La Bolivie socialiste d’Evo Morales s’est jointe mercredi à la vague de pays latino-américains comme le Brésil et l’Argentine, et en attendant bientôt l’Uruguay, qui ont reconnu officiellement la Palestine comme un Etat indépendant, contre l’avis de Washington.

« Au même titre que d’autres pays comme le Brésil (…), la Bolivie se soumet à cette reconnaissance de l’Etat palestinien, de son indépendance, de sa souveraineté », a déclaré Morales à la presse, indiquant avoir envoyé une lettre en ce sens au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Morales avait déjà annoncé la semaine dernière que la Bolivie allait reconnaître de manière imminente l’Etat palestinien. Le dirigeant socialiste, membre d’un bloc antilibéral de gouvernants latino-américains, avait rompu en janvier 2009 les relations diplomatiques avec Israël pour protester contre l’offensive militaire dans la bande de Gaza. « La Bolivie ne pouvait attendre et observer les bras croisés les problèmes de droits de l’homme, de territoire et de souveraineté dont souffre la Palestine », a déclaré mercredi Morales, qui a accusé Israël de « génocide » vendredi.

Le président palestinien Mahmoud Abbas avait fait part dès vendredi de sa « fierté », tandis qu’Israël dénonçait la décision « regrettable » de la Bolivie qui « ne contribuera pas à changer la situation entre Israël et les Palestiniens et va à l’encontre des négociations de paix ».

Ces dernières sont complètement bloquées depuis le récent échec de l’administration Obama dans sa tentative d’obtenir d’Israël un gel de la colonisation juive en Cisjordanie.

Début décembre, le Brésil, puis l’Argentine, ont reconnu la Palestine comme « un Etat libre et indépendant à l’intérieur des frontières de 1967 », c’est-à-dire les lignes d’avant la guerre israélo-arabe des Six Jours et l’occupation de la bande de Gaza et de la Cisjordanie. L’Uruguay a annoncé qu’il ferait de même en 2011. Le Chili du président Sebastian Pinera, un des rares gouvernements de droite de la région, demeure à ce jour sur sa position de principe plus mesurée, sans mention de tracé.

« Nous avons l’espoir que le dialogue (au Proche-Orient) porte ses fruits et pour cette raison, je souhaite exprimer notre appui ferme, décidé et convaincu à l’établissement et l’existence d’un Etat palestinien libre, autonome, prospère et indépendant », a réaffirmé fin novembre Pinera. Il a également formulé son « soutien à tous les efforts visant à promouvoir et favoriser une paix durable au Proche Orient, en particulier une paix pour le peuple palesinien ». Santiago, proche allié de Washington, est peu enclin à contrecarrer la diplomatie américaine sur la question, mais en même temps sensible à une forte communauté arabe historique de 300.000 personnes environ, et à la pression de parlementaires chiliens de tous bords.

Une vingtaine d’entre eux ont rencontré lundi le chef de la diplomatie Alfredo Moreno, pour demander une reconnaissance de la Palestine. Le gouvernement « étudie la question », leur a répondu Moreno, selon le député Jorge Tarud.

Les reconnaissances en Amérique latine d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 donnent du poids aux alternatives aux pourparlers de paix des négociateurs palestiniens. La reconnaissance de ces frontières, moyennant des modifications mineures, est une des conditions posées par les Palestiniens pour reprendre les négociations, suspendues depuis l’expiration le 26 septembre d’un moratoire sur la colonisation israélienne. Ces reconnaissances en Amérique latine ont suscité la désapprobation de Washington, pour qui « toute action unilatérale est contre-productive », selon le département d’Etat.

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