Le projet Israël-Chypre-Grèce qui inquiète la Turquie
Un projet ambitieux de câble électrique sous-marin de 1200 kilomètres, destiné à connecter Israël, Chypre et la Grèce au réseau électrique européen, est aujourd’hui en péril en raison des objections de la Turquie. Ce câble, l’un des plus longs et profonds au monde, est en phase avancée, avec une analyse coûts-bénéfices attendue sous peu pour le tronçon Israël-Chypre. Cependant, Ankara refuse de reconnaître les frontières économiques maritimes dans la région, contestant la souveraineté des eaux autour des îles grecques selon le droit international. La Turquie ne fait pas partie des conventions internationales sur le droit maritime et revendique un contrôle étendu sur la Méditerranée orientale, l’Égée et la mer Noire, menaçant ainsi les droits légitimes de la Grèce, notamment en matière de pêche, d’exploitation énergétique et d’infrastructures sous-marines.
Cette posture turque a déjà eu des conséquences concrètes : l’an dernier, malgré une zone maritime fermée par la Grèce pour permettre la pose du câble près des îles Kasos et Karpathos, des menaces turques ont freiné les opérations. Le navire italien NG Worker, chargé du déploiement, a essuyé plusieurs refus d’accès, et la crainte d’un affrontement militaire direct a conduit Athènes à la prudence. Cette situation illustre la complexité des enjeux géopolitiques dans une région où les eaux sont très disputées et où la doctrine turque dite « Blue Homeland » affirme que la mer est aussi vitale que la terre pour Ankara.
Pour Israël, l’enjeu est stratégique. Actuellement autonome sur le plan électrique, le pays bénéficierait grandement d’une interconnexion régionale et européenne, renforçant la sécurité énergétique et la résilience face aux menaces, notamment dans un contexte de tensions croissantes avec l’Iran. Le projet s’inscrit aussi dans une dynamique plus large de coopération militaire entre Israël, la Grèce et Chypre, qui envisagent la création d’une force de réaction rapide pour contrer les actions turques dans la zone. Ce partenariat souligne l’importance croissante de la sécurité énergétique et maritime dans les relations diplomatiques et militaires de la Méditerranée orientale.
Ce projet de câble sous-marin, bien qu’avancé, reste suspendu à l’évolution des tensions régionales. La Turquie, par sa contestation des droits maritimes et ses actions sur le terrain, complique la réalisation d’une infrastructure essentielle pour la sécurité énergétique d’Israël et de ses partenaires. La suite dépendra des négociations diplomatiques et de la capacité des pays impliqués à gérer ce différend sans escalade militaire, dans un contexte où la stabilité de la région est plus que jamais fragile.
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