Accueil International Daesh : la zizanie entre Saddamistes et djihadistes globaux?

Daesh : la zizanie entre Saddamistes et djihadistes globaux?

Les plus modérés du groupe, souvent des anciens du régime de Saddam Hussein, ne sont pas ravis de la tournure que prennent les derniers événements

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Avertissement : à chaque tournant important de cette guerre qui remonte, au moins au 11 septembre 2001, contre une autre organisation, on a voulu pavoiser avec l’indice de grandes déchirures au sein des mouvements concernés. Preuve en est qu’Al Qaïda est toujours sur pied sur plusieurs continents, tandis que l’EI est parvenu à stabiliser l’espace de ses conquêtes en développant un proto-Etat. Les ex-Saddamistes dont il est question visent certainement la reprise des environs de Bagdad, Ramadi, Tikrit, etc., plus que la Tour Eiffel. Néanmoins, le rayonnement des activités extérieures des branches souterraines en Europe n’est pas sans leur apporter une crédibilité, en affirmant qu’il n’y aura pas de « second Irak » (invasion américaine de 2003) sans de lourdes conséquences en plein coeur des pays d’origine d’une éventuelle stratégie de cet acabit… Tous les titres de la presse, avec des connotations comme : « Le début de la Fin », « Autopsie d’un Monstre » semblent surtout correspondre à l’agitation velléitaire des Etats, consistant à « vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué »…
Le point réellement dangereux d’une telle hypothèse de discorde entre des « irrationnels apocalyptiques » et le commandement général des opérations extérieures au Califat est encore de penser que des « illuminés » exaltés ne l’aient « pas fait exprès » et qu’ils s’attireraient les réprimandes de leurs aînés et chefs « rationnels ». Le Commandant en chef de ces opérations extérieures est bien un ancien officier supérieur de Saddam Hussein. Comment cela pourrait-il se passer en-dehors de sa juridiction? Et si on partait de l’hypothèse inverse? C’était mûrement réfléchi et calculé : l’Etat-major terroriste tente un précédent, du « jamais-vu », de l’indiscriminé? A la façon d’Al Qaïda le 11 septembre? Il attend d’évaluer la réaction de l’ensemble des Occidentaux pour planifier les coups suivants ou sûrement en a t-il planifié d’autres de même acabit pour imposer une terreur mondiale? Cela nous mettrait, en tout état de cause, face à la menace réelle d’un crypto-Etat Islamique qui se pense assez fort pour surmonter la pression internationale dont il fait déjà l’objet, avec de multiples coalitions qui ne parviennent pas, actuellement, à l’endiguer sérieusement… 
L’autre point important à relever, dans ce discours sur des cadres de l’EI parfaitement « rationnels » et des illuminés « apocalytiques », c’est qu’on évoque plus clairement l’existence des réseaux de Saddam Hussein, à l’origine de Daesh : soit c’est pour dire qu’il s’agirait de la « vengeance » des Sunnites expulsés de l’armée régulière (à dominante chiite) sous l’allié des Américains, Nouri al-Maliki. Soit cela nous laisserait lire entre les lignes que George W. Bush n’avait pas complètement tort de discerner des convergences entre Al Qaïda en Irak et le pouvoir du tyran irakien Saddam… La vraie question à élucider est celle des véritables origines de Daesh-Etat Islamique : car c’est la structure même de l’Etat irakien du temps de Saddam et post-Saddam qui est en cause… 
Ces avertissements terroristes internationaux ne sont, d’ailleurs, pas sans faire écho aux propos du fameux Mathieu Guidère, bombardé par toutes les télés, comme « expert es-mouvements terroristes. D’après Kapitalis, revue en ligne tunisienne, Mathieu Guidère s’appelle de son vrai nom Moez Kouider, il est le précepteur du propre fils du souverain qatari Hamad Ben Khalifa al Thani à l’Ecole Saint Cyr, l’académie française chargée de former les officiers de commandement. Or, on ne le sait que trop, l’émir du Qatar est celui-là même qui, selon René Naba, a réussi «le tour de force de retourner en sa faveur le cours de la révolution arabe», en intronisant «l’Egyptien Youssef Al Qaradawi en prédicateur électronique de la mouvance islamiste panarabe» et en maintenant «en couveuse, en réserve de la république, le Tunisien Rached Ghannouchi, les deux flotteurs des Frères musulmans en exil, qu’il fera réhabiliter par les chancelleries occidentales, en les plaçant en orbite dans la foulée du renversement du président Hosni Moubarak (Egypte) et de Zine El Abidine Ben Ali (Tunisie).». Chaque fois que Mathieu Guidère ouvre la bouche, c’est pour « mettre en garde » les Etats occidentaux et demander à ce que des pays aussi « fréquentables » que le Qatar résolvent eux-mêmes les problèmes djihadistes qu’ils financent à grands coups de pétrodollars… CQFD

Les attentats de Paris sèment la zizanie au sein de l’EI : le début de la fin ?

Les attentats de Paris provoquent des remous au sein de l’EI. Les plus modérés du groupe, souvent des anciens du régime de Saddam Hussein, ne sont pas ravis de la tournure que prennent les derniers événements.

© Belga Image

C’est ce qu’écrit Faisal Al Yafai, un journaliste et analyste du journal The National qui est publié dans les Émirats arabes unis. « On remarque souvent deux erreurs dans les analyses concernant l’EI. La première est celle de croire que l’État islamique ne serait qu’un phénomène entièrement irrationnel sans stratégie et qui se limite à quelques carnages. La seconde est son contraire puisqu’elle consiste à prétendre que l’EI planifie tout sur le très long terme. Avec des dirigeants qui ont une extraordinaire prescience des évènements qui leur permet de calculer toutes les réactions. Mais on oublie que les groupes terroristes sont à la base un groupe politique. Et comme tout groupe politique, il y a des dissensions internes qui peuvent fausser les calculs et mener à des décisions qui se révèlent désastreuses ».

Les internationalistes versus les gardiens de l’état

Avec les récents attentats, l’EI a visiblement changé de stratégie. Au sein du djihadisme, il y a grosso modo deux possibilités. On peut, comme Al-Qaïda l’a fait, se chercher une base centrale et de là préparer des attentats qui ont pour but de faire pression sur l’ouest pour que celui-ci « quitte le monde musulman ». Ou au contraire, comme l’a fait l’EI jusqu’à présent, créer un état, un califat, où il est possible d’appliquer ses lois, une espèce de paradis pour djihadiste, tout en cherchant à l’étendre.

Dans cette optique, les attentats de Paris sèment la confusion écrit Al Yafai. Pourquoi voudrait-on provoquer une guerre et des représailles alors qu’on essaye, vaille que vaille, de construire un état et de le défendre ? Une des réponses serait que ces attentats sont la version EI des affaires étrangères. « Le groupe espère qu’en touchant au coeur ces pays, il y aura un changement dans l’approche militaire. Et changement, il y a eu. Mais peut-être pas celui espéré puisqu’au contraire on muscle les opérations militaires.

Ne pas étouffer la flamme

« En attaquant Paris, l’EI a, semble-t-il, donné la préférence à ceux qui prônent un djihad globalisé plutôt qu’à ceux qui souhaitent se limiter à un califat. Ces luttes de pouvoir se jouent principalement entre les anciens du régime de Saddam Hussein, soit des membres des services secrets et des militaires qui prennent des décisions sur le terrain, et ceux qui viennent d’un peu partout dans le monde pour faire le djihad. Le premier groupe ne pense qu’à étendre le pouvoir de leur état, alors que les autres rêvent d’un conflit généralisé et apocalyptique. Après les attaques de Paris les défenseurs d’un djihad global ont dû voir leur position renforcer, tout en rendant pratiquement obsolète l’ambition politique de la construction d’un état.

Paris sera peut-être le symbole du début d’une désagrégation de l’EI. Jusqu’à présent l’EI avait du succès parce qu’il évitait les erreurs d’ Al-Qaïda. L’organisation élaborait patiemment des alliances, exploitait les mésententes entre L’Irak et la Syrie, conquérait et gardait des territoires et faisait tout pour que la flamme reste vive au sein du califat. En se lançant dans le djihad généralisé, il a modifié la donne. Cela provoque des missions punitives et crée de nouveaux ennemis. Le petit groupe de rebelles est désormais seul contre la grande puissance du monde civilisé. Cela peut se révéler confortable d’un point de vue idéologique, mais cette politique est mortelle. Il suffit pour le savoir de le demander à Al-Qaïda.

C’est, dit-il, ce qui s’est passé avec les attentats de Paris. L’EI a mal calculé l’impact qu’auraient ces attentats. Pas tant la réaction de la France, ou plus généralement de l’occident, mais plutôt les conséquences au sein de sa propre organisation auraient été largement sous-estimé.

levif.be

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