Pendant vingt-deux mois, le chef de l’État a tenté de servir son électorat. Qui ne s’est pourtant pas déplacé aux urnes… Que s’est-il passé ?Où est passé l’électorat de François Hollande ? À cette question, le scrutin de dimanche dernier apporte une réponse claire : il ne s’est pas déplacé aux urnes. Et pourtant, pendant plus de vingt mois, le chef de l’État a tout essayé pour le servir.
Les jeunes ? Ils étaient, disait le candidat Hollande, le coeur de son programme présidentiel. François Hollande n’est pas resté inerte. Il a créé 100 000 emplois d’avenir. Il expérimente la garantie jeunes de 1 600 euros pour les 18-25 ans sur dix territoires.
Il a mis en place une aide forfaitaire de 5 000 euros à l’embauche de jeunes résidents des zones urbaines sensibles et a créé le contrat unique d’insertion. Et 55 000 bourses annuelles de 1 000 euros vont être débloquées pour les étudiants dont les parents ont des revenus modestes (moins de 33 100 euros par an).
Toujours pour les étudiants, il a créé un septième échelon de bourse pour ceux dont les parents ont des revenus inférieurs à 7 540 euros… Sans compter la caution locative étudiante pour ceux qui ont le plus de difficultés à se loger. Pourtant, aucune de ces mesures n’a décidé les jeunes à venir voter dimanche dernier. Chez les 18-24 ans, l’abstention s’est élevée à 59 %, selon l’étude Ipsos*. C’est la tranche d’âge qui a le plus snobé les urnes.
Les professeurs n’ont pas été oubliés par François Hollande. Sur les 60 000 postes promis à l’Éducation nationale sur le quinquennat, 8 200 nouveaux professeurs ont pris leurs fonctions dès la rentrée de septembre 2013. Vincent Peillon a même annoncé une prime de 400 euros aux professeurs des écoles, versée en deux fois (décembre 2013 et juin 2014). Voilà de quoi, en principe, mettre un peu d’huile dans les rouages ? Et pourtant, là aussi, les enseignants ont battu froid dans les urnes.
Du côté des fonctionnaires, François Hollande a tout de même lâché le jour de carence, ce qui lui a d’ailleurs valu une bronca générale des salariés du privé. Certes, il a gelé le point d’indice, mais il a revalorisé les rémunérations des agents de catégorie C. Il a évité de la même façon de toucher au régime de retraite de la fonction publique.
Il a préservé le périmètre du service public face à la pression de Bruxelles qui lui demandait de privatiser les transports ferroviaires… Il a mis fin au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. En dépit de toutes ces mesures, les fonctionnaires se sont, eux aussi, abstenus d’aller voter…
Et puis il y a les déshérités ou les travailleurs pauvres. Le relèvement du smic n’a servi à rien.
Tout comme le relèvement du plafond des ressources pour bénéficier de la couverture maladie universelle complémentaire et de l’aide à la complémentaire santé. Sans parler de la revalorisation de 10 % du RSA sur cinq ans… Le message n’est pas passé et les ouvriers et employés se sont abstenus à 51 % et 40 %. Ce sont les deux strates professionnelles qui ont le plus boycotté les urnes.
Parallèlement, François Hollande a fait un cadeau fiscal de 20 milliards d’euros aux patrons et artisans à travers le CICE et ces deux populations ont continué de voter à droite. Autrement dit, sa politique a conduit à un échec électoral complet.
D’abord, parce que l’ensemble de ces mesures a été totalement recouvert par les hausses d’impôts subies durant la période. Ce sont 44 % des foyers fiscaux qui ont vu leurs impôts sur le revenu augmenter en 2013, soit 16,15 millions de contribuables. Forcément, dans les urnes, ça se paie.
Et même quand François Hollande s’est montré généreux (comme on l’a vu plus haut), il n’a jamais été en mesure de vendre sa politique. Les quelques fois où il a pris lui-même la parole à la télévision, il s’est empêtré dans des considérations budgétaires et techniques qui ne parlaient pas au peuple.
Pendant ce temps, les couacs se sont multipliés au sein de son équipe gouvernementale, donnant le sentiment qu’il n’y avait pas de patron à la barre du navire, que chacun pouvait jouer sa partition sans la moindre sanction.
En novembre, il aurait pu remanier et accepter de placer à Matignon un chef respecté des troupes. Par affection pour Jean-Marc Ayrault, et aussi parce qu’il avait avec l’ancien maire de Nantes un partenaire commode, il a différé ce moment. Les électeurs lui ont donc envoyé un message ferme qu’il veut bien entendre aujourd’hui. Mais que faire ? Le plus dur est devant lui : il doit présenter un plan de 50 milliards d’économies sur trois ans à la mi-avril. Comment faire sans toucher aux fonctionnaires et aux professeurs ?
Comment tailler dans les dépenses sociales quand la misère monte ? Beaucoup aujourd’hui l’incitent à se tourner vers Angela Merkel afin que celle-ci lâche du lest. Quel intérêt la chancelière allemande aurait-elle à aider son partenaire socialiste ? Ses électeurs à elle, qui vivent sur les rentes de l’euro fort, n’ont que faire des déboires français.
Sur le plan intérieur, le président doit, à l’inverse, affronter l’agitation au sein de sa majorité, pour qui la claque des municipales est le dernier avertissement avant liquidation… Les députés PS l’exhortent à faire un geste vers la gauche.
Mais comment ? Dépenser un argent que nous n’avons pas, laisser filer les déficits et se dédire une fois de plus ? Impossible pour le président « social-démocrate ». Il lui faut trouver une majorité pour voter le pacte de responsabilité sur lequel il engagera la confiance du gouvernement le 27 ou le 28 avril. Et un Premier ministre qui soit en mesure de l’obtenir.
C’est ici que tout se complique. Appeler Manuel Valls à Matignon ?
Avec le risque que les écologistes claquent la porte, ne serait-ce que parce que le leadership de Cécile Duflot est chahuté chez les Verts qui ont envie de rejoindre le Front de gauche… Si les Verts quittent le gouvernement, cela signifie qu’ils présenteront des listes autonomes aux régionales et un candidat à la présidentielle de 2017.
Or, ce n’est pas avec sa popularité actuelle que le chef de l’État peut espérer se qualifier pour le second tour s’il doit, en outre, subir un émiettement de son électorat sur la gauche. Comme tous les présidents avant lui, François Hollande se doit de construire le rassemblement de son camp au premier tour dès aujourd’hui. Sinon, tout est en place pour que le scénario du 21 avril 2002 se reproduise…
* Échantillon de 1 514 personnes représentatif de la population nationale âgée de 18 ans et plus, interrogé du 20 au 22 mars par Internet, selon la méthode des quotas.
Emmanuel Beretta/ le Point.fr Article original
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