezuela, la crainte et l’espoir
Si le régime cubain condamne fermement l’intervention militaire au Venezuela, les habitants sont très partagés sur les conséquences à venir pour Cuba.
«Je suis contente, le Venezuela est libre. J’espère qu’après Caracas, ce sera au tour de Cuba », confie Camila[1], une ancienne restauratrice havanaise, émue du renversement de Nicolás Maduro par les forces spéciales de Donald Trump. L’intervention militaire des États-Unis contre Caracas et l’enlèvement du dictateur Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores par l’administration américaine a suscité une réaction immédiate de La Havane. «Cuba dénonce et exige d’urgence une réaction de la communauté internationale face à l’attaque criminelle menée par les États-Unis contre le Venezuela», a écrit le président cubain Miguel Diaz-Canel Bermudez, qui s’oppose au «terrorisme d’État contre le courageux peuple vénézuélien et contre notre Amérique» sur son compte X.
Si le premier ministre, Manuel Marrero Cruz, a appelé à une mobilisation de la communauté internationale pour défendre l’Amérique latine et les Caraïbes pour en faire une zone de paix, le ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, a souligné que ces «actions militaires contre Caracas et d’autres localités du pays sont des actes lâches contre une nation qui n’a attaqué ni les États-Unis ni aucun autre pays».
Dans toutes les discussions
Les Cubains, eux, sont très partagés. Les plus âgés défendent toujours une révolution en laquelle ils ne croient plus vraiment, mais ils ne veulent pas le reconnaître. Les plus jeunes, à l’instar de Yenifer, une infirmière de Santiago de Cuba, sont tellement désespérés par l’état de leur pays qu’ils souhaitent le pire. «Que les Américains bombardent Cuba et qu’on en finisse. Ce sera toujours mieux que la situation actuelle», disait cette dernière il y a quelques semaines.
Interrogée quelques heures après l’invasion du Venezuela par les troupes de Donald Trump, Yenifer confie depuis Santiago où la population se réveille : «Les gens ne parlent que de l’invasion du Venezuela par les Yumas (NDLR : Américains). Ils disent que c’est une bien mauvaise chose et que la situation alimentaire va empirer à Cuba.»
L’Est de l’île, d’où est née la guérilla castriste contre Fulgencio Batista, a toujours été communiste, même si ces provinces, Santiago, Granma et Guantanamo, ont toujours été les plus oubliées par le gouvernement, tant en termes de distribution de nourriture, que d’infrastructures. «Les gens de ces régions sont des abrutis. Ils pensent que parce qu’il y a quelques conseillers russes au Venezuela, la Russie va intervenir contre les États-Unis. Comme beaucoup de Cubains, ils confondent la Russie et l’Union soviétique qui nous a aidés autrefois», ajoute Yenifer. Mais même dans ces provinces, le soutien au régime castriste reste bien modeste, tant les désillusions sont importantes.
Confiance dans les forces armées
Cuba avait fait son deuil du Venezuela depuis longtemps. Cubano-américain et spécialiste des questions énergétiques à l’université du Texas, le professeur Jorge R. Pinon ironise : «Que sont devenus les gardes du corps cubains censés protéger Maduro?». Les conséquences à court terme pour La Havane de la chute du Venezuela seront de deux ordres : la fin des livraisons de pétrole à prix bradés tout d’abord. Les pénuries d’essence vont s’accroître dans les transports en commun. Les centrales thermiques produiront encore moins d’électricité, faute de pétrole. Les milliers de personnels de santé cubains, infirmières et médecins, qui constituent une très importante source de revenus pour l’île, devront quitter Caracas.
«Je sais qu’à Cuba, tout n’est pas forcément mauvais. Mais je souhaite un changement. J’espère que Trump n’attaquera pas le Canada où mon fils habite, ou un autre pays, mais oui Cuba mérite d’être plus libre, d’avoir de la nourriture, des médicaments», espère Camila, qui a pu voyager plusieurs fois à l’étranger. La restauratrice souhaite que les autorités de son pays, «qui est devenu sale» et qui compte près de 1200 prisonniers politiques, «cessent de maltraiter les gens». Les autorités cubaines sont tout sauf surprises de l’agression des États-Unis contre le Venezuela. Si les Fuerzas Armadas Cubanas (FAR- Forces armées cubaines), sous l’impulsion de Raul Castro, se préparent à une invasion des États-Unis depuis les prémisses de la Révolution, les militaires cubains sont pleinement mobilisés depuis l’automne. Les Cubains ont une confiance dévote dans les FAR, sans peut-être se rendre compte de l’obsolescence de ces dernières, qui pourraient toutefois mener une guerre de guérilla. Questionné sur une possible intervention militaire contre Cuba, le département d’État des États-Unis n’a pas répondu au Figaro.
[1] Les prénoms des personnes interrogées ont été modifiés.
JForum.Fr et le Figaro
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