Les nouveaux immigrants russes adoraient le héros « Sabra » qui le leur rendait bien
Les Israéliens se demandent souvent « comment cela se serait-il passsé si le Premier ministre Yitzhak Rabin n’avait pas été assassiné ».On pose moins fréquemment la question, qui n’est pas moins intéressante, de savoir ce que serait Israël, si Ariel Sharon n’était pas tombé dans le coma et forcé d’abandonner l’arène politique en 2005, si peu de temps après s’être désengagé de Gaza, et juste avant les élections de 2006.
Parmi les nombreuses réponses contradictoires et hypothétiques, au moins l’une d’entre elles peut être affirmée avec un haut niveau de certitude : la communauté russophone en Israël et son million de nouveaux arrivants d’ex-Union soviétique qui ont changé le fondement d’Israël ses 20 dernières années, aurait eu un leader alternatif, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman aurait perdu au moins la moitié de ses électeurs, et donc l’histoire politique d’Israël aurait pu être très différente.
Ce scénario ne se limite pas à une devinette.
Quelques semaines avant son dernier et fatal accident vasculaire cérébral, les sondages ont montré que plus de la moitié des électeurs russophones – environ 10 mandats – suivaient Sharon dans son parti alors nouvellement créé, le « Kadima ». C’était vraiment un acte de foi. Ils suivaient les hommes qu’ils aimaient et en qui ils avaient confiance, de la même façon qu’ils lui avaient permis de réaliser le désengagement de Gaza sans problème et d’évacuer les implantations juives, bien qu’instinctivement ils s’y opposaient. De leur point de vue, Sharon avait deux atouts essentiels : il était l’incarnation d’un « leader fort », une qualité chère à la culture russe à travers l’histoire et un héros juif en même temps, il était aussi LE »Sabra », un natif israélien avec une âme russe. Tous ces facteurs combinés se sont traduits en un soutien personnel et politique. Quand Sharon a quitté Kadima, ses électeurs russes ont fait de même. Son successeur, l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, n’était ni connu ni apprécié par eux. Lieberman devint alors le choix le plus naturel. Il a gagné par défaut.
La relation de Sharon avec les Russes n’avait rien d’une histoire d’amour. Pour eux, il était moins le leader controversé qu’il était pour les Israéliens de souche. Ils n’étaient pas là pendant les jours amers et tragiques de la première guerre du Liban, ils n’ont jamais participé à ces manifestations de masse où la gauche israélienne l’appelait le “tueur”. Même s’ils en ont entendu parler, l’entendre ce n’est pas le vivre. Les journaux russes en Israël font référence à cette guerre comme “une opération pour éliminer le terrorisme à Beyrouth ». Ce qui a permis à Sharon de n’avoir qu’une seule dimension pour eux. Principalement positive.
Ce sentiment a été certainement réciproque. Au fil des ans Sharon s’est reconnecté aux racines russes de sa famille. De la langue qu’il entendait dans la cabane de ses parents russophones,en passant par la musique qu’il écoutait enfant, à l’esprit russe qu’il a assimilé. Tous les politiciens israéliens ont flirté avec les électeurs russes et ont courtisé cet électorat. La plupart d’entre eux ont lamentablement échoué. Sharon, quant à lui, était un produit naturel.
En 2003, un proche collaborateur s’est plaint à lui qu’il n’y avait qu’un seul député russophone sur la liste du Likoud. » Il y en a deux », a répondu Sharon : « Je suis le deuxième » . Et il le pensait. Dans une interview en 2011, le fils aîné de Sharon, l’ancien député Omri Sharon, a décrit cette relation très particulière : “Mon père admirait leur force de caractère, leur ténacité, leur obstination », a-t-il dit : » il les voyait comme des partenaires dignes de l’aider à porter le fardeau du grand désordre appelé l’Etat d’Israël. C’était une affiliation totalement émotionnelle.”
Émotionnelle, c’est sûr, mais pas seulement émotionnelle. Sharon a su traduire cette admiration mutuelle en atout politique. Il avait un plan : tant qu’il était à la tête du Likoud il avait l’intention de créer un lien entre le parti et les électeurs russophones, comme le Premier ministre Menachem Begin établit un lien avec les électeurs sépharades en Israël, faisant du Likoud leur “maison naturelle”
Lorsqu’il créa Kadima, Sharon changea le plan : il visait à faire de Kadima « le plus grand parti russe en Israël”, comme il y a fait allusion. Plus grand que le parti de Lieberman, voulait-il dire. Son plan semblait fonctionner, jusqu’à ce soir de janvier 2006, quand il a disparu, soit huit ans exactement avant sa mort réelle. Et le reste, comme on dit, appartient à l’histoire.
13-01-2014/ I 24 NEWS Article original
![]() |
![]() |











































