L’écrivain donne raison au ministre de l’Intérieur ainsi qu’au président pour leur «fermeté» face à la montée du racisme et de l’antisémitisme.Le geste de la quenelle lancé par Anelka en soutien à Dieudonné l’a ulcéré. BHL y revient longuement dans l’interview qu’il nous a accordée.
L’AFFAIRE DIEUDONNÉ
BERNARD-HENRI LÉVY. Bien entendu.
Je ne comprends même pas le débat. Ce que vous appelez les spectacles de Dieudonné ne sont pas des spectacles, mais des meetings. Et on prêche, dans ces meetings, le négationnisme, la haine des juifs, l’apologie du crime contre l’humanité – toutes choses que la loi républicaine condamne. Il y a un moment où, face à ça, face à ces bras d’honneur répétés à la République, il est du devoir de la parole publique de dire stop. Valls l’a fait, Valls a eu raison. C’est bien.
Il y a là une étrange et terrible confusion. Car il n’y a rien de commun, rien, entre le travail d’un humoriste dont la liberté d’expression et donc de provocation est effectivement sacrée, et l’entreprise d’un agitateur néonazi qui fait ouvertement campagne sur des thèmes qui ne sont pas des opinions mais des délits. Ils ne font pas le même métier. Il y a une différence de nature entre ce qu’ils nous racontent. Et, sauf à imaginer Mme Le Pen au pouvoir, il n’y a pas un juge sérieux en France qui dira : « J’ai condamné X parce qu’il insultait la mémoire des victimes de la Shoah – je vais donc condamner Y parce qu’il blague sur le ministre Truc ou Machin. »
Certains sportifs comme Anelka ou Parker ont effectué la fameuse quenelle en indiquant qu’il s’agissait à leurs yeux d’un geste antisystème. Ne faut-il pas leur accorder le bénéfice du doute ?
Tony Parker, bien sûr : l’histoire date d’il y a cinq ans et il s’en est expliqué.
Mais Anelka, c’est autre chose. Il sait qu’il exprime ainsi son soutien à un agitateur dont le programme se résume à mettre sa quenelle (sic)
« dans le fion du sionisme ». Il sait que « antisystème », chez lui comme chez son complice Alain Soral (NDLR : essayiste), veut dire « les juifs maîtres du monde ».
Et il sait qu’en soutenant cela il promeut les clichés antisémites les plus éculés mais, aussi, les plus inflammables. La Fédération de football anglaise n’a, là non plus, guère le choix. Ou bien elle sanctionne durement le milliardaire « antisystème ». Ou bien on verra, comme dans les années 2000, une épidémie de gestes et de slogans nazis dans les stades de foot anglais.
Pour le racisme, c’est évident : regardez comme le corps politique a tardé à réagir aux insultes contre la garde des Sceaux, Christiane Taubira. Pour l’antisémitisme, j’ai peur qu’il en aille de même et je suis atterré d’entendre de plus en plus de jeunes juifs se demander s’ils sont toujours les bienvenus dans un pays où l’on tolère des saluts nazis devant le Mémorial de la déportation ou en face de l’école juive toulousaine où l’on a tué quatre enfants parce qu’ils étaient juifs. Il faut arrêter cette spirale de la haine. Il faut, au-delà des « spectacles », interpeller les hébergeurs des sites de Dieudonné et de Soral. Et il faut, puisque tout cela est aussi un petit commerce juteux, avec marques déposées, querelles minables entre ayants droit, taper ces gens au portefeuille.
Le Parisien Article original
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B H L a raison