La police égyptienne a arrêté une figure de
l’opposition à l’ex-président Hosni Moubarak, recherchée par la justice, après
une perquisition au siège d’une ONG au Caire, a annoncé cette organisation de
défense des droits de l’Homme jeudi. La police a arrêté six personnes dans les locaux du Centre égyptien pour
les droits économiques et sociaux mercredi soir. Elle a ensuite relâché quatre
d’entre eux, à l’exception du militant Mohamed Adel, actuellement jugé pour
« manifestation illégale ».
M. Adel, jusqu’alors en fuite, est poursuivi aux côtés de deux autres
figures du mouvement laïque en Egypte pour une manifestation fin novembre,
interdite en vertu d’une récente loi obligeant les organisateurs de tout
rassemblement à obtenir l’aval du ministère de l’Intérieur.
Ses co-accusés, Ahmed Maher et Ahmed Douma, sont des dirigeants du
mouvement du 6-Avril, très actif lors la révolte du début 2011 qui a chassé M.
Moubarak du pouvoir. Le verdict dans cette affaire est attendu dimanche.
« Des officiers de police sont entrés dans les locaux vers 23H30 (mercredi,
21H30 GMT) et ont arrêtés tous ceux qui s’y trouvaient », a indiqué le
directeur du Centre, Nadim Mansour. L’ONG a ensuite indiqué sur Twitter que
ses membres avaient été libérés, mais pas M. Adel.
Le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, fondé par le
candidat malheureux à la présidentielle Khaled Ali, inlassable militant
anti-corruption, a notamment soutenu les grèves dans plusieurs usines du pays
et défendu des militants poursuivis en justice.
Ses locaux avaient été fouillés et mis à sac jeudi matin, a constaté un
journaliste de l’AFP, tandis que trois disques durs d’ordinateur avaient été
confisqués.
Dans l’une des salles, deux écrans d’ordinateur avaient été renversés sur
des tables, des chaises gisaient au sol, des fils électriques avaient été
arrachés, selon le journaliste.
Pour l’une des personnes arrêtées, Mostafa Eissa, qui dirigeait la section
en charge de la documentation et des médias, cette perquisition visait à
arrêter M. Adel.
« Il était avec nous au bureau quand ils sont arrivés. Alors qu’on nous a
gardé les yeux bandés et les menottes au poignet, lui a été emmené seul dans
une pièce loin de nous », a-t-il expliqué à l’AFP.
« Ce matin non plus, (Mohamed Adel) n’était pas avec nous quand nous avons
été libérés », a-t-il ajouté.
Mahmoud Bilal, un avocat travaillant avec cette ONG, également arrêté, a
affirmé qu’une cinquantaine de policiers en civil avaient mené la
perquisition. « Ils nous ont bandé les yeux, passé les menottes et nous ont
emmené dans un lieu inconnu (…) Nous sommes restés toute la nuit, dos au
mur, les yeux bandés et les poignets menottés », a-t-il dit à l’AFP.
Le ministère de l’Intérieur n’était joignable dans l’immédiat.
En 2011, la police avait perquisitionné plusieurs ONG étrangères accusées
par le parquet de recevoir illégalement des fonds étrangers. Quarante-trois
employés, dont des Américains, avaient ensuite été condamnés à des peines
allant d’un à cinq ans de prison.
Les médias officiels accusent régulièrement des organisations des droits de
l’Homme de constituer une « cinquième colonne », appelant à enquêter sur eux.
Déjà engagées dans une sanglante répression –plus de 1.000 morts– des
partisans du président islamiste Mohamed Morsi destitué par l’armée, les
nouvelles autorités se sont lancées dans un bras de fer avec les militants
laïques en promulguant fin novembre une loi controversée sur le droit de
manifestation.
LE CAIRE, 19 déc 2013 (AFP)
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