Trois jeunes de 18 à 23 ans condamnés : ils ne « comprenaient » pas la portée de ce qu’ils écrivaient.

Un article entièrement rédigé dans le style de la culture de l’excuse systématique…

Les inscriptions s’étalaient, en juin, sur plusieurs mètres, près du centre-ville. Quatre jeunes viennent d’être condamnés. – barnoin

Trois jeunes gens viennent d’être condamnés pour une série de tags fascistes sur les murs de Chamalières en juin. Le plus triste, c’est qu’ils ne mesuraient pas la portée de leurs inscriptions.

Leurs tags racistes et haineux sur les murs de Chamalières, en juin, ont créé l’émoi. À la barre du tribunal de Clermont-Ferrand, trois jeunes viennent de comparaître pour apologie de crime ou délit.

Ils ont 18, 19 et 23 ans. Et sont domiciliés à Clermont-Ferrand, Sallèdes et Ceyrat (*). Pas de tatouage apparent, pas de cheveux rasés. Le parcours scolaire est bref mais il a le mérite d’exister. Et puis, il y a quelques mois, fans de hard-rock, ces trois jeunes atterrissent dans des soirées « déguisées où l’on fait des signes qui marquent très clairement l’appartenance à l’extrême droite » décrit Nadine Valiergue, la présidente de l’audience.

Des mauvaises rencontres

« Au début, c’était musique et bière. Et puis je me suis fait agresser dans la rue ». « C’était pour vous défendre que vous arboriez ces idées ? ». Il hoche la tête. « Comment est-ce que l’on passe de concert métal à l’apologie de crimes nazis ? ». « Dans les concerts, il y a de tout… ».

Poursuivie pour complicité, pour avoir fait le guet, la jeune fille de 18 ans, chemisier blanc et queue-de-cheval sage, minimise : « Je me suis laissée entraîner… ». « Est-il possible que l’on vous oblige à penser ce que vous ne voulez pas penser ? » s’étonne la présidente. Le silence en réponse est éloquent.

Le 9 juin, vers 22 h 40, la police interpelle, dans les anciens entrepôts frigorifiques de Chamalières, les trois prévenus. Dans leurs véhicules, deux bombes de peintures, une matraque télescopique, une chaîne, un couteau, des cagoules et un pistolet à douille… Oui, ils voulaient tagger. Mais « c’était pas prévu du tout d’écrire ça » répond l’un. « Je ne savais pas que j’avais marqué ça. C’est venu comme ça » ajoute l’autre.

En fait, ils baignent dans ce milieu. Dans leurs ordinateurs, les enquêteurs trouvent des photos de saluts nazis, un gâteau d’anniversaire avec une croix gammée en chocolat…

La présidente insiste : « Pour beaucoup de personne cela rappelle l’horreur, c’est choquant. » Silence à nouveau. Tous les trois disent regretter, expliquent avoir compris. « C’était de l’humour noir. Il n’y avait rien de sérieux. » Le plus âgé explique : « C’était plutôt pour leur montrer que j’étais capable d’avoir ça moi aussi. » Son grand-père maternel a été déporté à Auschwitz. « Je le savais mais j’y pensais pas. »

« C’est incompréhensible, s’exclame Hervé Lhomme, le procureur de la République. Les bras m’en tombent. » La ville de Chamalières s’est portée partie civile. Son avocate, M e Anne Marion, ne croit pas à l’erreur de jeunesse. « Ils savaient sciemment ce qu’ils faisaient ». Elle présente deux factures, presque 2.000 € et demande 1 € symbolique.

« La bête se cache derrière des visages d’anges »

Pour la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), M e Céline Bommelaer reconnaît : « On aura aimé l’inconscience collective… Mais il y a les cagoules, la chaîne, la matraque… Des inscriptions multiples et variées. Celle qui fait froid dans le dos : « On va rallumer les fours ». Cela interroge. L’inquiétude monte à la lecture de ce dossier. Ils sont dans cette revendication-là. Ils ont conscience de ce qu’ils font. Ce n’est pas tolérable. Ce n’est pas soutenable. » La Licra sollicite 3.000 € d’indemnisation.

« Effectivement, la bête se cache derrière des visages d’anges ! Des gens sont morts pour vous assurer la vie. Il y a le sens des mots, le sens des actes » leur dit, droit dans les yeux, avec puissance, Hervé Lhomme, le procureur de la République. Il requiert 500 € d’amende pour la jeune fille, 100 jours-amendes à 10 € pour l’un des garçons et six mois de prison avec sursis mis à l’épreuve pour le plus âgé. Et un stage de citoyenneté.

« Ils font plus pitié qu’autre chose »

M e Marion Libert, en défense, se lève pour l’un des garçons : « Cela paraîtrait plus simple de se dire que ce sont des fachos. Il y aurait les gentils, les méchants et on n’aurait pas besoin de réfléchir… Au moment où mon client se cherche, il dérape ». Elle évoque « un manque de conscience politique, voire une absence de conscience tout court. Une erreur de parcours. »

M e Jean-François Canis pour la jeune fille assure : « Ils font plus pitié qu’autre chose. » Il plaide une relaxe pour sa cliente : « Elle ne savait pas ce qu’ils allaient écrire mais croyait qu’ils allaient effacer les inscriptions d’autres groupes. »

Pour le dernier prévenu, M e Valérie Taussat, « il y a deux phénomènes, l’ignorance et le désarroi. C’est le socle pour rejoindre ces groupes extrémistes qui leur montrent qu’on les comprend ».

La jeune fille est condamnée à 500 € d’amende. Les deux garçons : 800 € d’amende pour l’un et 120 jours amendes 10 € pour le second.

(*) Un mineur de 15 ans a été présenté plus tôt dans l’après-midi devant le juge des enfants.

Cécile Bergougnoux
cecile.bergougnoux@centrefrance.com

lamontagne.fr Article original

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