Les chrétiens d’Orient ont payé un lourd tribut aux révolutions arabes.
Après l’hémorragie de la dernière décennie en Irak, c’est en Egypte et en Syrie que la situation des minoritaires chrétiens s’est le plus dégradée. Victimes des Frères musulmans et des salafistes en Egypte, ils sont pris en otage en Syrie entre le régime Assad, qui prétend les défendre contre le terrorisme, et une rébellion où montent les clans djihadistes.
Dans cette terre d’Orient, où est né Jésus-Christ il y a deux mille ans, la présence des chrétiens se réduit
Si leur nombre est aujourd’hui modeste, leur importance symbolique et politique est considérable sur cette terre où sont nés les trois monothéismes et que les conflits, depuis soixante ans, n’ont cessé d’éprouver et de déchirer.
Recevant le 21 novembre à Rome les patriarches orientaux catholiques, le pape François a déclaré :
«
Ce 25 décembre 2013 sera pourtant un nouveau Noël tragique pour cette communauté des premiers héritiers du Christ, installée dans cette région
La principale hémorragie remonte à plus loin. En Irak, les chrétiens étaient
En Egypte, en deux ans de révolution, plus d’une
L’attentat à la bombe qui a frappé une église d’Alexandrie à la Saint-Sylvestre 2010, faisant des dizaines de victimes, avait même été un facteur de
La violence des Frères musulmans
Avec la victoire des Frères musulmans, l’arrivée au pouvoir de Mohamed Morsi et la montée des courants salafistes, ce
Ils en paient aujourd’hui le prix. Dans les milieux extrémistes, ils passent pour les soutiens d’une armée égyptienne qui a repris le contrôle du pouvoir. Les attaques contre les églises, les écoles tenues par des religieux, ou contre de simples habitations chrétiennes incendiées ou saccagées, ont redoublé.
En Syrie, la communauté chrétienne (8% de la population) est l’une des plus anciennes au monde. Terre de saints, de théologiens, de moines, d’ermites, elle est un élément
Ses Eglises ont longtemps soutenu le régime alaouite de Hafez el-Assad et de son fils Bachar. Malgré l’absence d’Etat de droit, la laïcité promue par le régime leur paraissait une garantie suffisante contre les risques de stigmatisation et d’explosion communautaire. Si des leaders chrétiens ont participé dès le début à la rébellion syrienne, la hiérarchie des Eglises ne s’est jamais départie de sa loyauté et de sa soumission au régime, malgré l’ampleur de la répression et des exactions conduites par l’armée syrienne. Bachar el-Assad se prévaut d’être le défenseur des chrétiens et des minorités contre les «terroristes».
Otages d’Assad
Trois ans après l’éclatement de cette rébellion et la mort de 120.000 combattants et civils, ce soutien des chrétiens au régime Assad ne les a pas épargnés. Sur les 1,5 million de réfugiés syriens, qui survivent au Liban ou en Turquie dans des conditions de misère épouvantable, on compterait 450.000 chrétiens. Comme hier en Irak —où les chrétiens avaient été aussi longtemps fidèles à Saddam Hussein—, les enlèvements, les massacres, les attaques contre des lieux saints, les menaces d’exil et d’élimination sont devenus
Depuis avril 2013, on est sans nouvelles de deux évêques, Boulos Yazigi, grec-orthodoxe, et Yohanna Ibrahim, syrien-orthodoxe, enlevés au nord d’Alep, alors qu’ils menaient une mission de médiation pour la libération de deux prêtres kidnappés par des groupes islamistes. En août, c’était au tour du père jésuite italien Paolo Dall’Oglio, figure de la résistance chrétienne au régime Assad, d’être enlevé alors qu’il tentait d’obtenir la libération d’otages syriens et occidentaux à Rakka.
Le groupe islamiste EILL (Etat islamique en Irak et au Levant), le plus violent et le plus sectaire, multiplie les exactions contre les chrétiens syriens, comme il avait commencé de le faire en Irak où il est né. En octobre, 3.000 personnes ont été assiégées dans le village chrétien de Sadad, à une centaine de kilomètres au nord de Damas, où s’est ouvert un nouveau front opposant l’armée aux milices islamistes. Depuis décembres, celles-ci contrôlent aussi la ville chrétienne de Maaloula, à cinquante kilomètres de Damas, célèbre dans tout le monde chrétien parce qu’on y parle encore l’araméen, qui était la langue parlée par le Christ en Palestine. Douze religieuses orthodoxes de Maaloula, de nationalité syrienne et libanaise, ont été enlevées début décembre.
Pris entre le marteau chiite et l’enclume sunnite
Les chrétiens syriens, comme leurs voisins du Liban, également déstabilisés par cette guerre, appellent de leurs vœux les négociations sur l’avenir de la Syrie, qui devraient s’ouvrir en janvier à Genève. Ils ont craint la menace d’attaques aériennes contre le pays, brandie par les Etats-Unis et la France, et approuvé le lancement du processus visant à une destruction de toutes les armes chimiques trouvées sur le sol syrien. Pour le moment, soutenus par le pape François, ils réclament un cessez-le-feu garanti par une autorité internationale.
Selon le chercheur
Dans tous ces pays, les chrétiens ont misé sur la coexistence des communautés, passant au besoin des compromis avec les dictatures en place. Ils se sont trompés. Le «croissant chiite» progresse, marqué par une prolifération de partis qui font allégeance à l’Iran. En face, c’est le wahabbisme saoudien qui structure
Henri Tincq
slate.fr Article original
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