Faut-il répondre aux provocations de la dirigeante frontiste ou garder ses distances ? La majorité hésite.Après l’indignation, le casse-tête. Comment l’UMP doit-elle se positionner après les dernières déclarations établissant un parallèle entre des musulmans qui prient en pleine rue et l’occupation allemande ? Les caciques du parti majoritaire cherchent la meilleure méthode pour se retirer cette épine du pied. Se prononcer ou pas sur les propos de la benjamine de Jean-Marie Le Pen en pleine bataille pour la présidence du Front national (FN), la question divise. Comment, à peine plus d’un an avant la prochaine présidentielle, ne pas se mettre à dos les 39 % de Français qui, à en croire un sondage Ifop publié mercredi, approuvent les propos de la dirigeante frontiste, sans pour autant perdre des électeurs centristes ?

L’ancien ministre de l’Industrie Christian Estrosi et le secrétaire d’État au Logement Benoît Apparu estiment que le mieux serait encore de s’abstenir de tout positionnement direct sur le fond des sujets soulevés par le FN. Une position que Jean-François Copé, le nouveau patron du parti, a très vite balayée mercredi devant le bureau politique de l’UMP. Pour lui, Marine Le Pen n’a « besoin de personne pour se faire de la publicité », pas question donc de lui laisser le champ libre.

Divergences

Jean-François Copé envisage même une relance du débat sur l’Identité nationale, largement décrié du temps d’Éric Besson et de son ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Une page que son secrétaire général adjoint, le centriste Marc-Philippe Daubresse, aimerait pourtant bien mieux tourner. « Il faut aborder cette question des musulmans qui prient dans la rue comme celle de la burqa, du point de vue de la liberté et de la laïcité, pas de celui de l’identité nationale », confie-t-il. « Nous devons avoir sur ce sujet une position républicaine équilibrée. »

Un peu plus à droite, Lionnel Luca estime que la majorité ne doit pas hésiter à rebondir sur ce sujet : « Elle a là l’occasion de marquer clairement sa différence avec l’extrême droite. » « Il convient de dire clairement que les musulmans ne posent aucun problème dans ce pays et il faut leur permettre d’avoir des lieux décents pour l’exercice de leur culte. C’est ainsi que l’on pourra être ferme et leur interdire de prier dans la rue », avance-t-il. « Bien sûr, ce n’est pas à l’État d’en décider mais les maires doivent, à l’image de Jean-Claude Gaudin à Marseille, prendre leurs responsabilités. »

Bémol pour Hervé Novelli, secrétaire général adjoint « libéral » de l’UMP, pour qui « la vue d’une rue remplie de personnes en prière peut choquer l’opinion dans une République qui proscrit l’ostentation dans l’exercice du culte » bien qu’il soit tout aussi « choquant que ce soit le Front national qui critique cette situation alors qu’il s’oppose à l’édification de nouvelles mosquées ». Sur les moyens d’aborder le problème, Hervé Novelli ne partage pas la position de Lionnel Luca. Pour lui, c’est à l’État de « veiller à soutenir la création de lieux de culte en nombre suffisant en s’appuyant sur le Conseil français du culte musulman ». Les débats sur cette question sensible ne font sans doute que commencer.

Par CHLOÉ DURAND-PARENTI

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