Le président syrien, qui devrait prêter serment le 17 juillet, veut lancer une nouvelle politique de réconciliation.Les Syriens des zones contrôlées par le régime ont massivement élu Bachar el-Assad, mais pas autant que certains l’avaient prévu.

Avec 88 % des voix, le raïs a fait moins que l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi, observaient de nombreux habitants de Damas qui s’attendaient à un score digne de leur allié nord-coréen.

La participation a atteint officiellement 75 %. Seuls 60 % environ des quinze millions d’électeurs pouvaient se prononcer lors de ce scrutin qualifié de «mascarade» par les Occidentaux, et jugé «illégitime» par l’opposition.

Le reste de la population habite des régions passées sous le contrôle de la rébellion ou est réfugié hors du pays.

«Les Syriens ont senti que le vent avait tourné», analyse Sami Khiami, un ancien ambassadeur à Londres en semi-dissidence à Beyrouth. Selon lui, cette participation élevée, même si elle est a pu être majorée, s’explique par plusieurs facteurs.

Tout d’abord, les récents gains militaires de l’armée régulière sur le terrain face aux rebelles. «Personne ne croit plus que le régime va tomber demain», dit-il. «Les Syriens sont devenus réalistes».

Plus de 160.000 morts

Mais comme d’autres analystes, il explique cette participation élevée par le fait que beaucoup de ses compatriotes «ont voté pour préserver l’État» plus qu’en faveur de Bachar el-Assad.

De très nombreux Syriens craignent en effet qu’un renversement brutal du régime entraîne un chaos, dont personne ne veut après trois ans de sanglante répression, de destructions massives et plus de 160.000 morts.

Y a-t-il eu autant de pressions que les opposants de l’étranger l’affirment? Pas sûr.

Certes, les fonctionnaires ont été priés de voter, mais au-delà, il paraît peu vraisemblable que des pressions aient pu s’exercer sur des millions d’autres électeurs. «J’ai voté Assad, sans illusions, mais je l’ai fait parce que j’avais peur que si le régime découvrait que je n’avais pas voté, je ne puisse plus faire des affaires», reconnaissait jeudi un industriel, pragmatique comme peuvent l’être les commerçants damascènes.

«Et de toute façon, je préfère encore un démon que je connais, plutôt qu’un diable que je connais pas», ajoute-t-il.

Quelle que soit la réalité des pressions, cette peur diffuse souligne que le régime est encore perçu par sa population comme potentiellement dangereux. «C’est un autre signe qu’il n’est pas aussi affaibli qu’on le dit à l’étranger», reconnaît Sami Khiami, qui avance enfin une dernière explication à cette participation relativement élevée: «Personne ou presque ne croit plus en l’opposition.

Qui va aller voter pour les djihadistes de l’État islamique, le Front al-Nosra lié à al-Qaida ou les salafistes du Front islamique?» s’interroge-t-il.

Une image illustre ce souci de préserver la Syrie au-delà de son président. Mercredi soir, à l’annonce des résultats, des milliers de Damascènes, des jeunes surtout, sont descendus dans les rues au volant de leurs voitures pour célébrer bruyamment cette victoire à coups de klaxons.

Mais sur la grande avenue de Mezzeh en contrebas du palais présidentiel, on ne voyait pratiquement aucun portrait de Bachar el-Assad, uniquement des drapeaux syriens. Trois personnes sont mortes au cours des festivités qu’Assad avait d’ailleurs réprouvées.

Georges Malbrunot/ Le Figaro.fr Article original

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