Le permis à points a-t-il fait baisser la mortalité routière ?

LA VÉRIFICATION – C’est ce qu’a soutenu Jean-Yves Lamant, vice-président de la Ligue contre la violence routière, en réponse à la proposition d’Éric Zemmour de supprimer le permis à points.

LA QUESTION. Invité du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro ce dimanche, Éric Zemmour a déclaré qu’il souhaitait la suppression du permis à points, qui «ne sert à rien» et est «non seulement infantilisant» mais est «aussi un racket organisé par l’État». Face au journaliste Benjamin Sportouch qui lui objectait la corrélation entre la baisse de la mortalité routière et l’instauration du système du permis à points, Éric Zemmour a répondu que «ce n’est pas dû au permis à points» mais «à l’amélioration des voitures et à la ceinture à l’arrière» notamment.

Cette position est rarement défendue par des candidats à l’élection présidentielle, à l’exception notable de Marine Le Pen, qui avait annoncé en 2012 qu’elle le supprimerait (ainsi que les radars automatiques) si elle était élue. En matière de sécurité routière, l’idée que la vitesse est la première cause de mortalité s’est plutôt imposée, et un relatif consensus entoure l’instauration du permis à points, qui d’ailleurs s’est généralisé à la plupart des pays européens. Mais Éric Zemmour cite l’exemple de la Suède, qui ne l’a pas adopté et qui est pourtant le pays d’Europe où les routes sont les plus sûres (18 décès sur les routes par million d’habitants, contre 39 en France).

Parmi les réactions aux propos d’Éric Zemmour, celle de Jean-Yves Lamant, vice-président de la Ligue contre la violence routière, interrogé ce dimanche par RTL, est sans appel : «Les spécialistes disent que c’est le permis à points, combiné avec les radars, qui a permis de diviser par deux le nombre de morts entre 2002 et 2012». Quel rôle a donc joué l’instauration du permis à points, en vigueur en France depuis le 1er juillet 1992 ? Peut-on dire qu’en matière de sécurité routière, ce système «ne sert à rien» ? Que disent les statistiques sur la mortalité routière ?

VÉRIFIONS. Officiellement, la chose est entendue : depuis la mise en place du permis à points, le ministère de l’Intérieur n’a jamais cessé de vanter le bilan de cette mesure. En 2017, pour ses 25 ans, la Délégation à la sécurité routière s’en félicitait dans un communiqué : «Le permis à points français a vu le jour le 1er juillet 1992, à une époque où l’on déplorait chaque année plus de 9000 décès sur les routes de France. 25 ans plus tard, ce mécanisme a pleinement joué son rôle, participant à la baisse de près d’un tiers du nombre de morts sur nos routes (3477 personnes tuées sur les routes en France en 2016)». Ajoutant : «Ce bilan très positif montre que les Français ont su modifier leurs comportements sur les routes et qu’ils adoptent massivement une conduite responsable. La meilleure preuve en est, qu’aujourd’hui, une large majorité des titulaires d’un permis de conduire français (près de 77%) dispose de leurs 12 points».

Concrètement, les statistiques montrent que la France connaît une baisse continue de la mortalité routière depuis le milieu des années 1970. On le voit par exemple sur ce graphique, conçu à partir des données communiquées par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) :

 

Cette évolution appelle plusieurs observations. D’abord il est clair que l’introduction du permis à points, décidée en 1989 et entrée en vigueur en 1992, est corrélée à une décrue du nombre de morts sur les routes.

Mais attention, une corrélation n’implique pas toujours une causalité, et la seule lecture de ce graphique ne permet pas de tirer des conclusions définitives sur les effets du permis à points sur le comportement des automobilistes. On voit en effet que cette baisse est engagée depuis plus longtemps, et qu’il n’y a pas de réelle inflexion à compter du début des années 1990, tandis que la chute du nombre de morts sur les routes est beaucoup plus nette en 2002-2003, années où le président Jacques Chirac et son ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy ont misé sur une «tolérance zéro» à l’égard des infractions au Code de la route. C’est à ce moment que sont introduits les radars automatiques fixes.

D’autres informations, cette fois directement issues d’une communication de la Sécurité routière permettent de relativiser l’effet du permis à points. Ainsi est-il précisé dans son bilan 2019 : «En 1992, la VMA est fixée à 50 km/h en agglomération, le seuil d’alcoolémie abaissé à 0,5 g/l et le permis à points instauré. L’essentiel du réseau autoroutier s’achève. Les véhicules sont désormais équipés d’airbags. Le continuum éducatif se met en place. Malgré ces mesures, la mortalité ne baisse que de – 20 %». À en croire ces précisions, ce ne serait donc pas la seule instauration du permis à point, mais bien un continuum de mesures concomitantes, qui expliquerait la baisse de la mortalité routière dans le courant des années 1990 (celle-ci n’étant pas encore spectaculaire, au regard des baisses qui surviennent la décennie suivante). Il faut donc relativiser le rôle du permis à points, encore qu’il semble difficile d’isoler le rôle précis qu’il a joué dans l’évolution du comportement des automobilistes.

C’est d’ailleurs l’avis de l’association 40 millions d’automobilistes, qui ne milite d’ailleurs pas pour la suppression du permis à points, mais pour davantage de clémence pour les petites infractions (plus de la moitié des retraits de points en France ne concernent qu’un seul point) : «On ne peut pas dire que l’instauration du permis à points n’a pas eu d’impact sur la mortalité routière, ce serait idiot, d’autant qu’il a par la suite été adopté dans de nombreux pays en Europe et qu’il permet d’atténuer les effets de la sanction, puisqu’il crée une gradation avant le retrait de permis ou la convocation au tribunal», explique au Figaro Pierre Chasseray.

Il est difficile de trouver une corrélation entre le nombre de points retirés chaque année, et le nombre de tués dans des accidents de la route.

Ailleurs en Europe, quelques pays rechignent encore à mettre en place le permis à points : il s’agit de la Belgique, de l’Estonie, de la Finlande, du Portugal, de la Slovaquie, de la Suède et de la Suisse. Mais il est difficile d’en tirer des conclusions précises quant à l’efficacité ou non de la mesure car si la Suède est en effet le pays où la mortalité routière est la plus basse, et si la Suisse est elle aussi bien classée (mais la sécurité routière y est particulièrement répressive, avec une massification des contrôles radar), les cinq autres pays connaissent une mortalité routière légèrement supérieure à celle de la France. Triste championne de la mortalité routière en Europe, la Roumanie a, quant à elle, instauré un permis à points en 1993, et elle a même réduit le nombre de points crédité sur les permis de conduire en 2009.

Une dernière chose : il est difficile de trouver une corrélation entre le nombre de points retirés chaque année, et le nombre de tués dans des accidents de la route. Ainsi il y a eu une baisse significative du nombre de retraits de points entre 2012 et 2014, accompagnée d’une baisse de la mortalité routière ; puis, de 2015 à 2017, le nombre de points retirés est reparti largement à la hausse tandis que la mortalité a, elle, stagné voire légèrement baissé.

En résumé, il semble évident que l’instauration du permis à points a contribué à rendre les routes françaises plus sûres, sans toutefois que l’on puisse donner à cette mesure une importance déraisonnable. Il semble bien plus manifeste, au contraire, que ce soit la hausse de la fréquence des contrôles radar qui ait joué le plus significativement. Même si bien sûr les deux mesures sont étroitement liées, puisqu’un conducteur en excès de vitesse encourt à la fois une amende et un retrait de points. Le permis à points, en France comme dans les autres pays qui l’ont adopté, contribue donc à la baisse de la mortalité routière.

Le Figaro

4 Commentaires

  1. Mettre plus de gendarmes sur les routes au lieu de radar , et punir ceux qui dépassent de trop les limitations vitesse et autres conduites dangereuses avec confiscation du véhicule pour un mois et fortes amendes serait efficace , ça fait réfléchir , et supprimer le permis a point une mesure idéologique de gauche inefficace….

  2. De toute manière à l’allure où va la France il n’y aura plus de bagnoles .

    Les bourricots auront plus la côte .

    Ainsi le code n’existera même plus ……….

    En premier le panneau :  » Cassis ou dos d’âne  » .

  3. Je suis contre le permis à points et les limitations de vitesse sur route et autoroutes, les causes d’accidents ont été grandement minorées par l’amélioration des routes et surtout par les progrès de voitures tant en sécurité active que passive.
    Toutes ces mesures liberticides ne font que partie d’un racket organisé.

  4. Je suis pour le permis à points mais aucun retrait de points pour des vitesses inférieur à 10 km/h en plus de la vitesse maxi car c’est là que tous les points disparaissent du permis pour des infractions par manque d’attention, l’amende oui mais sans retraits de points !!!

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