La démonstration de force d’Erdogan au sein de l’OTAN 

Le sommet de l’OTAN , les 7 et 8 juillet à Ankara s’annonce comme bien plus qu’une réunion diplomatique. Pour Recep Tayyip Erdogan, il représente une scène idéale : celle où la Turquie entend montrer qu’elle n’est plus seulement un allié difficile, mais un acteur central de la sécurité occidentale. Dans la capitale turque, les autorités préparent un dispositif exceptionnel, avec les dirigeants des 32 pays membres de l’Alliance, plusieurs États invités, des milliers de journalistes et plus de 56 000 membres des forces de sécurité mobilisés. Une mise en scène de puissance qui n’échappe pas à Israël.

Le contexte est particulièrement tendu. L’OTAN arrive à Ankara divisée entre une administration américaine plus brutale envers ses alliés européens et des capitales du continent décidées à ne plus dépendre entièrement de Washington. Les désaccords sur l’Ukraine, les dépenses militaires, la présence américaine en Europe ou encore la guerre contre l’Iran ont profondément abîmé le climat transatlantique. Les Européens ont accepté de relever fortement leurs budgets de défense, mais cela n’a pas suffi à effacer la méfiance. Derrière les discours d’unité, chacun mesure désormais le prix d’une Alliance dans laquelle l’engagement américain paraît moins automatique qu’autrefois.

C’est dans cette brèche qu’Erdogan avance ses pions. La Turquie possède la deuxième armée de l’OTAN après celle des États-Unis, contrôle une position stratégique entre Europe, mer Noire, Caucase et Moyen-Orient, et développe depuis plusieurs années une industrie de défense de plus en plus exportatrice. Ses drones, ses blindés, ses systèmes navals et son futur avion de combat KAAN donnent à Ankara une autonomie croissante. La perspective d’une vente américaine de moteurs F-110 pour ce programme, estimée à plus de 700 millions de dollars, illustre ce retour en grâce. La possible réouverture du dossier des F-35, dont la Turquie avait été exclue après l’achat de systèmes russes S-400, ajoute une dimension encore plus sensible.

Le paradoxe est frappant : alors que Donald Trump multiplie les tensions avec plusieurs dirigeants européens, il affiche une relation beaucoup plus chaleureuse avec Erdogan. Cette proximité ne signifie pas que la Turquie s’aligne docilement sur Washington. Au contraire, Ankara utilise son poids militaire, son rôle régional et ses capacités industrielles pour parler à tous les camps. Les Européens, inquiets d’un désengagement américain, courtisent eux aussi la Turquie, malgré les critiques récurrentes sur les libertés publiques, l’opposition et la presse. À l’approche du sommet, l’interdiction de manifestations et les restrictions visant certains journalistes rappellent que la puissance turque s’accompagne aussi d’un durcissement intérieur.

Pour Israël, cette montée en puissance est préoccupante. Les relations avec Ankara se sont encore détériorées, sur fond de guerre à Gaza, de tensions régionales et d’attaques verbales de plus en plus directes. Les déclarations récentes du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, accusant Israël d’être devenu un problème pour la communauté internationale, ont renforcé l’inquiétude à Jérusalem. En réponse, la décision israélienne d’avancer vers une reconnaissance officielle du génocide arménien apparaît comme un signal politique adressé à Ankara, même si son calendrier lui donne aussi une portée diplomatique très calculée.

Le sommet d’Ankara devrait donc mettre en scène deux réalités contradictoires. L’OTAN veut afficher son unité, mais ses fractures restent profondes. La Turquie veut se présenter comme un pilier de l’Alliance, tout en poursuivant une politique de puissance indépendante. Pour Israël, le message est clair : Erdogan n’est plus un acteur périphérique de l’OTAN. Il cherche désormais à en devenir l’un des arbitres.

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