Elle a déclenché la polémique avec ses déclarations sur les prières de rue des musulmans comparées à l’Occupation. Inquiet de la remontée du FN, l’UMP est tentée de durcir le ton.
Marine Le Pen souffle le chaud et le froid. Soucieuse d’élargir le socle électoral du Front national, elle s’efforce de « dédiaboliser » le parti créé par son père. Elle entend couper le lien avec les groupes « caricaturaux et anachroniques » de l’extrême droite pour faire du FN un parti de droite populaire et « respectable ». Le résultat est déjà sensible, si l’on en croit les courbes de popularité qui lui accordent 27 % d’opinions favorables.
Moins sulfureuse que son père, Marine Le Pen a gommé de ses discours toute référence à la Seconde Guerre mondiale. « Je n’ai pas la même vision de cette période de l’histoire que mon père », a-t-elle admis, jeudi soir, sur le plateau de l’émission À vous de juger, sur France 2. Pourtant, en comparant, vendredi soir, à Lyon, « les prières de rue » des musulmans à l’Occupation, elle a renoué avec les polémiques qui sont plutôt la marque de fabrique de Jean-Marie Le Pen.

Scénario catastrophe
Dérapage ? Oui, mais contrôlé. N’oublions pas que Marine Le Pen est en campagne interne pour succéder à son père à la tête du FN. Elle a cru pouvoir profiter, vendredi soir, d’un meeting sur les terres de son rival, Bruno Gollnisch, chef de file du FN en Rhône-Alpes, pour donner un « gage de radicalité » à la frange la plus dure du parti, celle-là même que Gollnisch continue de cajoler.
Inquiet de la popularité grandissante de Marine Le Pen, l’UMP a saisi l’occasion, ce week-end, pour ôter tout brevet de respectabilité à celle qui pourrait être une redoutable concurrente en 2012. « Il faut arrêter de se mentir, c’est exactement la même personnalité que celle de son père, a réagi Jean-François Copé. C’est exactement les mêmes techniques, les mêmes amalgames. »
Le nouveau secrétaire général de l’UMP met en garde la majorité contre la remontée du FN. Il n’écarte pas l’hypothèse d’un « scénario catastrophe » : un 21 avril 2002 à l’envers, qui verrait Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. « Nous sommes en danger du point de vue électoral. »
Jean-François Copé entend riposter en occupant le terrain des valeurs. Il préconise la « fermeté » et le « retour aux fondamentaux ». Il souhaite relancer le débat sur l’identité nationale. Il n’est pas le seul. Bon nombre de députés UMP réclament un tour de vis sécuritaire. Regroupés dans la Droite populaire, créée par Lionnel Luca (Alpes-Maritimes), ils veulent autoriser l’expulsion des étrangers condamnés par une cour d’assises.
Le débat n’est pas clos. Il inquiète ceux qui, à l’UMP, réclament un recentrage de l’action gouvernementale. « Le vrai danger pour la France, rappelle Jean-Pierre Raffarin, c’est la situation économique et sociale, pas l’animation médiatico-politique du Front national. » Comment attirer les électeurs du Front national sans perdre les voix du centre ? Pour Nicolas Sarkozy, l’équation s’annonce difficile à résoudre.
Thierry RICHARD.
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