Corruption en Turquie : la Halkbank au cœur du scandale d’Etat.

De nouvelles informations sont apparues au cours de l’enquête pour l’affaire de corruption qui secoue la Turquie depuis le début de la semaine.

Cette enquête avait été lancée il y a un an après réception d’une lettre par le Bureau contre la contrebande et le crime organisé du Département de police nationale (KOM). Le texte expliquait que des terrains sur lesquels il était interdit de construire avaient été ouverts à la construction par le ministère de l’Environnement et de l’Urbanisation, ce qui avait permis à des bureaucrates de haut rang et des proches de ministres et d’industriels de réaliser des profits. Kanal D, chaîne de télévision privée turque, a dévoilé la vidéo réalisée en caméra cachée d’un ministre dont le nom n’a pas été révélé. Dans le film, l’homme politique reçoit un pot-de-vin de 1,5 millions de dollars de l’homme d’affaires irano-azerbaïdjanais, Reza Zarrab. Celui-ci a été accusé d’avoir été impliqué dans une fraude à l’exportation via l’utilisation de faux documents et aurait également accordé la nationalité turque à plusieurs étrangers, en échange de pots-de-vin avec les fils de ministres turcs.

Un intermédiaire pour les transferts d’argent entre la Turquie et l’Iran

Mais la plupart des nouvelles informations dévoilées concernent la Halkbank, impliquée dans l’affaire de corruption et qui a fait l’objet d’une descente policière le mardi 17 décembre. Après une enquête au domicile du directeur de la Halkbank, Süleyman Aslan, la police a retrouvé 4,5 millions de dollars en liquide dissimulé dans des boîtes à chaussures.

Pour de nombreux experts de médias proches du gouvernement, l’opération a révélé que la Halkbank agissait en toute indépendance et mettait en place sa propre politique. Le directeur général aurait apparemment été impliqué dans des opérations de blanchiment d’argent puisqu’il a autorisé des transferts d’argent illégaux. Depuis longtemps, la Halkbank sert d’intermédiaire en matière d’échanges entre la Turquie et l’Iran. L’Iran subit un embargo très strict mis en place par les Nations unies à cause de son programme nucléaire. Le gouvernement turc aurait permis à la Halkbank de se charger des payements concernant ses importations énergétiques depuis l’Iran. La Turquie payait des livres et non des dollars pour ses achats en énergie et l’Iran déposait l’argent dans des banques turques pour ensuite acheter de l’or. La Halkbank servait d’intermédiaire pour l’ensemble de ces transactions.

Le soutien indéfectible d’Ankara

L’économiste et banquier, Murat Yülek, a déclaré que ce réseau de relations était déjà connu de tous, ajoutant que l’ «Etat» avait demandé à la banque d’effectuer les transactions. Yülek a néanmoins insisté sur le fait qu’il connaissait très bien le directeur de la Halkbank, Süleyman Aslan, et qu’il n’était pas le genre de personne à commettre un délit tel qu’un acte de corruption ou un détournement de fonds. Malgré la pression internationale, le gouvernement a continué à soutenir la Halkbank, affirmant que l’établissement continuerait d’agir en tant qu’intermédiaire. Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays n’était que de 2,1 milliards de dollars en 2001 mais a atteint les 22 milliards de dollars en 2012, soit quasiment dix fois plus. De plus, le nombre d’entreprises iraniennes établies en Turquie a beaucoup augmenté durant cette période. L’année dernière, 590 nouvelles sociétés iraniennes se sont implantées en Turquie. Dans un entretien à Zaman, Ramazan Tas, directeur du département de l’économie de l’université technique d’Istanbul, a déclaré que l’Iran avait utilisé la Halkbank comme intermédiaire pour ses transferts d’argent qui ont atteint environ 100 milliards d’euros en deux ans et demi.

Par Ali Aslan Kiliç & Hüseyin Aydin (Ankara) et Ibrahim Türkmen & Ali Aslan Kiliç (Istanbul)

zamanfrance.fr Article original

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