Les Boycotts (BDS) universitaires devraient être dirigés contre la Turquie et les Palestiniens, pas avec Israël
Cet article a été initialement publié dans The Algemeiner sous le titre « BDS est méprisable, mais les boycotts universitaires ont leur place ».

Les boycotts universitaires, correctement compris et employés, constituent un moyen efficace d’isoler et de stigmatiser les universités et autres institutions soutenant des régimes autoritaires (comme la Turquie d’Erdogan) ou qui fournissent une plate-forme pour diffuser de la propagande pro-terroriste (comme dans les universités An-Najah ou Birzeit sur la rive occidentale du Jourdain -Judée-Samarie). En refusant de reconnaître la légitimité des universités contrôlées par des régimes qui nient les libertés fondamentales (universitaires et humaines), les boycotteurs sapent les systèmes corrompus et apportent un soutien moral aux universitaires qui luttent pour leurs droits et même leur vie.
Mais tous les boycotts ne sont pas défendables. Le mouvement universitaire BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) contre Israël fournit l’exemple le plus évident d’un acte injuste se faisant passer pour un activisme de moralité élevée.
Contrairement à ce que prétendent les partisans du BDS, Israël est un État libre et démocratique avec une représentation égale pour tous les citoyens, indépendamment de leur origine religieuse ou ethnique. Les universités israéliennes, loin de souffrir sous le contrôle de l’État ou des partis, abritent certains des critiques les plus sévères d’Israël, qui sont libres de condamner ou de louer les gouvernements et les chefs religieux, voire de remettre en question la légitimité de l’existence d’Israël. Ils sont tout sauf des outils de l’État dont la subsistance et la liberté dépenderaient du fait de louer le gouvernement ou de censurer ses opinions.
À la lumière de ces faits bien connus, les partisans du BDS révèlent leurs motivations antisémites de multiples façons, notamment en désignant Israël comme le seul État juif au monde à être condamné, tout en fermant les yeux sur de véritables auteurs d’atteintes aux droits humains telles que l’Iran, l’Arabie saoudite, la Corée du Nord, Cuba et la Chine. Les fausses affirmations de BDS sur l’histoire israélienne – qui nient la longue et vibrante histoire des anciens Hébreux et prétendent que les Israéliens sont des « colonisateurs » européens comparables aux nazis – révèlent également leur antisémitisme.
Cependant, ces abus n’invalident pas le principe des boycotts académiques en tant que tels. L’opposition générale au boycott ignore délibérément la corruption intellectuelle et morale d’institutions universitaires dans des pays contrôlés par des régimes autoritaires. Ce refus repose sur un relativisme moral qui traite tous les régimes et leurs systèmes universitaires de la même manière, indépendamment de la légitimité de l’entreprise universitaire d’un pays.
Loin de défendre courageusement la liberté académique, les présidents d’université et d’autres opposants à tous les boycotts académiques évitent de prendre des décisions difficiles et potentiellement impopulaires au cas par cas. Malheureusement, notre époque n’est pas la première époque dans laquelle les dirigeants universitaires américains ont privilégié l’opportunité au détriment de la justice et se sont cachés derrière le cri de « liberté académique ».
Dans leur honteux échec pour condamner la nazification des systèmes d’enseignement supérieur allemands après l’accession au pouvoir de Hitler en 1933, l’élite universitaire américaine – présidée par Nicholas Murray Butler et James Bryant Conant, respectivement présidents de Columbia et Harvard – dissimulait son antisémitisme par de hautes déclamations sur la défense de la liberté académique et cela sonnerait un air conu aujourd’hui. En dépit de l’odieux « processus de purification » qui légalisait le licenciement de Juifs et d’opposants politiques dans les universités allemandes, ainsi que des reportages quotidiens sur la persécution des Juifs dans toute l’Allemagne, Butler, Conant et de nombreuses autres personnes, qui entretenaient des liens avec leurs homologues allemands, ont accueilli des responsables nazis sur leurs campus, parrainé des échanges universitaires avec des universités allemandes et réprimé activement les demandes de boycott de la part d’étudiants et d’enseignants contre les anciennes institutions universitaires allemandes.
Une situation analogue existe aujourd’hui en Turquie, où un « nettoyage » des universités inspiré par les islamistes s’est produit depuis la tentative de coup d’État de juillet 2016. Le régime du président Recep Tayyip Erdogan a renvoyé plus de 5 000 universitaires et plus de 33 000 enseignants et en a emprisonné des milliers d’autres. Beaucoup ont été accusés d’avoir des liens avec le mouvement Gülen, qui fait partie d’un réseau associé au chef spirituel exilé et ancien allié d’Erdogan, Fethullah Gülen. En conséquence, les islamistes soutenus par le gouvernement contrôlent les universités turques, où tous les laïcs ou modérés restants doivent faire profil bas sous peine de résiliation ou d’emprisonnement.
Pourtant, de nombreux professeurs américains d’études sur le Moyen-Orient imitent les universitaires de l’ère de la Dépression, dans leur refus de reconnaître la persécution de leurs collègues par un tyran. En octobre dernier, des spécialistes d’universités d’élite, notamment Columbia, Georgetown, UNC-Chapel Hill et UC-Berkeley, se sont réunis pour la deuxième conférence internationale sur la oumma musulmane à l’université Sabahattin Zaim d’Istanbul. Le président de la conférence était Sami Al-Arian, qui a plaidé coupable d’avoir aidé le Jihad islamique palestinien, une organisation terroriste désignée par le Département d’État, alors qu’il enseignait à l’université de Floride du Sud (et qui a ensuite été expulsé vers la Turquie et enseigne maintenant à Sabahattin Zaim). Cela n’a dérangé personne.
Rien n’a, non plus, dissuadé les Américains et les autres Occidentaux de participer à une précédente conférence d’Istanbul parrainée par le Forum Al Sharq, un mouvement défenseur de l’islamisme, des Frères musulmans et des dirigeants turcs. En octobre 2016, des universitaires de Harvard, dans le Michigan, et de l’UNC-Chapel Hill se sont réunis pour entendre des conférences approuvées par le régime, notamment celle du porte-parole d’Erdogan, Ibrahim Kalin, qui a obtenu son doctorat en études islamiques de l’Université George Washington et qui est devenu membre principal de l’Université de Georgetown.
Les participants aux deux conférences ne se sont pas rendus à Istanbul pour dire la vérité devant le pouvoir en critiquant la brutalité d’Erdogan et en contestant la légitimité de ses actions. Au lieu de cela, ils ont ignoré la destruction continue de la liberté académique par leur hôte et, lors de la conférence de 2018, ont sévèrement critiqué Israël, les États-Unis et l’Occident. Leur présence a offert une légitimité aux violations des droits académiques par la Turquie, tout en ignorant le sort tragique de leurs collègues languissant en prison ou souffrant du chômage et de l’exil interne.
Excuser l’inexcusable était également l’objectif d’un protocole d’accord signé par l’Université d’État de San Francisco (SFSU) avec l’Université An-Najah sur la Rive occidentale du Jourdain. Ce mémorandum a été signé par le militant anti-israélien de toujours Rabab Abdulhadi, directeur de l’Initiative sur les ethnies et les diasporas arabes et musulmanes de la SFSU, malgré ses liens indéniables avec les membres du Hamas et les terroristes. La SFSU a également conclu des accords avec l’Université de Bir Zeit, une autre école de la Rive occidentale du Jourdain regorgeant de partisans du Hamas. De tels arrangements institutionnels avec les universités américaines servent à normaliser les atmosphères radicales, antisémites et pro-terroristes dans ces écoles.
Les dirigeants universitaires américains peuvent éviter les erreurs de leurs prédécesseurs des années 1930 en s’attaquant d’abord à la moralité (ou à l’immoralité) de tout effort de boycott individuel, y compris les mensonges et la haine qui animent le BDS, et en coupant les liens avec des institutions qui ont cessé d’exister, (si jamais elles l’ont été un jour), comme des centres indépendants d’enseignement supérieur.
Les universitaires dissidents victimes de persécutions massives – et non les laquais qui dirigent à présent les universités en Turquie – méritent le soutien de leurs collègues américains. En Cisjordanie/ territoires palestiniens, les universités devenues des nids de frelons des partisans terroristes doivent être dénoncées pour leur corruption systémique et leur culture du sectarisme. En refusant d’apporter leur soutien moral et intellectuel, les universitaires américains (et du monde dit « libre » en général) peuvent porter un coup dur aux régimes pervers et aux établissements universitaires qui les soutiennent, tout en dévoilant les sombres motivations des partisans du BDS.
Winfield Myers
The Algemeiner
Winfield Myers est directeur des affaires académiques et directeur de Campus Watch , un projet du Middle East Forum.
Adaptation : Marc Brzustowski
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