Refus d’obtempérer, cannabis, ancien professeur dans un lycée… Nos révélations sur Samuel G., principal suspect dans la disparition de Lina.
Bipolaire depuis sa jeunesse, cet homme de 43 ans s’est suicidé le 10 juillet, dix mois après la disparition de l’adolescente.
Alors que les recherches pour retrouver le corps de Lina restent vaines, le nom d’un homme revient sur toutes les lèvres. Samuel G., 43 ans, s’est pendu dans son appartement à Besançon le 10 juillet dernier. Au début de l’année, le quadragénaire a été contrôlé dans le sud de la France au volant d’une voiture volée en Allemagne après avoir tenté d’échapper aux douaniers. Auditionné pour ce vol, il était ressorti libre dans l’attente de son jugement, tandis que le véhicule a été immobilisé dans une fourrière.
Bipolaire et consommateur de cannabis
Élodie* a fait la connaissance de Samuel G. sur «Facebook Rencontres» en mars 2023. Une relation débute entre cette femme et le quadragénaire, père de deux enfants et professeur de menuiserie dans un lycée professionnel de Besançon.
«Au début tout se passait bien. Au bout de deux mois, il est venu habiter chez moi parce qu’il s’était pris la tête avec ses parents. J’ai vu l’envers du décor», explique Élodie au Figaro. Elle découvre alors un homme très instable, diagnostiqué bipolaire depuis qu’il a 21 ans. «Ce n’était pas facile tous les jours. Il ne dormait pas la nuit. Sa bipolarité, c’était beaucoup de la dépression. Quand il n’était pas bien, il disparaissait», décrit Élodie, tout en précisant que Samuel n’a «jamais été violent» avec elle.
Elle évoque un basculement chez lui en juin 2023 lorsque plusieurs événements surviennent de manière concomitante : une «prise de tête avec son père qui l’a beaucoup remué», des tensions avec son ex-compagne qui lui «interdit» de voir ses deux garçons, l’arrêt de ses médicaments contre la bipolarité… Gros consommateur de cannabis depuis ses 13 ans, Samuel G. commence à «vriller».
Départs mystérieux et parcours délinquant
Ce mois-là, l’ex-commercial quitte le domicile conjugal à pied, puis disparaît pendant une quinzaine de jours en Espagne avant de revenir. Rebelote le 18 août 2023. Le père de famille s’éclipse «sans rien», ni téléphone, ni carte bleue, ni pièce d’identité. «Cette fois-ci, il m’a volé 5000 euros. Et il nous a laissé une lettre de suicide à moi et à sa mère», explique Élodie. La jeune femme l’ignore, mais une semaine plus tard, Samuel G. arrache le sac à main d’une nonagénaire puis, armé d’un couteau, vole une liasse de billets à la caisse d’une supérette. Placé sous contrôle judiciaire, il devait comparaître pour ces faits devant le tribunal correctionnel de Besançon le 22 juillet dernier.
À partir du 18 août 2023, Samuel G. disparaît des radars. Le professeur de menuiserie ne se présente pas à la reprise des cours début septembre. À près de 200 kilomètres de là, Lina se volatilise le 23 septembre 2023. Ce jour-là, en fin de matinée, l’adolescente de 15 ans quitte à pied le domicile de sa mère situé à Plaine (Bas-Rhin) en direction de la gare de Saint-Blaise-la-Roche, à environ trois kilomètres, où elle doit prendre un train express régional (TER) à 12h03. Vêtue d’une robe grise et d’une doudoune blanche, Lina longe une départementale qui traverse la forêt. Son téléphone cesse d’émettre à 11h22. Hypothèse privilégiée depuis le départ par les proches de Lina comme par les enquêteurs : la jeune fille est montée de gré ou de force dans un véhicule. Samuel G. était-il au volant ce samedi-là ? A-t-il proposé à l’adolescente de la déposer à la gare ? Que faisait-il dans le secteur ? Autant de questions qui resteront probablement sans réponse.
Désormais séparée de Samuel G., Élodie le voit furtivement réapparaître en bas de chez elle en octobre puis en décembre 2023. Durant leurs brefs échanges, Samuel G. lui explique qu’il «squatte à droite et à gauche», parfois chez une prostituée. «Il avait une tente et vivait dehors comme un SDF. Il se débrouillait comme il pouvait», décrit Élodie. À aucun moment il ne lui parle de Lina.
Un refus d’obtempérer à bord du véhicule où l’ADN de Lina a été retrouvé
Élodie, qui avait porté plainte contre Samuel G. après le vol de ses 5000 euros, reçoit un appel de la police en janvier 2024. Le Bisontin vient d’être interpellé. Le 6 janvier, vers 17h45, le père de famille a tenté de semer les douaniers qui voulaient le contrôler sur l’aire de repos de Sigean (Aude). Sous l’emprise de la cocaïne, il était au volant d’une Ford Puma volée en Allemagne. Il s’agit du véhicule dans lequel l’ADN de Lina a ensuite été retrouvé par les gendarmes.
«Ils font face au refus du conducteur qui poursuit sa route en roulant à vive allure et en prenant tous les risques pour les semer (force à plusieurs reprises les barrières des péages, traverse trois voies en manquant de percuter un camion, finit sa course en heurtant un véhicule des douanes)», décrit un document du tribunal correctionnel de Narbonne que nous avons pu consulter en exclusivité.
Jugé le 22 janvier 2024, Samuel G. est condamné à une peine de 15 mois de prison assortie d’un sursis probatoire pendant deux ans et d’une injonction de soins. «Il démontre à l’audience une conscience de l’irresponsabilité de son comportement qui a placé de nombreuses personnes en danger. Ses regrets à l’audience apparaissent sincères et il explique son passage à l’acte par la traversée d’une période de vie compliquée, après plusieurs déceptions et l’arrêt de son traitement contre une bipolarité ancienne», relève le tribunal.
Problèmes psychiatriques et vie chaotique
La justice note que Samuel G. «a déjà été hospitalisé plusieurs mois en psychiatrie mais n’a plus de suivi ni de traitement depuis l’été 2023, où il est descendu, sans but particulier, vivre dans le sud de la France». Le document du tribunal aborde sa situation précaire et chaotique : «Actuellement sans domicile fixe et sans ressources, il fait la manche pour acheter de la nourriture, de la drogue (cocaïne) et de l’essence. À l’audience, il dit sa volonté de se reprendre en main, notamment pour revoir ses enfants. Il souhaite retourner à Besançon, reprendre des soins réguliers et retrouver rapidement un travail». Depuis juillet 2023, Samuel G. disposait d’un appartement à Besançon qu’il devait remettre aux normes.
Élodie a vu Samuel G. pour la dernière fois quelques jours après le verdict «quand il est venu récupérer son vélo dans mon garage». «Sans son traitement, on voyait bien qu’il n’avait plus de cohérence. Quand on parlait avec lui, il avait les idées qui partaient dans tous les sens», dépeint-elle, laissant deviner un homme aux abois.
Élodie a appris le suicide de son ancien compagnon tout récemment par la presse. «Je me suis dit : ’c’est étrange parce qu’il a déjà dit plusieurs fois dans des lettres qu’il allait se suicider mais il ne l’a pas fait pas. Et là tout d’un coup il le fait’». Croit-elle qu’il aurait pu tuer la jeune Lina ? «Ça ne me paraît pas possible mais en attendant il a été capable de voler une voiture, de foncer sur des douaniers, ça fait peur…. Si c’est vraiment lui qui a fait ça, il aurait pu le faire avec moi», imagine-t-elle avec effroi. «J’espère que les parents de Lina en sauront plus et que les gendarmes pourront trouver quelque chose. Quelle horreur pour des parents de ne pas savoir où est son enfant», conclut Élodie. Les fouilles pour retrouver Lina doivent reprendre ce jeudi dans les Vosges.
*Le prénom a été modifié.
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