L’année 2027 sera celle de tous les bouleversements en France et en Europe.

La France, l’Espagne et l’Angleterre changeront leur gouvernance, mais se donneront également de nouvelles priorités inspirées par une politique de droite clairement assumée. Ces pays rejoindront d’autres États européens qui refusent la doxa de gauche et la combattent. L’Europe cessera de vivre selon les schémas éthérés d’une gauche qui, depuis soixante ans, aurait œuvré au déclin de l’Occident en mettant en place une politique de décroissance éthique, économique, sociale et démographique.

Cette révolution inquiète au plus haut point les tenants de cette nomenklatura en fin de vie que constituent les partis traditionnels, ainsi que les milieux médiatiques et culturels. Vivant selon les principes du capitalisme tout en tenant, de manière hypocrite, un discours destiné à se donner bonne conscience afin de mieux duper les classes populaires, la bourgeoisie de gauche se rétrécit par le bas, c’est-à-dire que les couches populaires s’en détachent après avoir compris à quel point elles ont été manipulées par des gens sans scrupules. On se souvient encore de ces auteurs à succès qui vantaient la pédophilie dans des émissions littéraires à grande audience et qui ne sont pas sans lien avec les scandales de pédophilie de la Ville de Paris.

C’est tout ce monde-là qui va se battre bec et ongles pour essayer de maintenir ses privilèges. La gauche institutionnelle, les Verts et le centre vont faire bloc avec leurs médias (Le Monde, Libération, L’Humanité, sans compter les médias d’État).

La révolution est en marche.

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Ce jeudi 10 juillet, la crainte des Européens de voir la deuxième économie de la zone euro dirigée par Marine Le Pen, une présidente en conflit avec les institutions européennes et porteuse d’un programme économique très flou, a été évoquée par Raphaël Legendre dans son édito, dans l’émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l’émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

 

POUR TOUT COMPRENDRE

La cour d’appel de Paris a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires des députés européens alors Front national. La peine est de trois ans d’emprisonnement, dont un ferme aménageable — sous bracelet électronique à son domicile —, 100 000 euros d’amende et 45 mois d’inéligibilité (dont 15 ferme purgés au 1er juillet 2026). Le pourvoi en cassation qu’elle a formé devrait suspendre son application, elle peut donc mener campagne librement. Elle est pleinement dans son droit. C’est justice.

Il peut toutefois être considéré comme déni ou mépris de justice d’être condamnée à deux reprises dans une même affaire de détournement de fonds publics et de prétendre présider la République. La justice constituant l’un de ses piliers régaliens, l’exemplarité sinon morale, au moins judiciaire, du prochain (ou de la prochaine) locataire de l’Élysée est cardinale.

En peine de moyens et plombée de dysfonctionnements régulièrement décriés, la justice chancellera davantage d’être sous la coupe d’une cheffe d’État en sursis judiciaire. Plus grave, le crédit, voire la légitimité de la justice aux yeux de l’opinion publique vacilleront un peu plus ; c’est la force du « populisme souverainiste », c’est-à-dire la parole du peuple plus souveraine que celle du droit et des institutions démocratiques. Avec dans ce cas précis un fâcheux dégât collatéral : celui de minimiser les délits financiers, en l’occurrence ceux qui mobilisent des fonds publics, qui plus est européens destinés à l’exercice politique, trois éléments déjà fortement dégradés.

La Cour de cassation affirme être prête à statuer avant le premier tour, fixé au 18 avril 2027. Cela nonobstant les probables manœuvres dilatoires — dépôts de mémoires, de questions prioritaires de constitutionnalité, etc. — de la défense afin de congestionner l’agenda et de retarder l’échéance au-delà du scrutin. En cas de rejet du pourvoi et donc de confirmation de la peine d’appel, les scénarios sur le calendrier de sa mise en œuvre — convocation du juge d’application des peines, etc. — demeurent sibyllins et feront peser sur la campagne et son issue une pesante hypothèque. Les magistrats sont saisis d’une immense responsabilité : ce calendrier déterminera ce qui, entre l’application du droit et la liberté octroyée aux citoyens de voter pour la favorite des sondages, doit primer.

« Libérez Marine Le Pen ! »
« Les Français vont avoir la liberté de choisir », a d’ailleurs déclaré Marine Le Pen dans les heures qui ont suivi l’annonce. Justice ou peuple. Justice contre peuple. Et même justice ennemie du peuple. C’est ce leitmotiv que Marine Le Pen et ses séides vont désormais plaider. Sa décision d’être candidate peut être assimilée à un bras d’honneur à la justice. La présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale signifie là que sa légitimité de potentielle présidente de la République est supérieure aux propriétés morales et démocratiques de la justice, que son ambition personnelle pour les Français est toute-puissante jusqu’à altérer l’intérêt des Français, que rien ne doit entraver l’épanouissement de son hubris.

Cette décision est un pas de plus dans le défi populiste lancé contre la justice et l’état de droit. Ce n’est pas nouveau. Depuis l’installation de Donald Trump à la Maison-Blanche, la guerre que « le » politique mène contre eux s’est mondialisée. Et, surtout, normalisée. Il existe bel et bien une « Internationale » de la guérilla contre l’état de droit.

Souvenons-nous : le 30 mars 2025, le tribunal correctionnel condamnait Marine Le Pen en première instance à quatre ans de prison, dont deux ferme (aménageables avec un bracelet électronique), à une amende de 100 000 euros et à l’inéligibilité pour cinq ans, la peine pour « détournement de fonds publics » étant soumise à l’exécution provisoire.

Elle déclarait que « “le système” a[vait] sorti la bombe nucléaire », Laurent Wauquiez, François-Xavier Bellamy (LR) ou Éric Ciotti volaient à son secours, et, au-delà des frontières, le déluge des soutiens dessinait cette véritable « Internationale » qui débutait en Amérique du Sud — « Persécution ! » (l’ex-président brésilien Jair Bolsonaro) —, traversait l’Europe — « Je suis Marine ! » (Viktor Orbán, alors premier ministre de la Hongrie) ; « Je suis choqué » (le Hollandais Geert Wilders) ; « Déclaration de guerre de Bruxelles » (Matteo Salvini, ministre et vice-président du Conseil présidé par Giorgia Meloni) ; « La voie vers un nouveau totalitarisme » (Björn Höcke, AfD) — et atteignait… la Russie — « Signe de l’agonie de la démocratie libérale » (ministère russe des Affaires étrangères).

Outre-Atlantique, Elon Musk a dégainé le premier — « cet abus du système judiciaire […] aura un retour de bâton » —, et Donald Trump lui a emboîté le pas, comparant la situation de la cheffe du RN à la sienne, tous deux victimes d’un acharnement judiciaire et « d’une chasse aux sorcières » destinés à disqualifier le favori des élections présidentielles. « LIBÉREZ MARINE LE PEN ! » claironnait-il. Autant de clameurs destinées à humilier la justice.

Quinze mois plus tard, et largement relayées dans les « médias Bolloré » (JDD, JDNews, CNews, Europe 1), les premières réactions populistes célèbrent la nouvelle et enflamment la joute contre la justice, comme l’illustrent en chœur Éric Zemmour — « Il est sain que ce soit aux Français de trancher et non aux juges » — et l’Italien Matteo Salvini se réjouissant « que la parole passe de la justice aux citoyens ». La liberté individuelle contre « le système », la liberté « du peuple » sacralisée pour justifier la rupture de la primauté du droit, poutre maîtresse de la République.

On ne compte plus les actions déployées par Donald Trump pour braver l’état de droit dans le monde. Arrestation du Vénézuélien Maduro, visées sur le canal de Panama et le Groenland, guerre contre l’Iran, quasi-affranchissement des instances onusiennes, chantage auprès de ses partenaires de l’OTAN, etc.

Sur son sol, ce qu’il entreprend pour anéantir l’indépendance et les moyens des institutions régissant l’état de droit — donc la démocratie — devient incomptable. Sa guerre permanente contre la justice — assaut du Capitole, scandale Stormy Daniels, etc. — et celle, obsessionnelle, contre les juges fédéraux — ces « monstres qui veulent que notre pays aille en enfer » — en sont l’emblème, mais sa dérive illibérale sévit dans bien d’autres domaines (science, environnement, éducation, santé, information, etc.).

Cette stratégie trumpienne du rapport de force contre les tenants de l’état de droit — et même, complotiste, contre un fantasmé « État profond », sorte de réseau parallèle concentrant les décisions — s’est ramifiée jusqu’en Europe. L’état de droit ne peut pas être un obstacle à l’accomplissement de l’ambition politique, veulent faire valoir Donald Trump et Marine Le Pen. Le premier a totalement libéré la parole et donc le « droit des armes » contre l’état de droit, et les figures populistes de l’Europe, tout en prenant soin d’adapter leur dialectique aux spécificités culturelles et politiques de leurs pays, le calquent.

En défiant l’autorité supérieure à laquelle ils sont censés s’assujettir, l’un et l’autre exhibent une force et une détermination — leurs partisans encenseront leur « courage » — que l’état du monde économique, climatique, militaire rend populaires. Ils ont assimilé ce que Jean-Marie Le Pen avait théorisé en 1995 : « Toute persécution ressoude toujours autour de moi. » Ces mantras ont consacré Trump en novembre 2024, ils pourraient profiter à Marine Le Pen au printemps prochain.

Ainsi est l’élection présidentielle, excessivement personnifiée. En bravant la justice et l’état de droit qui enrayent leurs désirs, ils veulent signifier qu’ils sont le porte-voix de chaque citoyen s’en estimant victime. Et leur rhétorique est ciselée. Celle de Marine Le Pen, sensiblement moins outrancière, ne peut pas être mesurée à celle de Trump, mais n’en est pas moins efficace pour elle et dévastatrice pour la démocratie, déjà abîmée.

« Marine est condamnée ? Et alors ? Ça ne me dérange pas », répond, en substance, son socle électoral. Le recours judiciaire de Marine Le Pen convoque un récit manipulatoire auprès de l’opinion publique, dont une partie ne saisit pas les conséquences délétères sur la démocratie. Peut-être le plus sournois poison qui a commencé de suinter.

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