CONFLIT
Nouvelle trêve entre régime et opposants dans un quartier de Damas.
OLJ/AFP06/01/2014

Le quartier général des jihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) à Raqa, leur fief dans le nord de la Syrie, était assiégé lundi par des rebelles qui ont lancé une offensive généralisée contre ce groupe lié à el-Qaëda.
Dans un conflit de plus en plus fragmenté, ce nouveau front oppose l’EIIL aux rebelles coalisés, deux camps qui étaient jusqu’à récemment alliés dans le combat face au régime du président Bachar el-Assad.
Le front s’est ouvert vendredi après des mois de tensions sur les deux bords sur fond de rivalités en territoire rebelle, et intervient à moins de deux semaines d’une conférence de paix de paix qui doit s’ouvrir le 22 janvier en Suisse.
A Raqa, unique capitale provinciale de Syrie échappant au régime et principal bastion de l’EIIL dans le pays, les rebelles assiègent depuis la nuit de dimanche à lundi le quartier général de ce groupe extrémiste.
« Ils sont parvenus à libérer 50 prisonniers syriens détenus par l’EIIL dans un autre bâtiment », a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Ces prisonniers sont des rebelles et des militants capturés par les jihadistes, mais les journalistes étrangers et le prêtre jésuite Paolo Dall’Oglio, enlevés par l’EIIL selon l’OSDH, ne figurent pas parmi eux.
Des centaines de militants, rebelles et simples civils sont détenus par l’EIIL dans la ville prise en mars 2013, selon l’OSDH.
Au départ bienvenu car bien organisé et armé, l’EIIL est accusé par l’ensemble des coalitions rebelles d’avoir imposé un régime de « terreur » en menant des enlèvements et des décapitations mais aussi en imposant par la force son interprétation extrême de l’islam.
‘Enfant décapité’
Ces exactions, dont le récent assassinat d’un médecin rebelle populaire, ont provoqué l’ire des insurgés, les poussant à attaquer l’EIIL dans les provinces d’Alep (nord), d’Idleb (nord-ouest), des combats qui se rapidement propagés à Raqa, faisant des dizaines de morts dans les deux camps.
Lundi, le corps d’un enfant décapité a été retrouvé près d’un siège de l’EIIL dans la région d’Idleb, selon l’OSDH. En juin, des membres de l’EIIL avaient provoqué un scandale en abattant un garçon de 15 ans accusé de blasphème à Alep.
Mais les insurgés reprochent surtout au groupe ses velléités hégémoniques en territoire rebelle.
Les principales coalitions engagées dans le combat sont le puissant Front islamique, l’Armée des Moujahidine (islamiste) récemment créée et le Front des révolutionnaires de Syrie (« modéré », non islamiste).
(Rétrospective : 2013, année la plus meurtrière du conflit syrien)
Face à cette fragmentation de ses adversaires, le régime d’Assad, qui qualifie de « terroriste » aussi bien rebelles que jihadistes, se frotte les mains. « Quand ces bandes sont sous la pression de l’armée et du manque de renforts, ils se dévorent entre eux », a commenté à l’AFP une source de sécurité. « Rien ne les unit sauf le terrorisme », a-t-elle insisté.
Formé en 2012, l’EIIL est une émanation de l’Etat islamique en Irak, qui a combattu notamment les troupes américaines.
Signe des ramifications du conflit syrien dans les pays voisins, l’EIIL a pris le contrôle la semaine dernière de la ville irakienne de Fallouja et a revendiqué un attentat suicide au Liban contre un bastion du Hezbollah, parti chiite qui combat aux côtés du régime syrien.
L’opposition ira-t-elle en Suisse ?
Un autre groupe jihadiste, le Front al-Nosra, –la branche officielle d’el-Qaëda en Syrie– a également rejoint la bataille, en particulier à Raqa, où il était depuis des mois en rivalité avec l’EIIL.
Al-Nosra était d’ailleurs lundi le principal participant au siège du QG de l’EIIL à Raqa, selon l’OSDH.
Considéré par Washington comme une organisation terroriste, Al-Nosra est formé principalement de Syriens, alors que l’EIIL compte de nombreux jihadistes étrangers dans ses rangs.
A moins de deux semaines de la conférence de paix dite de « Genève-2 », la coalition de l’opposition doit trancher dans les prochaines heures sur sa participation.
Le principal groupe au sein de la coalition, le Conseil national syrien (CNS), a déjà annoncé qu’il boycotterait la conférence, faute de garanties d’un départ du président Assad.
L’opposition en exil a reconduit dimanche pour un 2e mandat son chef Ahmad Jarba, un proche de l’Arabie saoudite, un des principaux soutiens de la rébellion.
Il s’est imposé face Riad Hijab, ex-Premier ministre du régime qui a fait défection en août et qui était présenté comme l’homme du Qatar, rival de Ryad au sein des parrains de l’opposition.
lorientlejour.com Article original
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