
L’enseignant juif de Marseille condamné pour avoir inventé son agression
Cinq jours après les attentats du 13 novembre de l’année dernière, Tsion Sylvain Saadoun avait rapporté avoir été la cible d’une agression violente dans le 13e arrondissement de Marseille. Le tribunal correctionnel de Marseille vient de le condamner à six mois de prison avec sursis, pour dénonciations mensongères.
En novembre dernier, ce professeur d’histoire géographie à l’école Yavné racontait alors aux enquêteurs : « Je venais de quitter la maison pour me rendre à l’un de mes cours, en chemin, 2 jeunes qui circulaient sur un scooter, s’approchent de moi et me demandent un renseignement sur une rue quelconque. Je leur ai expliqué où elle se trouvait. Puis ils m’ont demandé si j’étais juif ou musulman, c’est alors qu’ils m’ont projeté au sol et m’ont montré la photo du terroriste de Toulouse Mohamed Merah, sur leur téléphone portable. C’est alors que j’ai aperçu sous le manteau, l’un d’eux portait un tee-shirt de Daesh. Ils m’ont dit, maintenant, on va te torturer et te tuer. Un troisième homme est arrivé et a commencé à nous filmer pendant que les deux autres me frappaient aux jambes et aux bras. Ils ont pris peur, lorsqu’une voiture s’est approchée, c’était un miracle ».
Le problème, c’est que les policiers ont rapidement des doutes sur la véracité des propos de l’enseignant de l’école Yavné. « La vérité, c’est qu’il n’a pas été agressé comme il le dit », a asséné le procureur André Ribes, pointant les doutes émis par toutes les personnes impliquées dans le dossier, pompiers, policiers, médecins, experts et insistant sur le sérieux de l’enquête menée par le parquet dans un contexte tendu après les attentats parisiens. « Je n’ai jamais vu des blessures réelles à l’arme blanche comme celles-là », a encore lancé le représentant du ministère public, évoquant des problèmes conjugaux comme possible mobile du mensonge de l’enseignant. Selon l’accusation, le couple était en passe de se séparer et cette auto-agression visait à récupérer son épouse, « un peu comme les gosses qui pensent : si j’ai mal à la tête, maman va s’occuper de moi ».
Le professeur a pourtant maintenu devant les juges sa version des faits. « J’ai été réellement agressé, je ne vois pas l’intérêt de m’automutiler. Je ne cherchais pas à faire du buzz. » Son avocate, Me Karine Sabbah le décrit comme un enseignant unanimement reconnu « performant et très apprécié des élèves et de ses collègues ». Elle met aussi en avant les témoignages des passants qui lui portent secours et des médecins qui découvrent son client en réel état de choc. Le couteau qui n’a jamais été retrouvé et enfin comment expliquer les plaies observées dans le dos. « On en était aux prémices. Ils voulaient le torturer doucement, doucement, et si une voiture n’était pas passée à ce moment-là, les mettant en fuite, on ne sait pas ce qui se serait passé », a indiqué l’avocate.
Des arguments qui ne seront pas retenus. Maigre victoire, la condamnation, qui correspond aux réquisitions du ministère public, ne sera pas inscrite au casier judiciaire de l’enseignant.
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